Non, cette participante espagnole à MasterChef n’a pas été sanctionnée car elle refusait de « cuisiner du porc »
Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte X, le 10 avril 2026
Une candidate au concours de cuisine espagnol a expliqué ne pas pouvoir cuisiner ou manipuler du porc en tant que musulmane. Des internautes utilisent cette séquence pour faire croire que ce choix l’aurait conduit à être sanctionnée par l’émission et qu’elle aurait ensuite porté plainte. C’est faux.
L’émission culinaire star, MasterChef, a provoqué un certain débat sur les restrictions religieuses et leur place dans ce programme télévisé… mais celui-ci a, en partie, été nourri de fausses informations.
Certains internautes francophones ont affirmé sur les réseaux sociaux qu’une des participantes aurait été sanctionnée car elle refusait de « cuisiner du porc ». Ce choix aurait fortement déplu au jury espagnol qui « l’a donc directement envoyée en élimination, car elle n’a pas respecté le règlement », peut-on lire dans les posts. La candidate, dénommée Soko, aurait même accusé « l’émission de racisme et souhaite porter plainte ».
Une interprétation erronée des faits diffusés dans le deuxième épisode de la quatorzième saison espagnole, lundi 6 avril. Si la candidate a évoqué une répugnance à manipuler et cuisiner du porc, ce n’est pas la raison pour laquelle elle a été sanctionnée, tandis que la rumeur de plainte est complètement inventée.
Un mauvais usage de la viande
En effet, comme l’ont rapporté de nombreux médias espagnols (20Minutos, infobae, El Confidencial), et qu’il est possible de le constater via la rediffusion disponible sur le site de RTVE (à partir de la minute 33), la candidate de 27 ans n’a pas été sanctionnée parce qu’elle avait refusé de cuisiner du porc, mais parce qu’elle a fait un mauvais usage, aux yeux d’un des membres du jury, Jordi Cruz, du produit choisi pour son plat, une entrecôte.
C’est en effet avec ce morceau de viande que Soko a décidé de faire un bouillon pour son épreuve culinaire. Un choix malvenu pour Jordi Cruz, qui a alors déclaré : « Ce qui me déplaît fortement et que je ne peux pas tolérer, c’est que tu aies maltraité et mal utilisé le produit. » Auparavant, un autre membre du jury, Pepe Rodriguez, s’exclamait que « cette casserole vaut 150 euros. Cette assiette est hors de prix », en critiquant le fait que la participante avait gâché beaucoup de viande pour seulement un bouillon.
Pour se justifier, Soko a notamment expliqué qu’elle voulait « des os de veau, mais comme je n’en avais pas assez pour faire un bon bouillon, j’ai utilisé de l’entrecôte et un morceau de filet. »
Une décision qui a donc fortement contrarié le jury. La sanction est alors tombée : Soko s’est vu remettre immédiatement le tablier noir avec pour conséquence une place dans l’épreuve éliminatoire du programme. Visiblement peu rancunière, la candidate confie alors devant la caméra (35’28) : « Je sais bien que j’ai fait une erreur et qu’il faut respecter le produit. Leçon retenue. » Un ton bien éloigné des accusations de racisme et de plainte évoquées par les publications.
Contactée à cet égard, la télévision publique espagnole (RTVE) qui diffuse l’émission tous les lundis soirs a confirmé auprès des Surligneurs que « ces informations sont fausses ». « Aucune plainte, de la part de Soko ou de n’importe quel autre candidat, n’a été déposée contre la production, la chaîne ou l’émission », nous indique-t-elle.
Pas de viande de porc
Concernant le rapport de Soko à la viande, deux moments de l’émission ont peut-être induit en erreur des internautes. Le premier intervient à la treizième minute du programme – celui repris par de nombreuses publications – où l’on voit la candidate se diriger vers une trancheuse à charcuterie. Comme l’a certifié la RTVE aux Surligneurs, c’est à ce moment-là que Soko manifeste sa gêne puisque du jambon est présent sur ou à proximité de la machine.
Soko explique alors face caméra que, en tant que musulmane, « si quelque chose est interdit [par l’islam, ndlr] on ne peut ni le manger ni le manipuler », et de préciser : « Je ne veux pas me retrouver face à ce genre de dilemme, car pour moi, ma religion passe avant tout le reste ».
Une concision explicative dans laquelle il n’est jamais question de porc et qui n’empêchera pas la candidate de poursuivre son épreuve et de faire un mauvais usage, on le sait, d’autres morceaux de viande pour réaliser un bouillon.
C’est d’ailleurs après avoir reçu son tablier noir et les critiques du jury qu’une autre candidate – à partir de 44’48 – souffle à Soko qu’elle devrait « cuisiner du porc même si elle n’en mange pas ». Ce à quoi Soko réplique : « Non, je ne peux pas. Si, lors d’une épreuve, quelqu’un me donne du porc, je ne le cuisinerai pas, je ferai un gâteau au chocolat. Je ne veux pas ici entrer dans des dilemmes éthiques ». Une réponse franche qui sera suivie de la remarque suivante : « Que la prochaine fois, on me donne un peu de viande pour faire des fonds. S’il n’y a que du porc, qu’est-ce que je fais ? »
Ainsi, on comprend bien, à la lecture ou à l’écoute de ces propos, qu’il n’a jamais été question, là non plus, d’obliger un candidat à cuisiner du porc. Les deux participantes évoquent bel et bien ici une possibilité, jamais un fait.
« Lors de cette épreuve, il n’y avait même pas de porc dans le supermarché pour les candidats », tient à préciser à cet égard RTVE. Autrement dit, le débat autour d’un soi-disant refus de cuisiner du porc de la part d’une candidate musulmane ne tient pas debout.
