Feux de forêt : non, ce pilote français n’a pas dénoncé l’argent de la « corruption ukrainienne » et de l’Union européenne
Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte X, le 27 juillet 2026
Une mauvaise traduction assure qu’un pilote français luttant contre les feux de forêt aurait dénoncé l’argent investi dans « la guerre et la corruption ukrainienne » et l’Union européenne pour expliquer le manque de moyens de la sécurité civile. Ce n’est pas ce qu’il dit dans l’interview.
Lost in translation. L’intérêt de connaître plusieurs langues étrangères est aussi de ne pas se faire avoir par des individus mal intentionnés qui traduisent des propos de façon erronée. C’est ce qu’il s’est passé pour cette interview d’un pilote de Canadair français qui lutte contre les feux de forêt en Gironde en cette fin juillet.
Plusieurs comptes, en anglais et en allemand, ont partagé la vidéo d’une interview d’un pilote, Eric Durand, dans le journal de 20h de France 2. Si l’extrait est en français dans le son, la légende assure que le pilote est très remonté, non pas contre le gouvernement français, mais contre l’Union européenne. « Le pilote français Éric Durand en a assez : ‘17 milliards pour alimenter la guerre en Ukraine et la corruption, 15 milliards par an pour engraisser Von der Leyen et l’UE… et nous manquons d’avions de lutte contre les incendies !' », est-il écrit en allemand ou en anglais selon les cas.
Sauf que le fameux pilote ne dit pas du tout ça, ni dans l’extrait choisi ni dans l’interview dans sa totalité.
Une publication d’un homme politique eurosceptique
Pour le vérifier, il suffit donc d’écouter. L’interview intégrale est disponible sur le site de France Télévisions. Dans les 2’30”, le commandant de bord d’un Canadair de la Sécurité civile ne mentionne jamais la guerre en Ukraine ou la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Il se plaint d’un sentiment d’impuissance, mais se dit aussi « un peu en colère » du fait que la France ne dispose que de peu d’engins aériens pour lutter contre les feux.
« La France n’a pas la totalité des moyens aériens dont elle devrait disposer au début de la saison des feux : cinq canadairs opèrent en Gironde, deux en Corse. Oui, il nous manque des moyens aériens aujourd’hui », tranche-t-il.
Aucune mention de l’Ukraine ou de l’Europe, donc.
En revanche, un homme politique hyper actif sur le réseau social X et toujours prompt à parler de ces sujets a, lui, fait le lien. Le 26 juillet, Florian Philippot, homme politique eurosceptique, a partagé la vidéo de l’interview du commandant de bord en y ajoutant sa touche. « La parole se libère chez les pompiers et la colère monte ! », écrit-il. Florian Philippot cite ensuite plusieurs extraits de ce qu’a (vraiment) dit le pilote entre guillemets, puis enchaîne directement, sans guillemets cette fois-ci, avec son analyse de la situation : « Pendant ce temps 1,4 milliard d’euros pour que Hidalgo fasse plouf dans la Seine, 17 milliards pour nourrir et la guerre et la corruption ukrainiennes, 15 milliards par an pour engraisser Von der Leyen et l’UE ! Etc. »
Ainsi, les comptes anglophones et germanophones ont confondu les citations qui relèvent vraiment du pilote et le commentaire qu’a pu y joindre l’homme politique.
