La Lettonie a-t-elle refusé de payer des « amendes » imposées par le pacte européen sur la migration et l’asile ?
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relectrices : Clara Robert-Motta, journaliste
Tania Racho, docteure en droit européen, chercheuse associée à l’université Paris-Saclay
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Source : Compte Facebook, le 14 mars 2026
Le 12 juin 2026, de nouvelles règles visant à répartir les flux migratoires entre les pays de l’Union européenne entreront en vigueur. D’après certains internautes, la ministre des Affaires étrangères lettone souhaiterait déroger à ce cadre et refuserait de payer les « pénalités » liées à ce refus. Rien de tout cela n’est vrai.
La Lettonie a-t-elle opposé une fin de non-recevoir au nouveau pacte européen sur la migration et l’asile ? Le 12 juin 2026, de nouvelles règles visant à mieux répartir les flux migratoires entre les pays de l’Union européenne entreront en vigueur. Un cadre auquel, selon plusieurs internautes, la ministre des Affaires étrangères lettone, Baiba Braže, souhaiterait déroger.
« Baiba Braže a annoncé […] que la Lettonie n’acceptera aucun migrant dans le cadre du pacte européen sur la migration et l’asile. Elle a ajouté que la Lettonie refusera […] de payer la pénalité de 20 000 € par migrant prévue par le pacte pour les pays qui déclinent de participer au programme de relocalisation », écrit un utilisateur de Facebook, qui évoque une « redistribution forcée » des migrants. La publication est accompagnée d’une photo de Baiba Braže sur laquelle est écrit que la Lettonie « ne paiera aucune amende ».
Cette présentation des faits est toutefois trompeuse : aucune « pénalité » ou « amende » n’est prévue par le pacte sur la migration et l’asile. Les Surligneurs font le point.
Un choix politique
Après l’échec de la répartition par quotas des migrants entrant sur le territoire européen, l’UE a adopté, en 2024, un nouveau pacte sur la migration et l’asile, qui entrera en vigueur, pour l’essentiel, le 12 juin 2026. Plutôt que d’imposer à chaque État d’accueillir un nombre fixe de demandeurs et demandeuses d’asile en fonction de son PIB et de sa population, le règlement 2024/1351 prévoit trois modalités de participation à l’effort européen : la relocalisation sur son territoire, une participation financière visant à renforcer les capacités d’accueil d’autres pays ou un soutien logistique.
Les contributions des États membres abonderont une « réserve annuelle de solidarité » qui sera mise à disposition des pays soumis à une « pression migratoire ». Pour 2026, le Conseil de l’UE estime que l’effort de relocalisation concernera 21 000 demandeurs et demandeuses d’asile, pour un coût estimé de 420 000 000 euros. Soit un petit plus de 20 000 euros par personne.
Le 29 janvier 2026, lors d’un discours au Parlement, la ministre des Affaires étrangères lettone, Baiba Braže, a indiqué que son pays « n’acceptera pas de nouveaux migrants et ne paiera pas pour [leur accueil] ». Elle s’est en revanche dite « prête à partager notre expérience et notre expertise avec les autres pays européens dans le cadre du mécanisme de solidarité de l’UE ».
Autrement dit, parmi les trois options offertes par le pacte asile et migration, la Lettonie préfère apporter son soutien logistique plutôt que de contribuer financièrement ou d’accueillir des demandeurs et demandeuses d’asile. Le règlement précise bien que ces trois modalités « sont considérées comme étant de même valeur ». Il est donc trompeur de présenter la position de la Lettonie comme le refus de payer une amende : il s’agit d’un choix politique, assumé comme tel par le gouvernement letton.
En 2026, la Lettonie s’est donc engagée à fournir aux autres pays de l’UE l’équivalent de 1,36 million d’euros en mesures de solidarité, axées sur « le soutien opérationnel, le renforcement des capacités, les services, le soutien au personnel, les installations et les équipements techniques ». C’est le seul État qui a opté pour cette modalité parmi les pays qui ne sont pas soumis à une « pression migratoire » ou une « situation migratoire importante ». La France, elle, devrait accueillir 3 361 relocalisations, tandis que la Hongrie et la Slovaquie sont les deux seuls États membres à n’avoir formulé aucun engagement.
