Marine Le Pen a déclaré : “Tout produit qui sortira d’une usine délocalisée afin d’être importé et revendu sur le marché français sera taxé à hauteur de 35 %”

Communiqué, 26 avril 2017

Cette proposition de Marine Le Pen, qui ressemble fort aux annonces formulées par le président Trump, se heurte au principe de libre circulation dans le cadre du marché intérieur européen. Celui-ci permet à une entreprise de délocaliser sa production dans un autre État membre, en faisant usage de sa liberté d’établissement.

Mais la Cour de justice de l’Union européenne a reconnu ce droit à la mobilité des sociétés, notamment dans un arrêt Centros de 1999, à condition qu’elles ne fassent pas usage « abusivement ou frauduleusement » des normes communautaires. De plus, les États conservent la maîtrise de l’instrument fiscal, qui relève de leur compétence, mais ne peuvent pas l’utiliser comme un moyen de sanctionner une délocalisation dans l’Union européenne.

En outre, la taxe à l’importation qu’évoque Marine Le Pen est fondée sur le passage de la frontière nationale, et donc assimilée à une taxe d’effet équivalent à un droit de douane, interdite par l’article 30 du TFUE.

Prétendre négocier cette manière de protéger le marché français est une négation des fondements de l’Union, et supposerait donc un Frexit, avec les risques et les déconvenues qu’il entraînerait.

Frédérique Berrod, Louis Navé et Antoine Ullestad, le 28 avril 2017

Florian Philippot a dit : “Avoir des frontières sera déjà une bonne chose puisque nous n’en avons plus”

France inter, 27 avril 2017

Décidément, le Front national nourrit les fantasmes les plus effrontés sur l’état de notre droit. Ainsi nous n’aurions plus de frontières. Permettons-nous d’en douter de la manière la plus polie qui soit. Nous avons bien des frontières. Et pour preuve ! le droit allemand s’applique en Allemagne, le droit français en France.

La frontière est physique : la libre circulation des personnes est limitée par des règles européennes, un chômeur italien ne pouvant rester plus de trois mois en France s’il n’a pas les ressources suffisantes ni une couverture sociale. Par ailleurs, les règles de l’espace Schengen permettent de rétablir temporairement les contrôles aux frontières en cas de dysfonctionnement de l’espace Schengen (ce qui fut fait dans le cas de la crise migratoire en 2016), ou en cas de « menace grave pour l’ordre public » (ce qui fut fait après les attentats terroristes du 13 novembre 2015).
La frontière est économique : il est loisible à la France de protéger une activité nationale comme par exemple un service public, nous l’avions déjà rappelé. Il est aussi possible d’invoquer des clauses de sauvegarde et limiter la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des travailleurs pour (pêle-mêle, et de façon non exhaustive) : garantir le principe de précaution, protéger la santé, la liberté d’expression, l’ordre public

Florian Philippot a deux fois tort : il y a toujours des frontières et elles sont aussi bien physiques qu’économiques.

Vincent Couronne, le 27 avril 2017

Emmanuel Macron veut une règle de stabilité des lois fiscales et sociales “quand on prend un texte dans le quinquennat, on n’y touche plus”

JDD, 9 avril 2017

Le candidat En Marche ! veut éviter que sa majorité, s’il en obtient une à l’Assemblée nationale, ne se laisse tanguer au gré des soubresauts de l’actualité économique et sociale. Or, s’il est élu président de la République, Emmanuel Macron se heurtera à deux limites qui risquent de l’empêcher de respecter pleinement cette promesse.

La première est celle de la majorité parlementaire. Il faut déjà, pour qu’il puisse tenir sa promesse, qu’il dispose d’une majorité qui lui est acquise à l’Assemblée nationale. Le pari est audacieux, mais pas impossible. Admettons qu’une telle majorité soit éventuellement atteinte, il lui sera très difficile de la conserver. L’exemple des « frondeurs » sous l’actuelle majorité montre bien la difficulté de composer avec un spectre politique forcément large, puisqu’il doit englober 50 % de la Nation représentée.

Cette contrainte politique se double d’une garantie constitutionnelle : la loi fiscale ne vaut que pour une année. Elle est prévue dans la loi de finances, qui établit le budget de l’État pour l’année à venir, et ne peut en aucun cas, au nom du principe d’annualité budgétaire, engager les finances de l’État au-delà. Libre donc aux parlementaires de revenir sur tout acquis à la fin de chaque année.

Emmanuel Macron risque de ne pouvoir assurer une stabilité fiscale et sociale pendant son quinquennat, sauf à maintenir une majorité tout aussi stable.

Vincent Couronne, le 27 avril 2017

Marine Le Pen, affirmant que la France était à Londres, considère que “la France n’était pas responsable [de la rafle du Vél d’Hiv de 1942]”

Le Figaro, 9 avril 2017

    Mme Le Pen ajoute : « s’il y a des responsables, c’est ceux qui étaient au pouvoir à l’époque, ce n’est pas LA France ». Au-delà de la rafle même du Vél d’Hiv en ce qu’elle a de symbolique parce qu’elle avait été exécutée par des policiers français sur le terrain et non par les forces allemandes, Mme Le Pen a tort en droit.

    L’après seconde Guerre Mondiale a été caractérisé par une doctrine juridique affirmant que Vichy n’incarnait pas la France, et que par conséquent les actes de Pétain et de son administration étaient nuls et non avenus. En rétablissant par ordonnance la légalité républicaine dès 1944, De Gaulle faisait disparaître juridiquement la France de Vichy, et lavait l’honneur de la France. Cela donnait aussi raison à Mme Le Pen.

    Cette doctrine juridique a fait consensus très longtemps, avant d’être remise en cause du fait de son artificialité. C’est un autre président de la République, Jacques Chirac, qui par un discours du 16 juillet 1995, a solennellement affirmé que « la folie criminelle de l’occupant avait été secondée par les Français, par l’État français » et qu’une « faute collective » avait été commise.

    Cette reconnaissance officielle s’est concrétisée juridiquement : en 1998, Maurice Papon avait été condamné personnellement pour crime contre l’humanité à dix ans de prison et à indemniser les familles juives des personnes qu’il avait fait déporter. Du fait de la reconnaissance de la responsabilité de la France, Papon a pu obtenir devant le juge administratif que la France prenne en charge la moitié de ces dommages-intérêts. La France était donc bien à Vichy aussi selon le juge.

    En somme, Mme Le Pen a tort désormais, puisque la responsabilité de la France dans les crimes commis par Vichy est reconnue par les juges, et qu’elle a dû indemniser les survivants et les familles dans les années 1995-2000.

    Mme Le Pen ne peut, en droit, affirmer que l’État n’est pas responsable de la Rafle du Vel d’Hiv de 1942, ou plus généralement des persécutions antisémites menées par le régime vichyste.

    Jean-Paul Markus, le 25 avril 2017

    Nathalie Artaud a déclaré : “La Constitution n’a jamais protégé aucun ouvrier confronté à un licenciement [alors qu’] il est inscrit le droit à un emploi”

    Débat présidentiel, CNews, 4 avril 2017, 2h38

    La Constitution de la cinquième République fait référence au Préambule de la Constitution de 1946 et lui confère valeur constitutionnelle. Ce texte garantit aux travailleurs des droits aussi fondamentaux que le droit de grève, le droit syndical ou le droit au repos. Ces droits sont fréquemment mobilisés devant le juge. La Cour de cassation se fonde ainsi régulièrement sur le texte constitutionnel pour prononcer la nullité d’un licenciement portant atteinte au droit de grève. C’est également le texte constitutionnel qui impose au législateur de prévoir un statut destiné à octroyer aux représentants du personnel l’indépendance nécessaire à l’exercice de leur mandat : pour les licencier, l’employeur doit obtenir une autorisation auprès de l’inspection du travail.

