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Image d'illustration. Libre de droit CC0.

L’iode est-il une solution miracle pour prévenir les cancers du sein et de la prostate ?

Création : 30 juin 2026

Autrice : Maïwenn Furic, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Compte Facebook, le 8 juin 2026

Un médecin généraliste assure que l’iode permettrait d’éviter les cancers du sein et de la prostate. Des conclusions qu’il assure fonder sur l’observation de sa patientèle et de celle de ses confrères. Pourtant, aucune étude clinique n’a montré un tel effet chez l’être humain. Pire, une consommation excessive d’iode peut présenter des risques pour la santé.

« Depuis qu’il a commencé à prescrire de l’iode à ses patients, il n’a pas eu un seul cas de cancer du sein », écrit une internaute sur Facebook. Quelqu’un aurait donc trouvé la solution pour prévenir le cancer du sein, le cancer le plus fréquent chez la femme ? À l’en croire, il s’agirait du Docteur Vincent Reliquet.

Dans une vidéo également publiée sur Facebook, on peut effectivement voir le docteur affirmer : « Je n’ai plus jamais eu un cancer du sein dans ma clientèle des femmes qui se sont mises sous iodes. Et de tous les confrères qui ont fait comme moi, des confrères comme un cardiologue par exemple, donc qui a les vieux, il me dit que c’est pareil, il n’a plus de cancer de la prostate. »

Au-delà de son cas personnel et de celui de son confrère, il assure : « À partir de 2022, dans plein de cabinets, on a introduit l’iode en masse chez nos patients et on s’est aperçu que deux cancers avaient disparu : cancer de la prostate et cancer du sein. »

La vidéo a été likée une centaine de fois et a immédiatement fait réagir. « On se demande pourquoi les autorités sanitaires ne hurlent pas de joie et n’organisent pas une campagne nationale. Ah oui, c’est vrai, ça ne rapporte rien aux labos », a écrit celui qui l’a publiée. Que valent réellement ces affirmations au regard des connaissances scientifiques ?

Qui est le Docteur Vincent Reliquet ?

Ce médecin généraliste exerce à Tourcoing depuis plus de vingt ans. Selon l’Institut international des sciences de la nutrition et micronutrition, qui indique qu’il a participé à plusieurs de ses formations, le Dr Reliquet est un ancien médecin urgentiste qui s’est réorienté « vers des approches thérapeutiques naturelles après avoir personnellement expérimenté les bienfaits des sérums marins pour traiter des lombalgies sévères ».

Il est également cofondateur et membre du comité médical de l’Association Internationale de Médecine Scientifique Indépendante et Bienveillante (AIMSIB), et « il milite activement contre l’influence mercantile des firmes pharmaceutiques sur la pratique médicale ».

Dans cette même logique, il a écrit le livre Les pouvoirs de l’iode, un ouvrage dans lequel il remet en cause le consensus médical sur l’iode et affirme que celui-ci permettrait notamment de prévenir certains cancers et de traiter l’hyperthyroïdie, sans que ces vertus thérapeutiques ne soient reconnues par les essais cliniques ou les autorités sanitaires.

« Depuis les années 1950, le grand public, mais aussi toute la communauté médicale mondiale ont été victimes d’une énorme erreur scientifique régulièrement colportée depuis et qui martèle que l’iode est toxique », indique-t-il dans le résumé.

Vincent Reliquet appartient à un courant de médecins qui conteste régulièrement les recommandations des autorités sanitaires et le consensus scientifique sur plusieurs sujets de santé publique.

À l’instar de figures comme Henri Joyeux, Didier Raoult ou de membres du collectif RéinfoCovid, il défend une médecine qu’il présente comme plus « indépendante » de l’industrie pharmaceutique et des institutions, tout en promouvant des pratiques ou traitements qui ne sont pas reconnus par les recommandations médicales en vigueur.

Plusieurs sites qui s’affichent en défenseurs de ces médecins affirment également que le Docteur Reliquet a été condamné, en juin 2023, par l’Ordre des médecins à une interdiction d’exercer la médecine pendant trois ans.

Cela ferait suite à l’utilisation du sérum de Quinton sur des malades, une solution d’eau de mer à laquelle certains praticiens prêtent des vertus thérapeutiques malgré l’absence de preuves scientifiques solides de son efficacité.

L’Ordre des médecins ne rendant pas publiques ces décisions, il n’est pas possible d’en connaître le motif officiel. La Voix du Nord assure qu’il a fait appel de cette décision.

