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Non seulement le médecin n'a pas été réhabilité, mais il sera jugé en juin, dans un autre dossier. La justice le soupçonne d'avoir organisé un essai clinique illégal. Photo : Stéphane de Sakutin / AFP

Non, le professeur Henri Joyeux n’a pas été « réhabilité » par l’Ordre des médecins

Création : 13 janvier 2026

Auteur : Nicolas Turcev

Relecteurs : Etienne Merle, journaliste

Jean-Paul Markus, professeur de droit public, université Paris-Saclay

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste

Source : Compte Facebook, le 11 janvier 2026

Le praticien, sanctionné en 2023 par le Conseil de l’Ordre des médecins par une interdiction de deux ans d’exercer, peut à nouveau recevoir des patients depuis le 1er janvier. Mais la fin de l’interdiction n’efface pas son passif disciplinaire.

Le professeur Henri Joyeux a-t-il été rétabli dans son honneur après avoir été sanctionné pour avoir diffusé des infox médicales ? À en croire plusieurs internautes, le praticien, épinglé par le passé pour ses propos homophobes et connu pour ses positions anti-vaccins, est « réhabilité comme médecin depuis le 1er janvier 2026 ».

Mais en réalité, Henri Joyeux n’a fait l’objet d’aucune procédure de réhabilitation. Sa réintégration au sein de la profession à partir du 1er janvier intervient automatiquement après expiration de la sanction infligée, en 2023, par le Conseil de l’Ordre des médecins. À l’issue d’une longue procédure, la chambre disciplinaire de l’Ordre avait décidé de suspendre pour deux ans le clinicien en raison de ses propos anti-vaccins relayés dans deux pétitions, en 2014 et 2015.

La distinction entre la réintégration – automatique –  et la réhabilitation – sur demande – est importante : la réintégration ne signifie pas que la personne sanctionnée est absoute de ses fautes. La sanction disciplinaire figure toujours dans le dossier du praticien, même s’il reprend sa pratique.

Aucune procédure de réhabilitation

En droit, aucune procédure de réhabilitation ne figure aujourd’hui dans le code de la santé publique. Le mécanisme s’en rapprochant le plus est le « relèvement d’incapacité » : lorsqu’un médecin a été radié du tableau définitivement en raison d’une faute grave, il peut tout de même, après un délai de trois ans à compter de sa radiation, demander un réexamen de son dossier. Mais ces procédures sont rares et les relevés d’incapacité accordés encore plus, car certaines fautes sont jugées incompatibles avec l’exercice de la profession de médecin.

Ainsi, en 2024, l’Ordre des médecins a commencé à élaborer un dispositif de réhabilitation disciplinaire visant à permettre à un médecin, après à un certain délai, « de ne plus faire état d’une condamnation disciplinaire définitive ». Cependant, précise l’Ordre, « les faits contraires à la moralité, aux bonnes mœurs et à la probité seront exclus de toute possibilité de réhabilitation ».

La réintégration automatique du professeur Joyeux après qu’il a « purgé » sa peine disciplinaire n’a donc rien d’une réhabilitation. D’autant plus qu’il sera jugé en juin par le tribunal correctionnel de Paris pour complicité d’essai clinique illégal.

Le médecin est soupçonné d’avoir coorganisé sans l’autorisation des autorités sanitaires, via un fonds de donation, une campagne de tests sur des centaines de patients de patchs d’hormones supposés guérir les troubles du sommeil, les dépressions et la maladie de Parkinson.

Contacté, le Conseil national de l’Ordre des médecins n’avait pas répondu à nos sollicitations au moment de la publication.