    Affirmer que la Constitution n’a jamais protégé aucun salarié du licenciement est donc une erreur grossière. Le droit à l’emploi, quant à lui, n’est pas directement opposable même s’il est également garanti par le Préambule de 1946. En revanche, il aboutit régulièrement à ce que le Conseil constitutionnel reconnaisse la constitutionnalité d’une atteinte portée à la liberté d’entreprendre. C’est le droit à l’emploi qui justifie que le législateur impose à l’employeur de prendre des mesures de reclassement au bénéfice des salariés visés par un licenciement économique alors même que cela porte atteinte à la liberté d’entreprendre. Ainsi, le droit à l’emploi reconnu par la Constitution, permet, lui aussi, de protéger les salariés.

    Nathalie Artaud a tort de nier l’importance du texte constitutionnel pour la protection du salarié. L’adoption d’une nouvelle Constitution ignorant les droits issus du Préambule de 1946 pourrait, au contraire, avoir des effets désastreux.

    Bérénice Bauduin, le 21 avril 2017

    Benoît Hamon “100 critiques sur les programmes”

      Benoît Hamon a commencé tôt sa campagne du fait de la primaire de la gauche. Il fait quelques erreurs et quelques promesses qui seraient difficiles à mettre en oeuvre, voire impossibles pour certaines.

      Le “49.3 citoyen” est une de ses mesures phares. Voilà un bel exemple de communication politique, car si cette mesure n’est pas infaisable, elle a peu de rapport avec le 49.3 tel que nous le connaissons dans la Constitution, et risque donc de manquer sa cible. Une autre mesure phare est l’exclusion des dépenses militaires du calcul du budget de l’État. Or, ce calcul est fondé sur des règles fixées au niveau européen… pour s’en extraire il faut donc réviser la législation de l’Union sur ce point, ce que le candidat ne propose pas.

      En matière sanitaire environnementale, Benoît Hamon se prononce pour un droit à la santé qui aura du mal à être mis en oeuvre. Après avoir confondu principe de précaution et principe de prévention, il promet une mesure destinée à assurer une meilleure qualité de l’air et de l’eau, alors que cette mesure existe déjà.

      De manière plus accessoire, il risque de se heurter à des difficultés importantes s’il veut responsabiliser les dirigeants pour les souffrances de leurs salariés, même si ce n’est pas impossible. Nous pouvons être plus catégoriques sur une autre promesse : imposer des conseils d’administration des entreprises avec un tiers de représentant syndicaux et un tiers de membres extérieurs serait contraire à la Constitution.

      Benoît Hamon fait des promesses qui posent problème au regard du droit, mais qui pour certaines ne sont pas irréalisables.

      Vincent Couronne, le 21 avril 2017

      François Fillon fait des promesses qui heurtent le droit “100 critiques des programmes”

      François Fillon a démarré sa campagne très tôt, ce qui peut expliquer en partie le nombre d’articles que nous lui consacrons. Ses propos les plus contestables concernent tour à tour l’affaire liée à l’emploi de membres de sa famille qui a abouti à sa mise en examen, les questions sur le régime matrimonial et les questions de lutte contre la criminalité et de maîtrise de l’immigration. Quelques erreurs qui dénotent un manque de connaissance de certains éléments sont aussi à relever.

      C’est avant-tout l’accusation puis sa mise en examen dans l’affaire de l’emploi de sa femme et de ses enfants qui ont retenu notre attention. Il avait cru bon, lors d’une retentissante conférence de presse, d’accuser l’actuelle majorité d’être derrière l’enquête du parquet national financier en nommant ses procureurs, en oubliant de préciser le rôle de personnalités nommées lorsque lui-même était Premier ministre. Il ne peut pas non plus accuser les journalistes du quotidien Le Monde d’avoir violé le secret professionnel en publiant des éléments du dossier de l’instruction, car les journalistes bénéficient d’un droit d’information protégé par la Cour européenne des droits de l’homme. Il ne peut pas non plus dire que les juges ne peuvent pas apprécier la qualité du travail de son épouse en tant qu’assistante parlementaire.

      Les questions sociétales sont un des marqueurs de son programme. Il ne pourra pas cependant revenir sur la loi sur le mariage pour tous, et ses récentes déclarations sur la participation de Sens commun à un gouvernement confirment un peu plus sa volonté. Il faut noter également que l’adoption plénière par les couples de même sexe n’est pas contraire à la Convention européenne des droits de l’homme, comme il a pu l’affirmer lors de la primaire de la droite et du centre.

      En matière d’immigration, il propose de placer en rétention administrative tous les demandeurs d’asile, ce qui serait contraire, au minimum, au droit de l’Union européenne. Assumerait-il une sortie de l’Union pour parvenir à cette fin ? Ses propositions de fixer des quotas d’immigrés et d’inscrire dans la Constitution la limite de la capacité d’accueil de la France seraient dépourvues d’efficacité juridique. Dans sa lutte contre la criminalité et le terrorisme, François Fillon propose de dissoudre immédiatement toutes les associations liées au salafisme, ce qui risque d’être compliqué, voire impossible. Il ne pourra pas par ailleurs déchoir de leur nationalité les Français partis combattre dans les rangs de l’organisation État islamique. Impossible aussi, en démocratie, de rendre automatiques les peines-planchers.

      En disant que seule la Constitution contient des droits fondamentaux, François Fillon se risque à des affirmations malheureuses, qui brouillent l’état réel de notre droit, où les droits fondamentaux sont aussi garantis par des textes européens et internationaux. Il peut difficilement dire aussi que la France a perdu sa liberté en acceptant le traité transatlantique (TAFTA). Il souhaite par ailleurs la création d’un corps européen de gardes-frontières, alors que cela existe déjà.

      Les thèmes majeurs de la campagne de François Fillon font émerger les propos et les propositions les plus contestables : sa mise en examen, l’insécurité et le mariage.

      Vincent Couronne, le 21 avril 2017

      Jean-Luc Mélenchon fait plusieurs promesses qui heurtent le droit “100 critiques des programmes”

      Le candidat de la France insoumise a le verbe fort, sa passion politique est peu contestable et quoiqu’on en pense, son programme est riche d’idées novatrices. Toutefois, les erreurs juridiques qui rendent certaines de ses promesses illusoires existent, et ni son projet de VIe République ni son projet de sortie de l’Union européenne – qu’il ne souhaite visiblement plus – ne règlent tous ces problèmes.

      Même avec une VIe République, il ne pourra pas proposer une inéligibilité à vie pour toute personne condamnée, l’individualisation et la proportionnalité des peines étant des exigences démocratiques. Par ailleurs, abroger la loi El Khomri pose bien plus de problèmes qu’il n’y paraît : les effets juridiques recherchés seront très limités. Il en va de même pour la discipline de vote imposée à tous les élus de son mouvement, que la Constitution de la Ve République rend sans effet. Or, dans sa stratégie, sa discipline n’a vocation à s’appliquer que pendant la période de transition vers une VIe République. Donc impossible à faire respecter dans cet intervalle. Cependant, imposer la gratuité des cantines scolaires et les menus végétariens n’est impossible que sous l’empire de la Constitution actuelle, donc pas forcément de celle qu’il envisage.

