La Corée du Nord a-t-elle vraiment adopté une loi pour interdire les insultes envers le Coran ?
Auteur : Etienne Merle, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
Source : Compte Facebook, le 6 mars 2026
De nombreux internautes affirment que le régime de Pyongyang aurait adopté une nouvelle loi pour interdire officiellement les insultes envers le Coran et le prophète Mahomet. Aucune source crédible ne confirme cette information.
Le régime nord-coréen serait-il devenu un nouvel allié de l’Islam ? C’est que semblent penser de nombreux internautes qui partagent sur les réseaux sociaux une annonce surprenante : « La Corée du Nord interdit officiellement les insultes envers le Prophète Mohammed et le Coran en vertu d’une nouvelle loi ».
Si cette soi-disant information se diffuse rapidement en ligne, aucun des internautes qui la relaient ne fournit de source permettant d’en vérifier l’existence. En l’état, rien ne permet d’affirmer que la Corée du Nord a adopté une telle loi. D’autant plus que la gestion des questions religieuses du régime nord-coréen rend une telle décision hautement improbable.
Aucune source
L’absence de sources crédibles constitue un premier indice. Comme l’ont vérifié Les Surligneurs et nos confrères de 20Minutes, aucune source officielle ou spécialisée ne confirme l’adoption d’une loi nord-coréenne criminalisant les insultes au prophète Mahomet ou au Coran. Aucune dépêche de la Korean Central News Agency (KCNA), l’agence de presse d’État, ne mentionne non plus l’existence d’une telle législation.
Autrement dit, deux hypothèses se présentent : soit ces internautes disposent d’informations que même les spécialistes du régime nord-coréen n’auraient pas identifiées, soit l’information est erronée. Le rapport qu’entretient Pyongyang avec la religion incline fortement vers la seconde hypothèse.
L’Islam n’existe presque pas en Corée du Nord
La rumeur cadre, en effet, mal avec ce que l’on sait du fonctionnement du régime. Sur le papier, l’article 68 de la Constitution nord-coréenne prévoit bien une « liberté de croyance religieuse ». Mais cette liberté est également encadrée : la religion ne doit pas servir de prétexte pour faire entrer des « forces étrangères » ni pour nuire à « l’ordre étatique et social ».
« En Corée du Nord, on ne parle pratiquement jamais de religion », appuie Juliette Morillot, journaliste spécialiste de la Corée du Nord et autrice de La Corée du Nord: L’obsession nucléaire en 100 questions (Tallandier). « En Corée du Nord, l’islam n’est évoqué que dans un cadre scolaire, généralement de manière historique. Comme pratique religieuse, il est quasiment inexistant dans la société. »
Seule exception, la mosquée chiite Ar-Rahman de Pyongyang, la seule du pays, « qui se trouve dans l’enceinte de l’ambassade d’Iran », précise Juliette Morillot. « Elle sert surtout aux diplomates sur place, les iraniens bien sûr mais aussi les Russes musulmans d’Asie centrale. Bien que chi’ite, elle accueille tous les musulmans, visiteurs ou personnels diplomatiques, même sunnites, comme les Indonésiens. »
Autrement dit, ni les sources disponibles ni les experts du sujet ne permettent d’affirmer que la Corée du Nord aurait tenté de protéger le blasphème dans sa loi.
Dans son 2025 Annual Report, publié en 2025, l’USCIRF, la commission états-unienne sur la liberté religieuse, classe encore la Corée du Nord parmi les pires violateurs de la liberté religieuse : « L’USCIRF a effectué une mission en Corée du Sud en 2024 afin d’évaluer les conditions de la liberté religieuse en Corée du Nord. Les témoignages recueillis ont confirmé que la liberté religieuse y demeure pratiquement inexistante », écrivent les rapporteurs.
