Non, le virus Shamonda n’a pas été « introduit » pour « faire de la place » aux importations sud-américaines
Auteur : Clément François, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste
Source : Compte Facebook, le 7 aout 2026
De nombreux internautes s’inquiètent de l’apparition du virus Shamonda dans les exploitations bovines françaises, et insinuent que le virus va « décimer le cheptel français » pour « faire place libre » aux importations de bœuf sud-américain, grâce à l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Ce virus ne touche pour le moment que des exploitations laitières, qui ne sont pas en concurrence avec les importations de viande de bœuf.
Quelques mois après avoir subi les ravages de la dermatose nodulaire contagieuse, les agriculteurs européens font face à un nouveau virus : l’orthobunyavirus de type Shamonda. Depuis fin juillet, il a touché près d’une dizaine d’exploitations de vaches laitières dans les départements du Doubs, du Jura, de l’Ain, de la Haute-Savoie et de la Savoie, mais aussi en Allemagne et en Suisse.
Une contamination inattendue mais dont l’impact reste « faible » pour le moment, selon le ministère de l’Agriculture.
Pour autant, des internautes s’inquiètent de l’arrivée de ce virus et pointent le timing de son apparition, quelques mois après la signature de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, qui facilite l’arrivée de produits sud-américains sur le marché européen. L’importation de la viande bœuf sud-américaine inquiète notamment les agriculteurs, qui la qualifient de concurrence déloyale. Les Surligneurs ont déjà pu vérifier plusieurs fausses informations diffusées à ce sujet.
Sur les réseaux sociaux, Floran Philippot, chef du parti d’extrême droite Les Patriotes, insinue que ce « nouveau virus » a pour objectif de saborder l’agriculture française, afin de « faire de la place pour les 99 000 tonnes de bœuf du Mercosur ». L’arrivée de ce virus, qui n’est d’ailleurs pas nouveau, n’a rien à voir avec la signature de l’accord Mercosur-UE.
Que sait-on du virus Shamonda ?
Selon une note produite par le ministère de l’Agriculture le 7 août dernier, le virus Shamonda est un orthobunyavirus qui appartient au sérogroupe Simbu, une famille de virus qui touchent les ruminants.
Contrairement à ce qu’assurent certains internautes, le virus de Shamonda n’est pas « nouveau ». Détecté pour la première fois au Nigeria au milieu des années 1960, il avait été signalé jusqu’ici de manière sporadique en Afrique de l’Ouest, de l’Est et australe, ainsi qu’au Japon. En revanche, c’est la première fois que ce variant du virus est détecté en Europe.
Il est transmis par les moucherons piqueurs, ou culicoïdes, et provoque fièvre, diarrhées et baisse de lait. Selon l’école nationale vétérinaire de Toulouse, ces premiers symptômes sont généralement transitoires, avant l’apparition de conséquences plus problématiques sur la natalité, comme des avortements et des malformations fœtales. L’école met en garde contre une « très rapide extension » du virus sur le territoire national.
Il n’existe pour l’heure pas de vaccins ou de traitement contre ce virus, dont il n’est possible que de traiter les symptômes. Pour lutter contre sa prolifération, le gouvernement conseille de s’attaquer directement à la reproduction des insectes responsables de la contamination, en éliminant les sites de ponte et les points d’eau stagnante.
Aucun rapport avec le Mercosur
Selon le ministère de l’Agriculture, il n’existe pour l’heure aucune preuve de transmission d’animal à animal, ou d’animal à humain. Ce virus n’a donc que peu d’impacts sur les exploitations agricoles pour le moment, ou sur la transformation et la consommation de produits à base de lait.
Nouveau en Europe, le virus Shamonda n’est pas une maladie répertoriée dans la législation européenne de santé animale ou par l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA).
Le virus est donc pour le moment considéré en Europe comme une « maladie émergente », un terme précisé à l’article 6 du règlement du Parlement européen relatif aux maladies animales. Pour que l’Union européenne s’empare du sujet, il est nécessaire que la Commission adopte des « actes d’exécution » dans lesquels seront précisées les mesures à adopter.
Pour l’instant, le virus ne fait donc l’objet d’aucune mesure officielle de surveillance obligatoire, de restrictions ou d’abattages imposés en cas d’infection. Il n’a donc pas de sens de parler de « faire de la place » au bœuf sud-américain. De plus, ce sont pour le moment des exploitations de vaches laitières qui ont été touchées, qui ne sont donc pas élevées pour leur viande et n’entreront pas en concurrence avec le bœuf importé bientôt vendu en France.
Shamonda, une nouvelle dermatose ?
D’autres internautes insinuent que le virus Shamonda serait la seconde tentative de « décimer le cheptel français » après l’apparition il y a quelques mois de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), un autre virus aux conséquences bien plus graves pour les animaux. Ce virus est, lui, classé comme provoquant une maladie de « catégorie A » « normalement absente de l’Union européenne ». Pour lutter contre l’arrivée de ce virus sur le territoire européen, la décision est systématique : « Éradication immédiate ». Dans les exploitations françaises, le gouvernement avait donc ordonné de nombreuses vaccinations et abattages forcés, au grand dam des agriculteurs.
Mais le gouvernement assure dans sa fiche d’information que pour le moment, ce virus n’est « pas similaire au virus de la dermatose nodulaire contagieuse bovine ». Les symptômes, les traitements, et les conséquences sur le long terme sont totalement différents.
Cependant, la référence à la DNC n’est pas surprenante, puisque comme le virus de Shamonda actuellement, la dermatose a été instrumentalisée à de nombreuses reprises pour diffuser de fausses informations. Les Surligneurs avaient pu en vérifier plusieurs à l’époque (ici et ici).
Il n’existe donc aucune preuve que l’apparition du virus Shamonda en France serait liée à la signature de l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Il est aussi difficile de le comparer à la dermatose nodulaire contagieuse, les deux virus ayant peu de points communs.