      Des erreurs, qu’on a peine à imaginer involontaires venant d’un député européen, visent essentiellement l’Union européenne. Contrairement à ce qu’il dit, Nicolas Sarkozy et François Hollande ont bien renégocié les traités européens même si, on peut le comprendre, cela n’a pas été fait dans le sens qu’il aurait voulu. Par ailleurs, son camp est prompt à répéter que toute harmonisation sociale et fiscale dans l’Union européenne est impossible ou inexistante, ce qui est tout simplement faux. Nous le démontrons par de nombreux exemples.

      Par ailleurs, le candidat de la France insoumise ne souhaitant plus sortir de l’Union, son projet d’impôt universel devra être sérieusement raboté pour respecter les règles européennes. Même dans l’éventualité d’un “Frexit”, la souveraineté des autres États affaiblirait de toute manière l’efficacité de cette promesse.

      Jean-Luc Mélenchon fait quelques promesses qui, même avec une nouvelle Constitution et en dehors de l’Union européenne – sortie qu’il ne souhaite plus -, sont sérieusement compromises.

      Vincent Couronne, le 20 avril 2017

      Emmanuel Macron promet des mesures qui existent déjà “100 critiques des programmes”

      L’immixtion d’Emmanuel Macron comme candidat crédible est un des évènements marquants de cette campagne. Avec un programme conçu grâce à la participation de milliers de citoyens, la difficulté était sans doute de transformer des exigences précises en promesses juridiquement possibles. Des erreurs existent malgré tout, mais les propos que nous avons surlignés visent plutôt des promesses de mesures qui existent déjà.

      Les mesures qui existent déjà

      C’est le cas de sa volonté de créer un corps européen de gardes-frontières, de mettre en place des mesures permettant de lutter contre la propagande djihadistes sur internet, ou encore de conclure avec des pays tiers des accords de reconduite à la frontière des personnes en situation irrégulière. On peut encore citer son souhait de voir le programme Erasmus étendu aux apprentis, ou de proposer une révision de la directive sur les travailleurs détachés. Toutes ces mesures existent déjà, sous une forme ou sous une autre. Peut-être souhaite-t-il les renforcer ? Dans ce cas, il faut le dire, et trouver les moyens d’y parvenir.

      Les promesses difficilement tenables

      Sur le modèle de ce que propose Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron souhaite un “contrat avec la Nation” qui n’aura aucune efficacité juridique du fait de la Constitution. La Constitution encore ne lui permettra que difficilement d’assurer une stabilité fiscale pendant son quinquennat. Par ailleurs, sa volonté d’exonérer de la taxe d’habitation 80% des ménages les plus modestes pourrait bien être contraire à la Constitution, notamment à la règle selon laquelle les ressources propres doivent représenter une part déterminante des ressources des collectivités locales. On peut noter que ses propos sur la colonisation en tant que crime contre l’humanité ont été par la suite assouplis, en ne visant plus que les “crimes contre l’humain”, plus conformes au droit tel qu’interprété à ce jour par le juge.

      Exonérer de la taxe d’habitation 80% des ménages les plus modestes est la promesse la plus problématique juridiquement, les autres, parmi celles que nous surlignons, étant déjà mises en oeuvre.

      Vincent Couronne, le 20 avril 2017

      Marine Le Pen ment et fait des promesses qui heurtent le droit “100 critiques des programmes”

      Le programme de Marine Le Pen de même que ses propos ou ceux de cadres du Front national sont particulièrement critiquables d’un point de vue juridique. Nombre des promesses faites sont impossibles à tenir sans une violation parfois substantielle de notre État de droit, surtout depuis qu’elle remet en question sa volonté de quitter l’Union européenne et la zone euro.

      Les promesses impossibles à tenir

      Il y a d’abord les promesses impossibles à tenir, ou presque. Outre une sortie de l’euro – ou la création d’une monnaie parallèle – dont les graves conséquences juridiques ont été occultées, la candidate du Front national ne pourra ni interdire la scolarisation des enfants de personnes en situation irrégulière, ni mettre un terme à la gratuité de leur accès à l’école. En matière de droit du travail, la taxe sur tout contrat conclu avec un étranger serait probablement contraire au droit de l’Union européenne et à la Constitution française. Sa volonté d’inscrire la laïcité dans le code du travail serait aussi inconstitutionnelle. À ce sujet, la candidate frontiste ne pourra pas non plus interdire le port de tout signe religieux dans l’ensemble de l’espace public. Le projet de contribution sociale sur les importations est, lui, très problématique, même en cas de sortie de l’Union, de même que l‘interdiction de la publicité pour les mutuelles. La proposition de taxer à 35% les produits issus d’une délocalisation serait directement contraire au droit de l’Union européenne.

      Sur le plan sécuritaire, le rétablissement de la peine de mort, déjà particulièrement complexe, nécessiterait au minimum de dénoncer le Protocole n° 6 de la Convention européenne des droits de l’homme. Par ailleurs, le fait d’imposer que les délinquants étrangers effectuent de manière automatique leur peine dans leur pays d’origine serait contraire à la souveraineté des États, cette souveraineté si chère à la candidate frontiste. Difficile enfin comme elle le promet d’organiser un référendum pour faire primer le droit national sur le droit de l’Union européenne.

      Les fantasmes sur l’état de notre droit

      Il y a ensuite des fantasmes sur l’état du droit en France et en Europe. Sur les questions européennes, elle sait bien, en tant que députée européenne, que l’Union européenne peut déjà pratiquer du protectionnisme au niveau européen, et alors même qu’elle n’a pas toujours été opposée au projet de traité transatlantique (TAFTA et CETA), et l’a même soutenu au Parlement européen. Elle s’est aussi insurgée contre ces directives imposées par des commissaires inconnus… ce qui est doublement faux et très étrange venant là encore d’une députée européenne. L’UE n’impose pas non plus “la ruine d’EDF pour obéir à l’UE“. Par ailleurs, contrairement à ce qu’affirme Florian Philippot, l’Union peut interdire les OGM. De même, Marine Le Pen ne peut défendre le fait que l’Union organiserait une concurrence déloyale, pas plus que la France lui transfèrerait l’entièreté de ses compétences. Sur le plan national, il est faux de dire que le CICE profite en priorité aux grandes entreprises.

      Les questions sociétales forment un terreau particulièrement fertile aux fantasmes frontistes. Une chimère éculée du Front national est ainsi de dire que nous n’avons plus de frontières, ce qui est bien loin de la réalité, et que les étrangers sortant de prisons ne sont plus reconduits à la frontière (là encore, c’est tout à fait faux). Ou encore que les remises de peines sont automatiques. Sur la religion, contrairement à ce que dit Marine Le Pen, la loi El Khomri facilite la restriction de l’expression des convictions religieuses dans l’entreprise. Contrairement à ce qu’affirme la candidate encore, la gratuité des transports en Île-de-France pour les personnes étrangères en situation irrégulière n’a jamais existé, et les réductions dont ces personnes pouvaient éventuellement bénéficier ont déjà été supprimées. Florian Philippot avait lui affirmé que la réévaluation de l’aide au retour créait un “appel d’air” pour les Roumains, ce qui est faux, car cette réévaluation ne leur est pas applicable.

      Plus grave, elle affirme que la justice n’est qu’une simple autorité, dont l’action à son encontre et à l’encontre de son parti en pleine campagne serait illégitime, alors qu’elle est un vrai pouvoir. Pour clore ce tableau imaginaire du droit, ce n’est pas la Cour européenne des droits de l’homme qui interdirait de revenir sur le regroupement familial, mais notre propre Constitution.

