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Photo : Capture d'écran X

Non, il n’existe aucune preuve que l’Ukraine construit des “armes biologiques”

Création : 24 juin 2026

Auteur : Clément François, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste

Source : Compte Facebook, le 19 juin 2026

La directrice du renseignement étasunien Tulsi Gabbard a déclassifié le 12 juin des documents censés dévoiler l’existence de laboratoires « biologiques » en Ukraine financés par les Etats-Unis. Certains internautes y voient la preuve que l’Ukraine prépare des armes biologiques, interdites par l’ONU. Ces documents ne prouvent rien de tel. 

« Encore une fois, les pseudo ‘complotistes’ avaient raison ! » jubile Florian Philippot, président du mouvement d’extrême droite Les Patriotes. La raison de son excitation nous vient des Etats-Unis, où Tulsi Gabbard, la directrice du renseignement, a déclassifié le 12 juin des « documents exclusifs » censés prouver l’existence de « laboratoires biologiques » en Ukraine, financés par les Etats-Unis. 

Pour de nombreux internautes, c’est la preuve que l’Ukraine prépare des « armes biologiques », interdites par les Nations Unies. Une théorie déjà mise en avant par la propagande russe depuis le début de la guerre, en 2022, pour justifier l’invasion du territoire ukrainien.

Dans une vidéo publiée sur son compte X comptabilisant plus de 43 millions de vues, la directrice du renseignement assure que 40 laboratoires ukrainiens bénéficiant de fonds étasuniens auraient été « volontairement cachés » aux citoyens. 

Une information reprise massivement par la sphère MAGA [make america great again, le slogan de Donald Trump, ndlr], dont le milliardaire Elon Musk et le secrétaire d’Etat à la santé Robert Kennedy Jr. En France, ce sont des personnalités politiques comme Florian Philippot, Nicolas Dupont-Aignan, ou François Asselineau, qui se sont fait les porte-voix de cette nouvelle. Pourtant, comme Les Surligneurs l’ont vérifié, ces documents ne prouvent rien de tel.

Aucune preuve « d’arme biologique » ukrainienne 

Les documents « exclusifs », accessibles publiquement   se résument à un document de 4 pages. La première évoque l’existence d’un « centre de recherche vétérinaire » à Kharkiv, fondé dans les années 20. 

Selon cette note du renseignement étasunien, l’institut héberge « probablement de dangereux pathogènes », qui pourraient être vulnérables aux « opérations, saisies, et dégâts russes ». Rien dans ce document n’indique la présence d’armes. Pointe d’ironie, la note s’inquiète que ce centre vétérinaire puisse être une cible de désinformation russe. 

Le deuxième document n’est qu’une carte recensant les 40 laboratoires ukrainiens que les États-Unis disent avoir aidé à construire et à financer. On y apprend aussi que certains sites stockent des agents pathogènes « de l’ère soviétique » et que les scientifiques ukrainiens auraient été formés par les Etats-Unis. 

Mais la carte qui accompagne ces informations accumule les erreurs et les approximations. Comme Les Surligneurs l’ont constaté, la capitale ukrainienne Kiev est placée au mauvais endroit, et certaines villes, comme « Cherniv », ont tout simplement été inventées. Des conclusions identiques à celles de nos confrères de TF1. De telles approximations interrogent sur le sérieux et la véracité de ce document. 

La troisième page prend la forme d’un tableau détaillant plusieurs projets de laboratoire financés dans le cadre d’un accord entre les États-Unis et l’Ukraine. Parmi eux figure « l’Institut ukrainien de recherche contre la Peste », situé à Odessa, financé à hauteur de 3,5 millions de dollars par le contribuable américain. 

Mais encore une fois, ce document ne nous apprend rien de nouveau. Ces établissements font partie d’un programme de réduction des menaces biologiques, lancé à la chute de l’Union soviétique afin de limiter la prolifération des épidémies. On peut en retrouver la présentation sur le site de l’ambasse ukrainienne aux Etats-Unis, ainsi que dans un communiqué de cette dernière en 2020, qui mettait déjà en garde contre la désinformation circulant autour de cet accord. On est loin d’une révélation de laboratoires cachés. 

Enfin, la quatrième page du document quatrième document, présenté par Tulsi Gabbard comme « exclusif » est censé représenté des « connexions » entre l’Ukraine et l’industrie de la défense étasunienne. Mais comme ont pu le repérer les journalistes de France 24, ces documents avaient déjà été présentés en 2022 dans un rapport russe sur la question. 

Autrement dit, rien dans ces documents n’indiquent que l’Ukraine prépare ou expérimente des armes biologiques, et les expériences décrites ne sont que l’étude scientifique de pathogènes communs. 

Une théorie de propagande russe ancienne

En réalité, les affirmations relayées par Tulsi Gabbard reprennent une théorie ancienne, régulièrement mise en avant par la propagande russe depuis le début de l’invasion de l’Ukraine.

Le Kyiv Independant révèle le 18 juin que l’annonce de Tulsi Gabbard a été amplifiée artificiellement par les réseaux de bots russes. Le journal rappelle que la présence de « laboratoires biologiques » en Ukraine, financés par les Etats-Unis, est un argument récurrent de la propagande russe. 

En mars 2022, quelques semaines après l’invasion de l’Ukraine, la Russie avait demandé une réunion d’urgence du conseil de sécurité de l’ONU, après la « découverte » d’un réseau de laboratoires de recherches sur les armes bactériologiques en Ukraine. L’ONU explique alors n’avoir aucune connaissance d’un tel réseau, par le biais de la haute-représentante des Nations Unies pour les affaires de désarmement, Izumi Nakamitsu.

Depuis ces accusations, aucune preuve de l’existence de ces armes biologiques n’a été fournie par la Russie.