Les Surligneurs est un média indépendant qui lutte contre la désinformation politique

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Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à Paris le 2 mars 2026. (Photo : Thibault Camus / POOL / AFP)

Non, le ministère des Affaires étrangères n’a pas affirmé que des dizaines de milliers de mercenaires français combattent en Ukraine

Création : 23 juin 2026

Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste

Relectrice : Maylis Ygrand, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste

Source : Compte Facebook, le 14 juin 2026

Des internautes affirment que le gouvernement français aurait déclaré qu’ « au moins 22 000 mercenaires français combattent en Ukraine ». Ces propos ont été démentis par le ministère des Affaires étrangères et cette désinformation repose en réalité sur une fausse vidéo imitant Le Point.

Siglée du logo de l’hebdomadaire Le Point, une vidéo de vingt-quatre secondes semble à première vue cocher toutes les cases du travail journalistique sérieux.

À en croire le contenu, le ministère des Affaires étrangères aurait affirmé que 22 000 mercenaires français se battent en Ukraine. Toujours, selon les internautes, la BBC aurait quant à elle évoqué la présence en Ukraine de 70 000 mercenaires français. Le tout est illustré par une bande sonore solennelle et par quelques images où l’on aperçoit notamment Jean-Noël Barrot, le ministre des Affaires étrangères français.

« Bonjour les censurés, les mondialistes vont nous mener à la guerre, garantie ! », commente à cet égard un internaute. Un autre s’indigne qu’il n’y ait « pas besoin de l’accord du Parlement et des français. Pas vu pas pris, je t’embrouille à la macronaise ».

Cette vidéo est fausse et Les Surligneurs n’ont trouvé aucun élément permettant d’affirmer que le gouvernement aurait envoyé des dizaines de milliers de mercenaires en Ukraine.

Un démenti du ministère 

En effet, principal protagoniste visé ici, le ministère des Affaires étrangères nie la véracité des allégations avancées et cible la propagande russe comme source de cette désinformation.

« Cette infox reprend les codes d’un certain nombre de manœuvres de désinformation russes connues », indique le ministère dans une note envoyée aux Surligneurs. Et ce, afin de « présenter la France comme un cobelligérant actif dans la guerre en Ukraine ». Or, précise encore la note, « aucun élément factuel » ne permet de corroborer ces supposées informations.

De fait, malgré nos recherches, nous n’avons pas été en mesure de retrouver la trace de telles informations sur l’espace dédié aux déclarations officielles sur le site Internet du ministère.

Même constat sur la page consacrée au conflit en Ukraine sur le site de la BBC, pourtant citée comme source dans les publications. La chaîne britannique a d’ailleurs démenti, auprès de nos confrères de l’AFP, avoir diffusé un tel chiffre. De manière générale, aucun média ne reprend les informations avancées.

Et pour cause, s’il est avéré que des volontaires français combattent actuellement aux côtés des Ukrainiens, aucun élément ne permet d’affirmer que des mercenaires français seraient également présents.

« Un faux grossier »

Impliqués à leur insu par cette désinformation, Le Point et deux de ses collaborateurs, dont les noms s’affichent à la fin de la vidéo, ont également démenti auprès des Surligneurs être les auteurs de la séquence reprise sur les réseaux sociaux. « Il s’agit d’un faux grossier », certifie Clément Pétreault, directeur délégué de la rédaction de l’hebdomadaire.

« Je n’ai aucun lien avec cette vidéo », assure pour sa part Boris Hansel, endocrinologue et nutritionniste à l’hôpital Bichat et chroniqueur nutrition pour Le Point. Ce dernier est davantage habitué à faire connaître son expertise sur le mal de dos, les pellicules ou le pollen que la guerre en Ukraine, comme le prouve cette page consacrée à ses chroniques.

Pierre Le Mouellic, spécialisé dans la production audiovisuelle, nous a également assuré via son employeur, ACA production, que son identité avait été usurpée.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’une vidéo créée de toutes pièces utilise l’identité de médias pour gagner en crédibilité. Celles de l’hebdomadaire ou de la BBC ont ainsi déjà été usurpées afin de diffuser de fausses informations.