      Le programme et les propos de Marine Le Pen frappent par leur mépris pour l’État de droit, fondement de notre démocratie.

      Vincent Couronne, le 19 avril 2017

      Jean-Luc Mélenchon souhaite “Abroger la loi El Khomri”

      Programme du candidat

      Ce que le législateur a fait, le législateur peut le défaire. Abroger la loi El Khomri est donc, de ce point de vue, tout à fait possible. Encore faut-il s’entendre sur ce que cela signifie.

      Tout d’abord, il faut avoir conscience qu’au regard de la diversité des thèmes abordés par cette loi (neutralité dans l’entreprise, compte personnel d’activité…), l’abrogation ne sera sans doute pas totale. Ensuite, dès lors que le droit antérieur a disparu, abroger ne suffit pas : il faut réécrire la loi. Plus qu’une simple abrogation, c’est donc une nouvelle réforme du droit du travail qui se profile. Enfin et surtout : la particularité de la loi El Khomri est de laisser plus de place à la négociation collective, notamment en matière de temps de travail. Autrement dit, des accords collectifs ont déjà été conclus à la suite de cette loi. Pour qu’elle produise tous ses effets, l’abrogation de la loi El Khomri implique donc de remettre en cause ces accords, par une disposition expresse.

      Or, leur pérennité est protégée par le Conseil constitutionnel au travers de la liberté contractuelle qui découle de l’article 4 de la Déclaration de 1789 et du principe de sécurité juridique garanti par l’article 16 de ce même texte. Remettre en cause les accords collectifs suppose, non seulement, de poursuivre un motif d’intérêt général suffisant mais également de ne pas modifier leur équilibre c’est-à-dire de ne pas faire peser une charge excessive sur l’un des partenaires contractuels.

      À moins de modifier la Constitution pour nier toute valeur constitutionnelle à la Déclaration des droits de l’homme, l’abrogation de la loi El Khomri pourrait ne pas produire tous les effets désirés par le candidat.

      Bérénice Bauduin, le 19 avril 2017

      Emmanuel Macron souhaite que les grands groupes de l’internet aient “une obligation absolue de résultat sur le retrait des contenus de propagande djihadiste”

      Conférence de presse, 10 avril 2017

      Afin de lutter contre le terrorisme sur internet, Emmanuel Macron souhaite obliger les intermédiaires d’internet à retirer le contenu de sites propagandistes. Or une telle obligation existe déjà depuis la loi du 13 novembre 2014 renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme.

      Cette loi a ajouté un article 6-1 à la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN) créant une procédure administrative de retrait et de blocage de site internet dont le contenu incite à l’apologie ou à la provocation d’actes de terrorisme tels que réprimés par l’article 421-2-5 du code pénal. Selon cette procédure, l’autorité administrative peut demander à l’intermédiaire d’internet, hébergeur ou fournisseur d’accès, le retrait d’un contenu illicite servant la propagande djihadiste. Si cet intermédiaire ne retire pas le contenu litigieux sous 24h, l’autorité administrative procède au blocage de ce site.

      Le non-respect de ces procédures est pénalement sanctionné d’un an d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende, selon l’article 6, VI. 1. de la LCEN, pour le dirigeant de droit ou de fait d’un groupe internet, et d’une mesure d’interdiction d’exercer leurs activités professionnelles ou sociales pour les personnes morales. L’on peut dès lors considérer que pèse d’ores et déjà sur les groupes internet une obligation de résultat de lutte contre les contenus propagandistes.

      L’obligation de résultat que veut imposer Emmanuel Macron aux groupes internet existe en réalité déjà par les procédures administratives de retrait et de blocage de sites propagandistes terroristes.

      Sophie Visade, le 14 avril 2017

      Philippe Poutou propose, pour créer des emplois, “l’interdiction des licenciements, immédiatement”

      Débat présidentiel, CNews, 4 avril 2017, 22’45″

      Le licenciement est une prérogative appartenant à l’employeur, qui lui permet de rompre un contrat à durée indéterminée, soit pour motif personnel, soit pour motif économique, selon des modalités prévues par la loi. Ce pouvoir trouve sa source dans l’article 4 de la Déclaration de 1789 pour deux raisons. Tout d’abord, le Conseil constitutionnel considère que ce texte prohibe les engagements perpétuels : tout contrat de droit privé à durée indéterminée doit pouvoir être rompu unilatéralement par l’un ou l’autre des contractants. Ensuite, toujours selon le Conseil, la liberté d’entreprendre qui découle de ce texte, garantit à l’employeur le droit de choisir ses collaborateurs.

      En vertu de la prohibition des engagements perpétuels, il est donc impossible d’interdire purement et simplement le licenciement puisqu’il s’agit de la seule voie ouverte à l’employeur pour rompre un contrat à durée indéterminée. De plus, interdire le licenciement pour motif personnel, y compris disciplinaire, reviendrait à nier à l’employeur le droit de choisir ses collaborateurs.

      Philippe Poutou peut-il interdire le seul licenciement pour motif économique ? Si une telle mesure participerait indéniablement de la promotion du droit à l’emploi garanti par le Préambule de la Constitution de 1946, elle aurait surtout pour effet de porter une atteinte disproportionnée à la liberté d’entreprendre. Le Conseil constitutionnel a, ainsi, déjà censuré une disposition qui ne permettait à l’entreprise de licencier que si sa pérennité était en cause. Il a considéré que les contraintes imposées par le législateur étaient, par leur ampleur, contraires à la liberté d’entreprendre.

      S’il est possible, dans une certaine mesure, de durcir les conditions du licenciement économique, son interdiction pure et simple est inconstitutionnelle.

      Bérénice Bauduin, le 14 avril 2017

      Nicolas Dupont-Aignan, s’il est élu, proposera “une charte qui sera à signer par les imams de France : soit ils respectent cette charte, soit ils sont expulsés quand ils sont étrangers”

      Débat présidentiel, BFM TV, 4 avril 2017, 9’

      M. Dupont-Aignant invente un objet juridique non identifié : la charte sanctionnée par une expulsion en cas de non-respect.
      La charte en soi n’est pas interdite. Mais lorsqu’il s’agit d’imams bafouant les valeurs républicaines, on se situe dans le domaine de la police : si un imam enfreint la loi en incitant les fidèles à commettre des actes hors-la-loi, la loi suffit à entrainer une sanction. Pas besoin de charte.  Si l’imam respecte la loi, la sanction ne s’applique pas : la charte est inutile et sans effet juridique.
      Second problème, cette charte serait sanctionnée par l’expulsion si l’imam est étranger. Or l’expulsion, en tant que sanction, ne peut pas s’appuyer sur une « charte », mais seulement sur la loi (nulle peine sans loi, article 8 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen). Il faudrait donc que le Parlement vote une « charte », autrement dit une loi intitulée « charte », que l’iman devra signer. Mais alors, nous devrons tous signer toutes les lois car nous devons tous les respecter. De plus, les imans français pourront bafouer cette « charte » en toute impunité. C’est une inégalité devant la loi, que le Conseil constitutionnel pourrait bien censurer.
      Enfin, comment obliger les imams à signer cette charte ? En les expulsant s’ils refusent ? Ce serait un procès d’intention. Et quid des imams français qui refuseraient ?