Des études in vitro ou peu crédibles

Revenons-en à ses affirmations concernant l’iode et ses effets sur le cancer du sein et de celui de la prostate. Que dit la littérature scientifique à ce sujet ? « Il n’y a aucune preuve clinique chez l’Homme qui va dans ce sens-là », assure le professeur Claude Linassier, oncologue et directeur du pôle prévention, organisation et parcours de soins de l’Institut national du cancer (INCa).

Effectivement, vérification faite, aucune organisation scientifique ou médicale ne recommande l’utilisation de l’iode. Ni l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ni l’Institut national du cancer (INCa) ni les recommandations européennes de l’ESMO ou américaines du NCCN n’en font mention parmi les stratégies de prévention ou de prise en charge de ces cancers.

« Ces affirmations viennent de personnes qui prennent des études scientifiques in vitro pour argent comptant », ajoute Claude Linassier. Les études in vitro, c’est-à-dire réalisées sur des cellules en laboratoire, dans une boîte de Pétri ou un tube à essai, permettent d’explorer des mécanismes biologiques mais ne suffisent pas à démontrer l’efficacité d’un traitement chez l’humain.

C’est le cas, par exemple, de cette étude publiée en 2016 qui ne porte pas sur des patients, mais sur des cellules cancéreuses humaines cultivées en laboratoire. Les chercheurs ont comparé les effets de l’iode moléculaire (I₂), de la povidone iodée (PVP-I), de la solution de Lugol et de l’iodure de potassium. Leur observation est la suivante : plusieurs de ces composés ont réduit la multiplication des cellules cancéreuses, et parfois provoquent leur destruction.

En revanche, cette étude ne constitue pas une preuve d’efficacité chez l’être humain : elle ne porte ni sur des patients ni sur un traitement clinique du cancer. Les auteurs indiquent eux-mêmes que « des connaissances supplémentaires sur la résorption, la distribution systémique, l’absorption spécifique par les organes et le métabolisme des composés iodés sont nécessaires » avant une application thérapeutique.

Le professeur Claude Linassier pointe également une « utilisation de doses non physiologiques qui montrent des effets anti-prolifération ». Autrement dit, les effets observés sont obtenus avec des concentrations d’iode très supérieures à celles que l’on retrouve dans l’organisme ou qui pourraient être administrées sans risque chez l’humain (comme cette étude par exemple).

L’iode radioactif utilisé après certains cancers de la thyroïde

Les études expérimentales ne sont pas les seules invoquées pour défendre cette hypothèse. Certains auteurs s’appuient également sur des études épidémiologiques (comme ici), partant du constat que les régions où l’exposition à l’iode est élevée, comme le Japon, présentent une incidence plus faible du cancer du sein.

Mais pour Claude Linassier, ce type de comparaison ne permet pas d’établir un lien de cause à effet. « Il y a énormément de facteurs de confusion, notamment lorsqu’on compare des populations entières », explique-t-il.

En d’autres termes, de nombreuses différences entre ces populations peuvent expliquer les écarts observés, sans que l’iode en soit nécessairement la cause. Il cite notamment le taux d’obésité : « Dans les pays asiatiques, il y a beaucoup moins de personnes en situation d’obésité. Or, la surcharge pondérale et l’obésité favorisent la fabrication d’oestrogène qui favorise elle-même les cancers du sein et de l’endomètre. »

« Tout médecin généraliste suit un faible nombre de patients pour cancer. Le fait de ne pas avoir de cas de cancer du sein, pendant une période donnée, c’est cohérent », avance le professeur au sujet des arguments avancés par le Dr Reliquet dans la vidéo.

Dit autrement, l’absence de nouveaux cas pendant quelques années peut simplement être due au hasard, sans qu’il soit possible de l’attribuer à la prise d’iode. L’oncologue met également en garde contre une telle pratique : « Prescrire de l’iode dans des indications non reconnues peut être dangereux pour le fonctionnement de la thyroïde. »

Le spécialiste rappelle toutefois que l’iode est déjà utilisé aujourd’hui dans le traitement du cancer, mais uniquement dans des indications très précises : « On peut utiliser l’iode radioactif I-131 pour le traitement de certains cancers différenciés de la thyroïde. » L’irathérapie (traitement par iode radioactif I-131) est principalement indiquée après thyroïdectomie totale afin de détruire les éventuelles cellules cancéreuses restantes et de réduire le risque de récidive.