Des systèmes de brumisation installés à l’échelle de villes entières en Chine pour lutter contre la chaleur ?
Autrice : Maïwenn Furic, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte Facebook, le 30 juin 2026
Selon des internautes, la Chine installerait des systèmes de grands brumisateurs à l’échelle des villes pour faire face aux vagues de chaleur de plus en plus fréquentes. Des vidéos de ses installations sont virales sur les réseaux sociaux, mais il s’agit en réalité d’initiatives concentrées sur quelques bâtiments.
« Le génie chinois » est à nouveau viral sur les réseaux sociaux, et cette fois-ci, c’est pour sa préparation face aux vagues de chaleur. « La Chine de Xi déploie des systèmes de refroidissement à l’échelle des villes. Extraordinaire ingénierie pour sauver des vies humaines », indique une publication sur Facebook. Preuve à l’appui, un montage de plusieurs vidéos qui montrent d’importants brumisateurs installés sur des immeubles ou encore au-dessus des routes, et qui produisent une grande pluie artificielle.
L’internaute auteur de la publication pointe une inaction supposée de l’Europe face aux canicules, tandis que la Chine mettrait en place des « systèmes ingénieux ». « En Europe des milliers de personnes meurent encore de canicule. L’UE belliciste et corrompu préfère envoyer des milliards d’euros des contribuables à son complice Zelensky pour combattre la Russie. En France, le nombre de décès dû aux fortes chaleurs cet été est très élevé », affirme la publication.
Ces vidéos sont partagées par de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux alors que l’Europe a connu, au mois de juin puis de juillet, une canicule qui a à nouveau battu des records de chaleur. Qu’en est-il vraiment de ces installations créant une pluie artificielle ?
Le cas viral d’un complexe résidentiel à Yuncheng
Une vidéo de ce type a été particulièrement virale sur les réseaux sociaux. On y voit très bien cette pluie artificielle sortir d’installations sur les toits de différents immeubles. Face à la viralité de ces contenus relayés par des comptes en Europe, comme en France et en Espagne, mais aussi au Vietnam, par exemple, le gouvernement chinois a sauté sur l’occasion pour promouvoir sa nouvelle technologie.
La vidéo a été repartagée par plusieurs comptes de l’État, comme celui de l’Ambassade de Chine en France, de la porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la Chine, ou encore du Consulat général de Chine à Strasbourg. Ils y affirment que les bâtiments en question se trouvent dans la province du Shanxi, située dans le nord du pays à l’ouest de Pékin. Les publications ajoutent également que « certains immeubles résidentiels sont équipés de systèmes de brumisation installés sur les toits. Ces dispositifs créent un microclimat local capable de faire baisser la température du quartier de 5 à 8 °C, sans même laisser de sensation de gouttelettes au sol ».
Une recherche d’image inversée nous permet de confirmer qu’il s’agit d’un complexe résidentiel à Yuncheng. La presse locale est revenue sur la vidéo en question et on y apprend qu’il s’agit plus précisément de la résidence Xijian Tianmao Guobinfu. Selon le représentant du promoteur du complexe résidentiel, plus de 10 millions de yuans, soit plus d’un million d’euros, ont été investis dans ce système. Les travaux portant sur sept bâtiments ont été achevés dès août 2024.
Un autre média local avance la somme de 16,5 millions de yuans pour les douze bâtiments. Selon un gestionnaire de la résidence, chaque bâtiment est équipé de plus de 200 buses de nébulisation haute pression réparties sur le toit. Celles-ci s’activent automatiquement en fonction des températures à partir du mois de juin. Il s’agit là du cas le plus documenté qui illustre la politique mise en place par les autorités chinoises dans différentes localités du pays.
Des initiatives majoritairement privées ou locales
Mais le dispositif est seulement installé sur certains immeubles. L’internaute à l’origine de la première publication extrapole en affirmant que ces brumisateurs sont déployés « à l’échelle des villes » entières. C’est exagéré.
La Chine a établi un cadre stratégique national d’adaptation climatique des villes depuis 2013. Celui-ci a été renforcé en 2017 par un programme pilote de 28 villes, puis approfondi en 2023-2024 par l’extension à de nouvelles collectivités, comme le souligne le ministère chinois de l’Environnement. L’objectif est de lutter contre l’îlot de chaleur urbain et de résilience climatique, mais il ne mentionne pas spécifiquement l’installation de systèmes de brumisation.
D’ailleurs, il s’agit généralement davantage d’initiatives privées, comme c’était le cas pour le complexe résidentiel à Yuncheng. Mais aussi à Chongqing, où des dispositifs de brumisation ont été installés dans plus d’une dizaine d’arrêts de bus, ainsi qu’à l’entrée de restaurants, à l’initiative du groupe de e-commerce chinois JD.com en partenariat avec le fabricant d’électroménagers Gree, comme le rapporte un média local.
Quelques initiatives sont prises par des collectivités locales, comme à Wuhan, avec les « camions-canons à brume » que l’on peut notamment voir dans le premier montage vidéo évoqué. La Commission municipale a mis en place, depuis juillet 2025, ces camions-citernes pour brumiser la chaussée trois à quatre fois par jour durant les pics de chaleur, avec un double objectif de rafraîchissement de la surface et d’abattage des poussières.
Les chiffres sur la baisse de température permise par ces installations – qu’il s’agisse des brumisateurs sur les immeubles ou des camions-citernes – ainsi que leur coût énergétique et leur consommation en eau ne sont communiqués que par les autorités chinoises et les médias d’État. Ces derniers sont donc à nuancer.
Quelques initiatives à petite échelle en France
Du côté de l’Europe, certains dispositifs de brumisation sont localement installés, mais ils servent d’abord à rafraîchir les personnes et sont loin d’avoir la même ampleur. En France, c’est notamment le cas sous les toiles de la place Bellecour à Lyon depuis le 18 juin. La ville de Colombes dans les Hauts-de-Seine a également publié une vidéo de présentation de ses brumisateurs urbains. La mairie de Paris affirme également que depuis 2020, près de 200 nouvelles fontaines brumisantes ont été installées dans la capitale.
L’Agence parisienne du Climat, qui accompagne la mise en œuvre des Plans Climat de la Ville de Paris et de la Métropole du Grand Paris, affirme, sur le site de son dispositif « Adaptaville », que « la consommation d’eau dépend essentiellement de l’usage, de la durée de fonctionnement et nombre de cycles associés, ainsi que du dimensionnement de l’ouvrage et de son nombre de buses ». Celle-ci se situe aux environs de 50 litres par jour pour les petites structures fonctionnant en intermittence. Un rapport mené par la ville de Bordeaux souligne que « la brumisation est le système de rafraîchissement basé sur l’eau le plus efficace et le moins consommateur d’eau ».