      La charte proposée par M. Dupont-Aignan n’aurait aucun fondement juridique et ne pourrait pas servir de fondement à une expulsion. Jean-Paul Markus

      Jean-Paul Markus, le 13 avril 2017

      François Asselineau sur les services publics “Si les services publics sont actuellement démantelés c’est sous la pression de l’Union européenne et en particulier du fait de l’article 106 TFUE”

      Débat BFM TV, 4 avril 2015, 174min

      L’idée de libre concurrence entre les acteurs du marché économique irrigue le droit de l’Union européenne. Ainsi l’article 106§1 TFUE interdit aux États membres d’accorder aux entreprises des droits spéciaux ou exclusifs (définis à l’article 2§3 d’une directive de 2004) dans des conditions contraires aux règles de libre concurrence, par exemple l’attribution d’un monopole. Le second paragraphe de l’article 106 TFUE poursuit en soumettant les entreprises chargées de la gestion de services d’intérêt économique général (SIEG) aux règles de concurrence. En droit français, cette notion renvoie aux services publics intervenant dans la sphère économique.

      En revanche, les services portant sur les activités régaliennes de l’État (CJCE, 1994, Eurocontrol) ou sur les activités sociales et de santé (CJCE, 1993, Poucet et Pistre), ne sont pas soumis aux règles de concurrences.

      Par ailleurs, l’article 106§2 TFUE précise que les SIEG peuvent, par exception, s’extraire des règles de concurrence dès lors que leur application ferait échec à l’accomplissement de la mission particulière qui leur a été impartie. C’est notamment ce que rappelle la Cour de justice en considérant que la dérogation aux règles de la concurrence reste possible dès lors qu’elle est « nécessaire à la bonne exécution des missions de service public confiées à la personne privée ou publique concernée ».

      Contrairement à ce que dit François Asselineau, l’article 106 TFUE n’a pour objet ni le démantèlement des services publics français ni leur privatisation, mais l’ouverture par principe au droit de la concurrence de ceux qui interviennent dans la sphère économique, tout en protégeant ceux portant sur les activités régaliennes, sociales et de santé, et les activités qui sont nécessaires à l’accomplissement de la mission de service public.

      Guillaume Emélien, Alexandre Meylan et Lauriane Tanguy, le 13 avril 2017

      Nicolas Dupont-Aignan sur le dumping social : “Du premier jour de mon élection, je supprimerai la directive travailleurs détachés”

      Débat présidentiel, BFM TV, 4 Avril 2017

      Le débat autour de la suppression de la directive européenne de 1996 sur le détachement des travailleurs a peu de sens. Supprimer cette directive n’empêchera pas la concurrence déloyale mais risque même de l’aggraver. Le détachement de travailleur se fait dans le cadre de la prestation d’un service, par nature provisoire, par une entreprise. Cette prestation doit être libre au titre du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (article 56 TFUE). La directive de 1996 assure un équilibre entre cette liberté et un noyau dur de règles que l’État d’accueil de la prestation doit faire respecter, dont l’obligation de respecter les taux de salaire minimal, quand ils existent dans la législation locale. Les cotisations sociales restent payées dans l’État d’origine, puisque le travailleur est détaché et reste couvert par le système social pour lequel il cotise dans le cadre de son contrat de travail. Si la directive est supprimée, cet équilibre est rompu et l’État d’accueil aura plus de mal à faire respecter ce minimum salarial.

      Si l’on veut lutter contre les abus de détachement, il faut bien plutôt appliquer la directive d’exécution de 2014, pour renforcer les contrôles de la notion de détachement et de l’application effective des obligations de la directive contenues dans le noyau dur. La directive de 1996 est en cours de réforme pour mieux prévenir la concurrence déloyale par un renforcement des droits du travailleur détaché et les intérêts de l’État d’accueil. Le principe mis en avant par la Commission dans sa proposition est : un même travail effectué au même endroit devrait être rémunéré de manière identique, ce qui renforce l’équité salariale.

      Au lieu de créer un nouveau risque de dumping social en supprimant la directive, les États devraient plaider pour renforcer les droits des travailleurs détachés pour les caler sur ceux des travailleurs locaux pour ce qui concernent les rémunérations, les congés et les conditions de sécurité, y compris dans toute la chaîne de sous-traitance.

      Frédérique Berrod et Antoine Ullestad, le 12 avril 2017

      François Fillon souhaite empêcher les djihadistes qui sont partis en Syrie de revenir : “Il y a une loi qui date du Front populaire qui permet de retirer la nationalité française à une personne qui tourne les armes contre son pays”

      Débat présidentiel, mardi 4 avril 2017, 22’

      François Fillon fait référence au décret-loi d’Édouard Daladier du 12 novembre 1938, aujourd’hui article 23-7 du Code civil autorisant la perte de nationalité selon des conditions restreintes : « le Français qui se comporte en fait comme le national d’un pays étranger peut, s’il a la nationalité de ce pays, être déclaré, après avis conforme du Conseil d’Etat, avoir perdu la qualité de Français. » Elaborée pour trancher des conflits positifs de nationalité, cette mesure fut utilisée pour punir les Français binationaux convaincus de collaboration ou les communistes pendant la guerre froide.

      Ainsi, pour que la proposition de M. Fillon puisse correspondre à l’illustration utilisée il serait d’une part, nécessaire de reconnaître l’état islamique comme État au sens des droits constitutionnel et international et, d’autre part, que ces Français se comportent comme des nationaux de cet État, c’est à dire, qu’ils exercent activement cette nationalité. Or, si aujourd’hui Daech revendique le titre d’État islamique, cette organisation ne recueille ni les conditions requises à la définition de l’État ni la reconnaissance de la communauté internationale. En effet, la Convention de Montevideo de 1933 sur les droits et devoirs des États exige quatre critères cumulatifs : une population permanente, un territoire déterminé, un gouvernement et la capacité d’entrer en relation avec les autres États. Dès lors, l’esprit et la lettre de cette disposition ne peuvent s’appliquer aux organisations terroristes.

      Le cadre légal que prend François Fillon au soutien de ses propos, ne pourrait être utilisé au cas précis des organisations terroristes.

      Mathilde Roose, le 12 avril 2017

      Marine Le Pen souhaite instaurer “une contribution sociale sur les importations de 3%”

      Programme de Marine Le Pen, point 59

      La libre circulation des marchandises au sein de l’Union européenne est l’une des quatre libertés fondamentales sur lesquelles repose le marché unique. Ainsi l’instauration d’une telle taxe pour les produits de l’Union européenne serait contraire à l’article 30 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. La Cour de justice de l’Union européenne a également consacré l’effectivité de cette interdiction dans deux décisions de principe de 1969 et 1972.

      L’instauration d’une taxe à l’importation sur les produits non issus de l’Union européenne serait elle aussi problématique puisque contraire à l’article 3 du TFUE qui dispose que les droits de douane sont une compétence exclusive de l’Union.

      Enfin l’hypothèse d’une sortie de l’Union européenne envisagée par Marine Le Pen ne lèverait pas toutes les contraintes à la mise en place d’une telle taxe. L’Organisation mondiale du commerce, à laquelle la France participe, prévoit que les droits de douane soient appliqués dans des conditions d’égalité à tous les partenaires commerciaux. Elle prévoit bien des exceptions dans trois hypothèses : pour les mesures visant à lutter contre le dumping social, pour les droits compensateurs visant à neutraliser des subventions et pour des mesures d’urgence visant à sauvegarder des branches de production nationale. Toutefois il est très peu probable que la taxe envisagée par Marine Le Pen, eu égard à son caractère général et absolu, soit susceptible d’entrer dans l’une de ces hypothèses.

