Ceuta : non, cette vidéo ne montre pas une deuxième « vague » de migrants
Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte X, le 17 juillet 2026
Une vidéo virale montrant des centaines de personnes arriver dans l’enclave espagnole est présentée comme « une deuxième vague » migratoire. Sauf que les images datent du 31 juillet 2026, lors de la première arrivée importante de migrants. Un sous-traitant d’une agence de presse a publié le clip avec le mauvais contexte, avant de le supprimer.
À deux semaines d’intervalle, Ceuta, l’enclave espagnole sur le continent africain, a été le théâtre d’une crise migratoire importante. Les 30 et 31 juillet 2026, environ 80 000 personnes ont traversé la frontière – souvent à la nage – entre le Maroc et le bout de terre espagnol de Ceuta. Si l’immense majorité des personnes sont retournées au Maroc, des appels à une nouvelle tentative pour le 15 août avaient tourné sur les réseaux sociaux.
Pour autant, cette nouvelle mobilisation n’a pas eu lieu, le gouvernement marocain s’étant vraisemblablement mieux préparé en déployant un arsenal sécuritaire plus important, rapporte la presse espagnole.
Mais sur les réseaux sociaux, de nombreuses publications racontent une autre histoire. D’après certains comptes, suivis par des dizaines de milliers de personnes, Ceuta aurait été de nouveau « envahie » de migrants, actant une véritable « deuxième vague migratoire ». La vidéo partagée avec les publications montre en réalité une vidéo prise durant l’arrivée de migrants, entre le 30 et le 31 juillet, comme l’ont aussi montré nos confrères espagnols de Maldita et turcs de Teyithatti, le service de vérification de l’agence Anadolu.
Grâce à une recherche d’images inversée, il est possible de trouver des occurrences de cette vidéo datant du 31 juillet 2026 (ici et ici). Ainsi, la vidéo n’a pas pu être prise le 15 août lors d’une « seconde vague », comme l’assurent certains comptes.
Si l’on compare les détails de la vidéo (collines, lampadaires, route au bord de l’eau), on peut voir qu’elle correspond au décor d’autres photos que l’on peut retrouver ici ou ici, et qui ont bien été prises dans la nuit du 30 au 31 juillet à Fnideq, la ville marocaine située à côté de la frontière avec Ceuta.
Alors que des dizaines de comptes sur différents réseaux sociaux ont repris cette vidéo à leur compte, ce 17 août, l’explication pourrait être due à une erreur d’une grande agence de presse.
L’erreur sur le site d’une agence de presse
Selon Teyihatti, la vidéo aurait été publiée sur le site de l’agence de presse britannique, Reuters Connect, le 16 août à 21h35 avec cette légende : « Espagne : Des milliers de migrants marocains tentent à nouveau d’entrer dans l’enclave espagnole de Ceuta, deux semaines seulement après le précédent afflux massif ». Le lien vers cette page n’est plus actif aujourd’hui, mais Teyihatti produit des captures d’écran de la vidéo mise en ligne sur Reuters Connect.
En réalité, ce n’est pas l’agence de presse, Reuters, qui a publié la vidéo, mais un agrégateur de vidéos virales qui paie pour utiliser la plateforme de Reuters Connect, nommé StringersHub. « StringersHub collecte en temps réel des témoignages vidéo sur l’actualité de dernière minute partout dans le monde, à l’intention des producteurs et rédacteurs en chef des médias en quête de contenus vidéo de haute qualité générés par les utilisateurs », se présente-t-il.
Reuters se défausse même de toute responsabilité vis-à-vis des publications de ce partenaire : « Cet élément, y compris tous les textes, fichiers audio et images, est fourni par StringersHub. Reuters Connect n’a ni vérifié ni approuvé le contenu, qui est mis à la disposition des clients professionnels des médias pour faciliter la libre circulation des informations et des actualités mondiales. »
La vidéo de la prétendue seconde vague migratoire à Ceuta a été finalement partagée en masse à la suite de cette erreur grossière de date. Ni Reuters ni StringersHub n’ont, pour le moment, répondu à nos sollicitations.
