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Plusieurs représentantes du collectif fémonationaliste Némésis ont accusé à tort une jeune étudiante d'avoir participé à l'agression mortelle de Quentin Deranque. Photo : Wyslijp16 / CC BY 4.0

Mort de Quentin Deranque : une jeune femme accusée à tort d’avoir participé à la rixe

Création : 19 février 2026

Auteur : Nicolas Turcev, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste

Source : Compte Facebook, le 18 février 2026

Une étudiante lyonnaise est présentée à la radio et sur les réseaux sociaux comme ayant participé à la rixe qui a coûté la vie au militant d’extrême droite Quentin Deranque, le 12 février. Elle se trouvait en réalité en voyage à l’étranger au moment des faits.

L’emballement médiatique à la suite de la mort de Quentin Deranque, tabassé le 12 février à Lyon en marge d’un meeting de l’eurodéputée LFI Rima Hassan, s’accompagne d’un déferlement de fausses nouvelles. L’une des plus virales concerne une jeune lyonnaise du nom de Blandine Bardinet, ancienne militante de la Jeune garde, un groupe antifasciste lyonnais dissous en juin 2025 et soupçonné d’être impliqué dans la rixe mortelle.

L’étudiante de 20 ans a été présentée par plusieurs personnalités d’extrême droite comme l’une des agresseurs de Quentin Deranque. Le 16 février sur Instagram, une porte-parole du collectif fémonationaliste Némésis, dont le jeune homme assurait le service d’ordre, s’interroge sur l’absence d’interpellations à ce stade de l’enquête : « Je ne sais pas, c’est peut-être parce qu’une des jeunes femmes qui seraient reconnues sur les vidéos serait Blandine Bardinet, qui n’est nulle autre que la fille d’un employé à la métropole de Lyon ».

Le même jour, des accusations similaires ont été tenues en direct sur Europe 1 par la présidente de Némésis, Alice Cordier : « Je vais parler avec prudence puisque pour l’instant l’enquête est en cours, mais nous, nous avons identifié une jeune femme […], il s’agirait de Blandine Bardinet », a déclaré la militante identitaire selon une retranscription de Libération. L’extrait a été coupé du replay de l’émission accessible sur le site d’Europe 1.

Résultat, selon Le Monde, Libération et Le Progrès, la famille de Blandine Bardinet serait harcelée de messages, certains contenant des menaces. « Je crains pour la sécurité de ma famille », a déclaré l’étudiante à Libération.

Départ la veille

La jeune femme n’a pourtant pas pu être impliquée dans la mort de Quentin Deranque : le 12 février, elle se trouvait en Amérique du Sud, selon des informations du Monde corroborées par Libération. Le quotidien de centre-gauche a eu accès au billet d’avion utilisé par Blandine Bardinet : la date indiquerait un départ la veille des faits, le mercredi 11 février, avec un atterrissage le 12 février dans la matinée. Le journal a aussi vérifié le visa de l’étudiante, tamponné par les autorités à son arrivée le 12 février.

Par la voix de son avocat, Blandine Bardinet a annoncé, le 17 février, porter plainte en diffamation contre les influenceurs qui ont « livré en pâture » son nom et sa photo sur les réseaux sociaux. « Madame Blandine Bardinet avait quitté la France pour se rendre à l’étranger […] le 11 février et pour une durée prévue de plusieurs mois. Il est donc évident […] qu’elle a été désignée à tort », affirme dans un communiqué l’avocat au barreau de Paris Raphaël Kempf. Contacté par Les Surligneurs, son cabinet n’avait pas donné suite à nos sollicitations au moment de la publication.

Au 19 février, 11 personnes avaient été interpellées dans le cadre de l’enquête pour « homicide volontaire » ouverte par le parquet de Lyon. Sept d’entre elles ont été présentées à un juge en vue d’une mise en examen, a annoncé le procureur de la République, Thierry Dran, lors d’une conférence de presse.