      L’instauration d’une contribution sociale à l’importation semble très difficile à mettre en œuvre juridiquement, que ce soit dans le cadre de l’Union européenne ou de l’OMC.

      Lauriane Tanguy, le 4 avril 2017

      Marine Le Pen, afin que les économies réalisées bénéficient à leurs clients, propose qu’on ” interdise la publicité aux mutuelles”

      Débat télévisé TF1 du 20 mars 2017, 2h 03 min.

        C’est aux frais de gestion des mutuelles de santé que Mme Le Pen s’en prend. Elle estime que ces frais sont disproportionnés et qu’ils pèsent sur les clients, ce qui renchérit les frais globaux de santé. Or la publicité est doublement protégée par le Conseil constitutionnel : d’abord parce qu’elle relève de la liberté d’expression ; ensuite parce qu’elle s’intègre dans une stratégie commerciale, laquelle relève de la liberté d’entreprendre, également protégée par la Constitution. Mme Le Pen fait la comparaison avec les avocats qui ne pourraient faire de publicité en France. Mais c’est de moins en moins vrai : Leur règlement leur permet (art. 10-1) de communiquer de nombreux éléments d’information sur leur cabinet.

        En revanche, la publicité est interdite aux médecins afin de ne pas pousser les patients à la consultation, aux médicaments remboursés par la sécurité sociale afin d’éviter la sur-médication et la sur-prescription, et aux fabricants de tabac, en raison de sa dangerosité. Dans tous ces cas, le Conseil constitutionnel admet l’interdiction, mais parce qu’elle sert la santé publique, objectif qui est aussi constitutionnel. Il est également interdit de faire de la publicité pour des armes à feu (sauf fusils de chasse), pour des raisons d’ordre public.

        En revanche, on ne voit pas quel motif constitutionnel d’ordre public ou autre permettrait d’interdire la publicité aux mutuelles. En tout cas pas la cherté de ces mutuelles.

        L’interdiction de la publicité faite aux mutuelles serait probablement contraire à la Constitution et censurée par le Conseil constitutionnel.

        Jean-Paul Markus, le 4 avril 2017

        François Fillon sur le travail de son épouse comme assistante parlementaire : “Il n’appartient pas à l’autorité judiciaire de porter une appréciation sur la qualité de ce travail.”

        Le Monde, le 15 mars 2017

        Lors de sa conférence de presse organisée afin d’exposer sa défense dans l’affaire des emplois soupçonnés fictifs de certains membres de sa famille, François Fillon a estimé que la justice n’avait pas à apprécier le contenu de tels emplois. Cette assertion semble un peu rapide.

        La fonction de collaborateur parlementaire est rétribuée au moyen d’argent public (enveloppe allouée à chaque sénateur ou député) mais les contrats qui lient les collaborateurs à leur parlementaire sont des contrats de droit privé, qui relèvent des Conseils des prud’hommes en cas de litige. C’est donc bien le parlementaire qui fixe les fonctions de son collaborateur.

        Toutefois ces emplois ont été crées en 1975 afin d’aider les parlementaires dans l’exercice de leur mandat. C’est notamment l’objet d’une des clause insérées dans les contrats type de collaborateur fournis par les questeurs de l’Assemblée nationale. Ces contrats sont d’ailleurs de plus en plus encadrés, par des arrêtés des questeurs ainsi que des arrêtés du bureau du Sénat (limitation des emplois familiaux, publication des collaborateurs des sénateurs).

        En outre la justice est habilitée à contrôler la réalité des fonctions exercées dans le cadre de ses contrats, pour sanctionner d’éventuels abus de biens sociaux et des détournements de fonds publics (à noter qu’il existe une controverse quant à l’applicabilité de cette infraction aux parlementaires).

        Or pour contrôler ces emplois, la justice va nécessairement examiner la réalité des fonctions assurées mais également leur lien avec le mandat parlementaire. C’est ce qui a été affirmé clairement par la Cour de cassation qui a jugé légale qu’une collaboratrice d’un député dénonce le fait que celui-ci ait déclaré employer sa fille alors même que cette dernière n’exerçait aucune activité à son profit (Cass Soc, 29 septembre 2010, n°09-41.543). Elle a également rappelé dans une seconde décision que les collaborateurs parlementaires sont avant tout des salariés et non des représentants politiques (Cass Soc, 28 avril 2006, n°03-44.527).

        La justice peut contrôler la réalité du travail visé par les contrats des collaborateurs parlementaires sans porter atteinte à la sacro-sainte séparation des pouvoirs.

        Lauriane Tanguy, le 31 mars 2017

        Marine Le Pen fustige un “libre échange total” sans “aucune norme de sécurité”, ce qui veut dire que “l’Union européenne met en œuvre la concurrence déloyale”

        débat présidentiel, 20 mars 2017, 23h

        Dans l’imaginaire de Marine le Pen, l’UE ressemble à un espace sans frontières produisant de la concurrence déloyale.

        Pourtant, le libre échange à l’intérieur de l’Union se fait, et ne peut se faire, qu’à des conditions élevées de sécurité. C’est aux États d’assumer sur ce plan leurs responsabilités (articles 36 et 52 TFUE pour les marchandises et les sociétés).

        Les vicissitudes du partage des compétences ou des blocages politiques ne permettent pas toujours à l’Union de parer les effets négatifs d’un marché interconnecté et ouvert : les travailleurs détachés sont typiquement au cœur de tensions sociales dans les pays européens. Les conditions du détachement peuvent laisser se développer une concurrence qui devient déloyale si l’État d’accueil ne se protège pas, en imposant son salaire minimum par exemple, ce qui suppose d’en contrôler le respect.

        Au lieu de proposer de taxer les entreprises qui s’installent en Europe et qui revendent en France, ce qui est contraire au principe de libre circulation, mieux vaudrait, pour rendre impossible la concurrence déloyale, réfléchir à un socle européen de droits sociaux et à des éléments de convergence fiscale.

        Frédérique Berrod, Antoine Ullestad et Louis Navé, le 31 mars 2017

        Emmanuel Macron sur la protection des frontières de l’Union européenne : “Je propose d’avoir une protection des frontières, avec des vrais gardes-frontières, coordonnée au niveau européen”

        Débat TF1, 20 mars 2017, 44’

        Emmanuel Macron souhaite une politique de protection des frontières coordonnée entre les pays de l’Union européenne. Mais cette protection commune existe depuis 2004 : c’est l’agence Frontex ! Cette dernière a même été renforcée récemment puisque le règlement 2016/1624 du 14 septembre 2016, entré en vigueur en octobre dernier, a créé un véritable corps de gardes-frontières européens. Ce règlement affermit les pouvoirs de l’agence : celle-ci peut désormais intervenir lorsqu’un État membre de l’Union européenne ne prend pas les mesures suffisantes pour protéger ses frontières. Avec un budget de 254 millions d’euros en 2016, en hausse de 150% par rapport à 2014, Frontex est une agence en pleine expansion.

        Emmanuel Macron propose de mettre en œuvre une politique de surveillance commune des frontières qui existe depuis 2004 et est en constant renforcement depuis.

