Non, Arte n’a jamais diffusé en 2007 un reportage démontrant que la météo est manipulée
Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
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Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Source : Compte Facebook, le 28 mai 2026
Un extrait de documentaire attribué à Arte est utilisé par des internautes pour contester l’origine humaine du réchauffement climatique. En réalité, ce reportage n’a pas été produit par la chaîne franco-allemande et ne démontre aucune manipulation de la météo.
Gage de sérieux et de légitimité, la chaîne Arte a-t-elle diffusé en 2007 un reportage démontrant que la « météo est manipulée » ? À en croire certaines publications sur les réseaux sociaux qui relaient dix minutes de ce supposé reportage, la séquence est « à regarder absolument avant qu’elle ne disparaisse ». Alors, l’urgence ici affichée est-elle justifiée ? Non, et ce pour plusieurs raisons.
La première d’entre elles concerne l’origine de ce fameux documentaire. Contrairement à ce qui est affirmé sur les réseaux sociaux, l’extrait est tiré d’un documentaire autoproduit par la journaliste et photographe Jacqueline Roche, intitulé « Vers un climat artificiel ? » Il ne s’agit donc pas d’une production de la chaîne franco-allemande.
Le documentaire d’une durée de 52 minutes se base sur une observation émise par la photojournaliste, qui estime que les ciels qu’elle photographie sont aujourd’hui « moins intensément bleus » et « souvent voilés », selon le synopsis du film disponible en ligne.
Pour tenter d’expliquer ce phénomène, Jacqueline Roche s’intéresse notamment à la géo-ingénierie, c’est-à-dire à « l’ensemble des techniques qui visent à manipuler le climat à grande échelle afin d’éviter les risques du changement climatique », selon la définition de l’Académie des sciences.
Pas un documentaire d’Arte
Dès l’ouverture de son documentaire, Jacqueline Roche cite et diffuse des extraits d’un reportage d’Arte diffusé en 2007. Or, c’est précisément ce documentaire que les internautes semblent confondre avec son propre film.
Intitulé « Dans l’ombre du ciel », le documentaire d’Arte traite de l’obscurcissement planétaire. Un thème proche de celui exploré par Jacqueline Roche dans son film, ce qui explique qu’elle en reprenne plusieurs extraits. Arte est d’ailleurs mentionnée comme source au générique de fin.
Au-delà de cette confusion entre les deux œuvres, les internautes se trompent également sur le fond. Le documentaire d’Arte n’épouse en aucune manière le lexique climatosceptique affiché sur les réseaux qui évoque notamment « 10 minutes qui pulvérisent le récit officiel sur le changement climatique » ou une météo « manipulée ».
Si ce dernier n’est plus disponible sur le site de la chaîne franco-allemande, Les Surligneurs l’ont retrouvé sur la plateforme Dailymotion. Or, le film tend justement à montrer que le climat se réchauffe plus vite que prévu.
Obscurcissement planétaire
Au cœur des révélations du documentaire figure le phénomène d’« obscurcissement planétaire » : les particules de pollution présentes dans l’atmosphère renvoient une partie du rayonnement solaire vers l’espace, atténuant temporairement certains effets du réchauffement climatique.
Le constat est paradoxal : en réduisant ces émissions polluantes, une part du réchauffement jusqu’alors masquée devient plus visible, comme Les Surligneurs l’ont déjà raconté.
C’est également la conclusion qu’avait tirée le chroniqueur Dominique Dhombres dans les colonnes du Monde en 2007, en résumant le documentaire comme la mise en lumière d’un mécanisme susceptible d’avoir conduit les scientifiques à sous-estimer l’ampleur réelle du réchauffement climatique
« En d’autres termes, détaille Le Monde, l’augmentation générale de la température serait beaucoup plus forte sans ce nuage de pollution ». Un postulat bien différent de celui sous-entendu sur les réseaux.
Quant au documentaire de Jacqueline Roche, il soulève plusieurs interrogations sur la géo-ingénierie et le manque supposé d’informations autour de ces technologies. Mais ces interrogations reposent principalement sur deux entretiens au sein d’un film de 53 minutes.
Ces seuls éléments ne permettent pas d’étayer les affirmations relayées sur les réseaux sociaux, selon lesquelles le documentaire « pulvériserait le récit officiel sur le changement climatique » ou démontrerait que la météo est « manipulée ».
En effet, aucun des deux documentaires ne remet en cause le constat aujourd’hui établi par la recherche scientifique : le réchauffement du climat est sans équivoque et les activités humaines en constituent la principale cause.
