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Vue extérieure de la Cour pénale internationale, à La Hague, aux Pays-Bas. Photo : John Thys / AFP

La Cour pénale internationale a-t-elle vraiment émis de nouveaux mandats d’arrêt contre des dirigeants israéliens ?

Création : 22 mai 2026

Auteur : Clément François, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste

Source : Compte Facebook, le 17 mai 2026

Le quotidien israélien Haaretz assure que la Cour pénale internationale aurait délivré cinq nouveaux mandats d’arrêt internationaux contre trois ministres israéliens et deux membres de l’armée israélienne. La cour nie avoir délivré de nouveaux mandats.

« Émettre des mandats d’arrêt contre le Premier ministre, le ministre de la Défense et le ministre des Finances [d’Israël] constitue une déclaration de guerre. » Bezalel Smotrich, ministre des Finances d’Israël, n’a pas mâché ses mots et sa colère à la publication par le quotidien israélien Haaretz d’une information capitale : la Cour pénale internationale aurait délivré cinq nouveaux mandats d’arrêt contre des membres du gouvernement israélien. 

À en croire cet article du 17 mai 2026, seraient concernés Bezalel Smotrich, mais aussi Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité intérieure, Orit Strock, ministre des Colonies, ainsi que deux membres de l’armée israélienne. Selon les sources au sein de la juridiction internationale contactées par le quotidien, ces mandats d’arrêt seraient liés à une enquête qui pourrait se concentrer sur la « violence des colons », mais aussi la politique du gouvernement concernant le développement des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés de Cisjordanie qui pourrait être considérée comme un crime de guerre, et un possible apartheid considéré comme un crime contre l’humanité. 

Ces cinq noms s’ajouteraient à ceux du Premier ministre Benyamin Netanyahou et Yoav Gallant, ancien ministre de la Défense, dont les mandats d’arrêt ont été délivrés publiquement en novembre 2024. Si le média d’investigation israélien cite « une source diplomatique » pour justifier son information, l’institution judiciaire, elle, nie avoir délivré de nouveaux mandats. Les Surligneurs font le point. 

Des « informations si précises et inexactes », selon la CPI

La rumeur bruissait depuis plusieurs mois. En mai 2025, le média états-unien, Wall Street Journal, expliquait déjà que le procureur général de la Cour Pénale Internationale, Karim Khan, préparait des mandats d’arrêt à l’encontre de Bezalel Smotrich et d’Itamar Ben-Gvir. Mais rien n’avait été confirmé. 

Ce 17 mai 2026, lorsque le Haaretz révèle que la CPI aurait émis des mandats d’arrêt contre ces deux ministres israéliens et trois autres membres, l’information est reprise dans de nombreux médias.

Habituellement très discrète sur la délivrance de ses mandats d’arrêt internationaux, la Cour pénale internationale se décide pourtant, dès le jour-même à communiquer sur ce cas précis, face à l’emballement médiatique sur la question. La cour décrit l’information comme « incorrecte ». Interrogée par les Surligneurs, la cour confirme et « nie avoir délivré de nouveaux mandats d’arrêt » concernant la situation en Palestine. 

L’institution ajoute qu’elle ne commente normalement pas les décisions de la chambre, mais que, dans ce cas, « ces informations sont si précises et inexactes que, si elles ne sont pas corrigées, elles risquent d’induire les observateurs en erreur quant à l’état d’avancement de ces procédures judiciaires »

Deux jours plus tard, au cours d’une conférence de presse, Bezalel Smotrich confirme pourtant l’information du Haaretz. Il affirme avoir été informé du dépôt d’une requête à la Cour pénale internationale, demandant la délivrance d’un mandat d’arrêt à son encontre. Il accuse alors la cour d’être aux mains de l’Autorité palestinienne et ordonne immédiatement de « nettoyer » le village palestinien de Khan al-Ahmar en Cisjordanie. « Les mains sont celles de La Hague, mais la voix est celle de l’Autorité palestinienne, juge-t-il sans apporter de preuves. Cette organisation a déclenché une guerre, et elle aura sa guerre. Je ne suis pas un juif soumis. »

Est-ce possible que la cour ait donc tout de même émis des mandats d’arrêt contre ces hauts responsables israéliens, malgré son démenti ? 

Des mandats d’arrêt pas forcément publics

Pour Yann Jurovics, maître de conférences en droit international à l’université d’Evry, il est possible que le Procureur de la CPI souhaite garder secrets de potentiels nouveaux mandats d’arrêt, afin de ne pas réduire ses chances d’interpeller les individus concernés. Elle n’a de toute façon aucune obligation légale de les rendre publics. « Nous ne savons donc pas s’il existe de tels mandats d’arrêt et l’existence même de la rumeur en ce sens est étonnante, analyse-t-il. En l’espèce, s’ils se savent sous mandat d’arrêt international, il y a très peu de chances que les personnes qui en font l’objet, Smotrich, Ben-Gvir, ou d’autres, visitent des pays qui pourraient coopérer avec la CPI. »

L’hypothèse de mandats d’arrêt non publics pourrait être cohérente avec la situation de forte pression que vivent les membres de la CPI. Onze membres de la Cour pénale internationale sont toujours sanctionnés par le gouvernement états-unien, dont le Français Nicolas Guillou. Ces mesures incluent notamment la fermeture de leurs comptes bancaires ou la restriction de leur accès à Internet. En ne précipitant pas la publication de ces mandats d’arrêt, le procureur pourrait protéger la cour ainsi que ses magistrats, chargés d’appliquer le droit international. 

Impossible donc pour le moment de vérifier les informations du quotidien Haaretz, de Bezalel Smotrich, ou de la Cour pénale internationale.