        Lisa Carayon, le 28 mars 2017

        Marine Le Pen a déclaré refuser que la France “transfère l’entièreté de ses compétences à l’Union européenne”

        débat présidentiel, 20 mars 2017, 22h10

        Le partage des compétences est la base du contrat de mariage entre les États et l’Union européenne. Les traités actuels montrent bien que l’UE n’a pas les compétences pour tout faire. Les domaines dans lesquels elle peut agir lui ont été explicitement accordés par les États, en vertu du principe d’attribution des compétences. Cette répartition figure aux articles 2 à 6 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Les compétences de l’UE sont de trois types : les compétences exclusives, les compétences partagées et les compétences d’appui. Chacune de ces catégories reflète un différent degré de prérogative, c’est-à-dire de marge de manœuvre, accordée à l’Union qui ne peut, et ne s’est jamais auto-attribuée l’entièreté des compétences étatiques.
        L’UE ne peut pas obliger la France à abandonner le nucléaire, pas plus que l’obliger à rembourser tel ou tel médicament. L’Union ne peut pas non plus définir des quotas de migration ou piloter l’exécution d’une directive sur la qualité de l’air.

        Il faut pourtant souligner que l’appartenance de l’Union au marché intérieur crée une obligation de tenir compte de la libre circulation pour prendre des décisions, y compris dans des domaines de compétences nationales. Typiquement, l’État reste maître de sa fiscalité, mais il ne peut pas utiliser cet instrument pour rendre illusoire la libre circulation des personnes ou des sociétés.

        L’Union européenne ne siphonne pas les compétences des États membres. Les États restent maîtres du jeu du partage dans les traités. Ils doivent cependant adapter leurs compétences propres parce qu’ils sont membres des espaces de libre circulation (marché intérieur et espace de liberté, de sécurité et de justice).

        Frédérique Berrod, Louis Navé et Antoine Ullestad, le 18 mars 2017

        Emmanuel Macron sur les accords de reconduite à la frontière : “Je propose une politique de reconduite [à la frontière] efficace qui soit négociée (…) vis-à-vis des pays d’origine”

        Débat TF1, 20 mars 2017, 43’

        Emmanuel Macron souhaite que des négociations aient lieu entre la France, les autres pays de l’Union européenne et des pays tiers à propos des reconduites à la frontière des personnes étrangères en situation irrégulière. Or, ce type d’accords existe déjà.

        Depuis 2008, la directive européenne 2008/115/CE harmonise les procédures de reconduite à la frontière entre les pays membres de l’espace Schengen. Dans ce cadre, ont été négociés des « accords de réadmission » qui visent à simplifier les expulsions vers des pays tiers. L’Union européenne a ainsi conclu des accords avec le Sri Lanka, l’Albanie, le Pakistan, la Chine  et bien d’autres. D’autres sont en négociations comme avec le Maroc ou l’Algérie qui ont déjà de leur côté signé des accords particuliers avec des État européens. Des accords bilatéraux sont en effet possibles et la France en a négocié plusieurs comme avec le Kosovo par exemple.

        Ces accords sont par ailleurs régulièrement critiqués par des organismes de protection des droits de l’Homme. Dans sa résolution n°1741, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe s’inquiétait ainsi des risques que ceux-ci pouvait faire peser sur le respect du droit d’asile.

        Emmanuel Macron propose une politique harmonisée de reconduite à la frontière qui est déjà mise en œuvre par l’Union européenne et critiquée sur le plan du respect des droits de l’Homme.

        Lisa Carayon, le 17 mars 2017

        Marine Le Pen sur la laïcité : “Je veux inscrire la laïcité dans le Code du travail”

        Débat TF1, 20 mars 2017

        Le fait religieux dans l’entreprise ne cesse de faire couler de l’encre. Alors que la récente loi El-Khomri a expressément prévu que le règlement intérieur puisse restreindre la manifestation des convictions religieuses, lorsque cela est nécessaire au bon fonctionnement de l’entreprise, Marine Le Pen souhaite aller plus loin en inscrivant directement le principe de laïcité dans le Code du travail.

        Le concept de laïcité est proclamé par la Constitution mais est souvent dévoyé dans les discours politiques. Selon le Conseil constitutionnel, la laïcité impose une obligation de neutralité à l’État et à ses agents publics. Il en résulte que ce principe n’est pas applicable aux entreprises privées, sauf si celles-ci gèrent un service public.

        Au contraire, la Constitution garantit au citoyen le droit de manifester ses convictions religieuses, y compris dans son travail. Dès lors, toute limitation portée à la liberté religieuse du salarié doit être soigneusement justifiée et proportionnée. Par exemple, l’employeur pourra interdire le port d’insignes religieux si cette interdiction est limitée aux cas où ils sont en contact avec de jeunes enfants. Or, l’inscription du principe de laïcité dans le Code du travail équivaudrait à la proclamation d’une interdiction générale faite aux salariés de manifester leurs convictions religieuses.

        La proposition de Marine Le Pen n’est juridiquement pas réaliste. Non seulement elle repose sur une acception erronée de la notion de laïcité mais, en plus, elle aurait pour effet de porter une atteinte disproportionnée — donc inconstitutionnelle — à la liberté religieuse reconnue aux salariés.

        Bérénice Bauduin, le 24 mars 2017

        Jean-Luc Mélenchon, sur l’automaticité de la peine d’inéligibilité, affirme : “Quiconque est condamné une seule fois est inéligible à vie”

        débat présidentiel, 20 mars 2017, sur TF1, 1h21min

        Jean-Luc Mélenchon prône l’automaticité de la peine d’inéligibilité contre toute personne condamnée pénalement. La peine d’inéligibilité est déjà obligatoire pour toute personne exerçant une fonction publique condamnée pour manquements au devoir de probité (trafic d’influence, atteintes à la liberté d’accès et à l’égalité des candidats dans les marchés publics, détournement de biens, etc.) et pour tout particulier coupable de corruption active et de trafic d’influence (articles 432-17 et 433-2 du code pénal). Néanmoins, l’automaticité de la peine n’est pas absolue car la juridiction peut décider de ne pas prononcer cette peine, en considération des circonstances de l’infraction et de la personnalité de son auteur. Pour toutes les autres infractions, l’inéligibilité est une peine complémentaire que le juge peut prononcer ou non en plus de la peine principale. Instaurer une automaticité absolue serait donc contraire au principe de l’individualisation des peines par le juge, selon le Conseil constitutionnel.

        En outre, la peine d’inéligibilité est limitée dans le temps à 10 ans pour les personnes exerçant une fonction de membre du Gouvernement ou un mandat électif public (article 131-26-1 du code pénal) et le relèvement de la peine est possible (article 132-21 du code pénal). Une peine d’inéligibilité « à vie » contreviendrait à l’exigence de proportionnalité de la peine (article 8 Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen).

        L’automaticité de la peine d’inéligibilité pour toute infraction et sans limite temporelle est contraire aux principes constitutionnels d’individualisation et de proportionnalité des peines.

        Audrey Darsonville, le 23 mars 2017

        Jean-Luc Mélenchon sur les cantines scolaires, affirme que “même la cantine doit être gratuite”

        Débat TF1, lundi 20 mars 2017, 21h25

        Décidément, le candidat à l’élection présidentielle ne lit pas Les Surligneurs et ne semble être au fait des règles de compétence en matière de restauration scolaire.

        On rappellera donc que la restauration scolaire relève, dans l’enseignement public, de la compétence exclusive des collectivités territoriales : dans le primaire, des communes ; dans les collèges, du département ; dans les lycées, de la région. On rappellera en outre que la cantine scolaire constitue un service public administratif facultatif car il ne s’agit pas d’une obligation liée au service public de l’enseignement.

