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Photo : libre de droit

Non, le programme scientifique HAARP ne peut pas être à l’origine des vagues de chaleur en France

Création : 17 juillet 2026

Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte Facebook, le 12 juillet 2026

Sur les réseaux sociaux, des publications suggèrent, sans preuve à l’appui, qu’un programme de recherche états-unien (HAARP) manipulerait la météo. Une théorie ancienne et maintes fois vérifiée et démentie.

Alors que la France vient de connaître, en l’espace de quelques semaines, deux vagues de chaleur étouffantes, le sujet est abondamment commenté sur les réseaux sociaux. Certains internautes assurent que le responsable de l’exacerbation des canicules n’est pas tant due à un changement climatique, comme la littérature scientifique l’a documenté, mais serait à chercher de l’autre côté de l’Atlantique, aux Etats-Unis. C’est en effet là-bas, en Alaska plus précisément, qu’est développé, depuis 1990, un programme de recherche appelé High-frequency Active Auroral Research Program (HAARP). 

Géré par l’Université d’Alaska depuis 2015, ce programme vise à « étudier de manière approfondie les processus physiques à l’œuvre dans les couches les plus élevées de notre atmosphère : la thermosphère et l’ionosphère », détaille l’établissement sur son site Internet

Une activité scientifique dont se méfient certains internautes. « Dans un contexte de guerre hybride mondiale, tout porte à croire que notre pays subit un sabotage météo invisible visant à détruire notre agriculture et notre souveraineté », peut-on lire notamment sur une publication qui cite HAARP. Une autre s’interroge en ces termes : « Pendant que l’Europe grille sous un dôme de chaleur historique (40 °C+ records battus), les antennes HAARP en Alaska ‘testent’ tranquillement l’ionosphère… Coïncidence ? »

Des couches de l’atmosphère différentes

Alors existe-t-il un lien entre le programme de recherche américain et la météo caniculaire en France et en Europe ? Non, rétorque l’université de l’Alaska. « Les ondes radio émises par HAARP dans les gammes de fréquences concernées ne sont absorbées ni par la troposphère ni par la stratosphère — les deux couches de l’atmosphère qui déterminent le climat terrestre. En l’absence d’interaction, il est impossible de contrôler le climat », précise l’établissement sur son site Internet. 

Un argument corroboré auprès des Surligneurs par Aurélie Marchaudon, directrice de recherche CNRS et responsable scientifique à l’Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie (IRAP) qui rappelle elle aussi que HAARP s’intéresse « une région de la haute atmosphère de la Terre qui se situe au-dessus de 100 km d’altitude ». Or, précise-t-elle, « les couches de l’atmosphère dans lesquelles ont lieu les phénomènes météorologiques et climatologiques sont situées en dessous de 20-30 km d’altitude ».

« Les lois de la physique font que le couplage de l’ionosphère vers les plus basses couches de l’atmosphère reste très faible, voire négligeable », ajoute Thierry Dudok de Wit, enseignant-chercheur à l’Université d’Orléans et membre du Laboratoire de Physique et Chimie de l’Environnement et de l’Espace (LPC2E). Autrement dit, l’ionosphère sur laquelle travaille HAARP n’interagit que très peu avec les couches inférieures de l’atmosphère, « celles où se déroulent l’essentiel de la dynamique climatique », confie le chercheur. 

Une phrase de la ministre maladroite… de 2025

Dans les publications Facebook, certains internautes s’appuient sur une déclaration d’Agnès Pannier-Runacher pour soutenir leur théorie d’événements climatiques manœuvrés depuis l’autre côté de l’Atlantique. Dans celle-ci, l’ancienne ministre de l’Environnement évoque, avant de se reprendre, à propos d’une vague de chaleur, « une canicule qui a été déclenchée ». Problème, bien que les publications ne le mentionne pas, la déclaration de l’ancienne ministre date de juin 2025 comme le rappelle nos confères de FranceInfo et 20 Minutes ou le prouve cette retransmission de BFM

« Quand j’ai dit ‘déclenchée’, je me suis rendu compte que cela ne sonnait pas très bien français, donc j’ai changé de formulation. Je voulais simplement dire que c’était une canicule qui se déroulait depuis douze jours », a également expliqué à 20Minutes celle qui est désormais députée du Pas-de-Calais.  

HAARP, une vieille cible de la désinformation

La mise en accusation de HAARP n’est pas nouvelle. En 2011, le site spécialisé sur les théories conspirationnisme Conspiracy Watch publié un article fouillé sur le sujet. 

De nombreux médias (AFP, Dpa, Euronews, The Atlantic, Full Fact) ont également contrés des désinformations liées au programme qui était encore suspecté récemment d’être responsable du tremblement de terre au Venezuela ou des inondations meurtrières survenues dans la région de Valence en novembre 2024.