        Par conséquent, il appartient aux collectivités territoriales de fixer les prix de la restauration scolaire fournie aux élèves des établissements dont elles ont la charge. Précisons que les prix ne peuvent ici être supérieurs au coût par usager des charges supportées. Cette disposition plafonne les tarifs de la restauration scolaire afin qu’ils ne puissent pas excéder le montant des charges supportées pour la fourniture des repas. En outre, les tarifs peuvent être modulés en fonction des ressources des familles et du nombre de personnes vivant au foyer. Dans le primaire, la commune peut fixer la participation financière des familles sur la base du quotient familial. De plus, des aides aux familles les plus défavorisées peuvent être accordées par le fonds social pour les cantines, le fonds social collégien ou encore le fonds social lycéen, gérés par les communes et les départements.

        Une nouvelle fois, il ne relève pas de la compétence du Président de la République de fixer les tarifs du service public de restauration scolaire ; cela viendrait même transgresser le principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales.

        Raphaël Matta-Duvignau, le 23 mars 2017

        Marine Le Pen sur le port de signes religieux : “Je veux étendre les règles en vigueur à l’école dans l’espace public”

        Débat TF1, 20 mars 2017, 58 min.

        Dans les établissements scolaires, « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ».

        Pour ce qui concerne l’espace public (voies publiques, lieux ouverts au public ou affectés à un service public), des dispositifs existent déjà et reposent sur des considérations de sécurité publique ou de lutte contre la fraude. D’après la loi du 11 octobre 2010, nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage, la méconnaissance de l’interdiction étant pénalement réprimée. De plus, les autorités détentrices du pouvoir de police administrative générale à l’échelon local (maire et préfet) peuvent interdire la dissimulation du visage dans certains lieux publics exposés à des risques avérés pour l’ordre public, en fonction de circonstances locales particulières justifiées et sous réserve de proportionnalité.

        En outre, la jurisprudence du Conseil d’Etat, celle du Conseil constitutionnel et celle de la Cour européenne des droits de l’homme sont unanimes : on ne peut interdire un comportement pour des motifs de sécurité publique que s’il existe des risques avérés de troubles à l’ordre public, compte tenu de circonstances locales, et seulement si une telle mesure est proportionnée à ces risques. Or, l’interdiction de signes religieux dans tout l’espace public ne répond à aucun motif de sécurité publique, et constitue une atteinte à la liberté religieuse largement disproportionnée.

        Cette proposition semble bien disproportionnée et contraire à la liberté religieuse. Elle ne manquerait pas d’être censurée par l’ensemble des juridictions nationales et européennes.

        Raphaël Matta-Duvignau, le 23 mars 2017

        Marine Le Pen, sur le transfèrement automatique des étrangers condamnés en France vers leur pays d’origine : “Avec la double peine, j’expulserai les délinquants étrangers, et ferai en sorte qu’ils effectuent leur peine dans leur pays !”

        Meeting de Saint Raphaël, 15 mars 2017

        Plus précisément elle entend « rétablir l’expulsion automatique des criminels et des délinquants étrangers » et « mettre en place des accords bilatéraux permettant que les étrangers condamnés purgent leur peine dans leur pays d’origine » (21ème engagement présidentiel de Marine Le Pen).

        La France ne l’a cependant pas attendue pour conclure de tels accords avec les États membres de l’Union européenne (Convention de Strasbourg du 21 mars 1983, Décision-cadre 2008/909/JAI du Conseil du 27 novembre 2008) et les autres (Convention avec les États-Unis du 25 janvier 1983, Convention avec le Maroc du 31 juillet 1985, Convention avec la Fédération de Russie du 11 février 2003 notamment).

        Ces accords multilatéraux et bilatéraux posent toutefois que l’État d’exécution, vers lequel le condamné peut être transféré, peut refuser de l’accueillir par exemple lorsqu’il présente « un risque d’atteinte à la souveraineté nationale, à la sécurité ou à l’ordre public » (art. 5, Convention avec le Maroc) ou lorsque l’infraction a été majoritairement commise sur le territoire de l’État de condamnation (art. 728-32 et 728-33, code de procédure pénale).

        Ces trente dernières années, la France a conclu des accords bilatéraux et multilatéraux permettant déjà le transfèrement d’un condamné vers un autre État mais qui, au nom du principe souveraineté nationale si cher à Marine Le Pen, ne sont pas automatiques et requièrent l’accord de l’État d’exécution.

        Emmanuel Daoud et Caroline Boyer, le 22 mars 2017

        Marine Le Pen veut “arrêter l’automaticité des remises de peine, car la remise de peine se mérite”

        Débat TF1, 20 mars 2017, 21h32

        Mme Le Pen inverse la problématique. Les remises de peines sont en réalité le principe : elles sont inscrites dans les textes et s’appliquent par principe. Leur but est de donner au détenu un espoir, celui de sortir plus tôt s’il se conduit correctement. Elles ne sont donc pas automatiques car en cas d’inconduite du détenu, les autorités pénitentiaires peuvent jouer sur les remises de peine.

        C’est l’article 721 du code de procédure pénale : « En cas de mauvaise conduite du condamné en détention, le juge de l’application des peines peut être saisi par le chef d’établissement ou sur réquisitions du procureur de la République aux fins de retrait, à hauteur de trois mois maximum par an et de sept jours par mois, de cette réduction de peine ».

        Cela précisé, Mme Le Pen fait probablement allusion à l’utilisation de la remise de peine pour réduire le nombre de détenus et réduire la surpopulation des prisons.

        Les remises de peines ne sont pas automatiques et contrairement à ce qu’affirme Marine Le Pen, elles se méritent, ainsi que l’exige le code de procédure pénale.

        Jean-Paul Markus, le 21 mars 2017

        Jean-Luc Mélenchon sur les cantines scolaires : “S’il y a un problème, allez clac, menu végétarien pour tout le monde”

        M6 Info, 17 mars 2017

        La restauration scolaire relève, dans l’enseignement public, de la compétence exclusive des collectivités territoriales. Elle relève : dans le primaire, des communes ; dans les collèges, du département ; dans les lycées, de la région. Il appartient donc au conseil municipal pour les écoles, au conseil départemental pour les collèges et au conseil régional pour les lycées de définir le type d’aliments proposés aux élèves.
        On rappellera en outre que la cantine scolaire constitue un service public facultatif car il ne s’agit pas d’une obligation liée au service public de l’enseignement. Dès lors, le fait de prévoir des menus dits « de substitution », notamment en raison de pratiques confessionnelles, ne constitue ni un droit pour les usagers ni une obligation pour les collectivités. La justice administrative insiste régulièrement sur le fait que des demandes particulières ne peuvent justifier une adaptation du service public. Si rien ne s’oppose à la diversification des menus, rien ne l’oblige non plus. Seules les prescriptions nutritionnelles relatives à la composition des repas tiennent lieu d’obligation.
        Cependant, quand l’état de santé d’un enfant nécessite un régime alimentaire spécifique, l’établissement doit chercher à mettre en place des menus adaptés, par le biais d’un projet d’accueil individualisé (PAI).
        Dans tous ces cas, les paniers-repas fournis par la famille sont autorisés.

        Il ne relève pas de la compétence du Président de la République de fixer les menus proposés dans les cantines scolaires. Par ailleurs, vouloir imposer pour tous les élèves des venus végétariens n’est pas sans soulever d’autres questions juridiques…

        Raphaël Matta-Duvignau, le 20 mars 2017