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Photo : Capture d'écran Hello Watt (gauche) et Santé Publique France (droite)

Canicule de juin : y a-t-il un lien entre le nombre de morts et le taux de climatisation ?

Création : 30 juillet 2026

Auteur : Clément François, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste

Source : Compte Facebook, le 23 juillet 2026

De nombreux internautes assurent que le sud-est de la France, dont les logements sont majoritairement climatisés, aurait été moins touché par la surmortalité liée à la canicule du mois de juin pour cette même raison. Si la climatisation peut atténuer les effets de la canicule pour certains publics, le fait que ces régions aient été moins touchées par la mortalité est majoritairement dû aux températures qui y étaient moins fortes.

Soixante-douze départements en vigilance rouge, des températures moyennes jamais enregistrées auparavant : la canicule qui a touché la France en juin 2026 a marqué par sa précocité, son intensité, mais surtout sa durabilité, l’épisode ayant duré presque deux semaines. 

Le bilan humain de cette canicule est le deuxième plus important jamais enregistré dans notre pays derrière la canicule de 2003, d’après les estimations de Santé publique France. Du 17 juin au 2 juillet, dans les 92 départements concernés par les alertes canicule, 5764 décès en excès ont été observés, c’est-à-dire des morts supplémentaires « par rapport à ce que l’on attend en temps normal pour la même période et la même région »

Pour un internaute, cette surmortalité pourrait s’expliquer par … un manque de climatisation des logements en France. Pour prouver son hypothèse, il met en relation deux cartes : une représentant la surmortalité observée dans chaque département lors de l’épisode caniculaire de juin, par Santé Publique France, et une autre présentant une estimation du taux d’équipement des logements en climatisation en juin 2026, publiée par la start-up Hello Watt

Le résultat est soi-disant flagrant : la seule région qui semble épargnée par la surmortalité n’est autre que la côte méditerranéenne, dont les logements sont majoritairement climatisés (plus de 45%).

À première vue, les deux cartes semblent se superposer presque parfaitement, mais cette corrélation n’est pas preuve de causalité. D’autres variables, comme les différentes vigilances canicules, éclairent différemment le débat. Si le sud-est enregistre moins de décès lors de la canicule, c’est avant tout parce que cette région a été beaucoup moins touchée par les épisodes caniculaires que le reste de la France. 

Les régions du Sud-Est moins touchées par la canicule

Pour Kévin Jean, épidémiologiste et enseignant-chercheur à l’ENS-PSL, le constat est sans appel : « La canicule de juin a surtout tué le plus dans les régions qui étaient celles qui ont fait face aux plus hauts niveaux de chaleur, ce qui n’était pas le cas du Sud-Est ».

« Plus de la moitié (56 %) des excès de décès sont concentrés sur les journées du 25 au 27 juin« , selon Santé Publique France. Les températures moyennes sur 24 heures des 24 et 25 juin 2026 ont été les plus élevées jamais enregistrées en France, tous mois confondus, selon Météo France, mais elles n’ont pas été homogènes sur l’ensemble du territoire.

À ce moment, au plus fort de la canicule, le sud-est du pays est resté majoritairement en vigilance orange ou jaune, quand les autres départements viraient au rouge. Santé Publique France ajoute que « toutes les régions ont été concernées par un excès de mortalité toutes causes à l’exception des régions Corse, Occitanie et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, exposées à la chaleur de manière moins intense sur cette période ».

On peut d’ailleurs faire les mêmes observations pour la canicule de 2003, dont les 14 800 décès en excès en font l’épisode le plus meurtrier en France. Un rapport de 2004 de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), rappelle que la surmortalité a été plus élevée « dans les départements ayant subi les plus grands nombres de jours de forte chaleur ».

Cette analyse des températures hétérogènes sur le territoire n’est  pas évoquée par les internautes, ce qui détourne, selon Kévin Jean, le débat dans une « énième tentative de restreindre les enjeux d’adaptation au changement climatique à la question de la climatisation », juge l’épidémiologiste. 

Si les écarts de mortalité selon les régions au mois de juin s’expliquent majoritairement par le différentiel de températures, il faut noter que les régions habituées aux températures extrêmes sont mieux équipées pour y faire face. Basile Chaix, épidémiologiste et directeur de recherche à l’Inserm, rappelle que ces régions construisent des « logements différents », mieux adaptés à la chaleur et ont des habitudes de vie adaptées (horaires des repas, du travail, climatisation, etc.) aux périodes de canicule.

Ces habitudes, dont la climatisation est une composante, sont ce que les épidémiologistes appellent des facteurs de confusion. C’est-à-dire que – pour prendre l’exemple de la climatisation – il est simultanément lié à la cause (il y a plus de climatisation parce que ces régions font face à des canicules) et à l’effet (la climatisation peut atténuer la mortalité lors d’une canicule). En tant qu’observateur, il est donc plus facile de lier la climatisation à la réduction de la mortalité, comme il serait surement possible de le faire avec d’autres facteurs. 

La climatisation, nouvel « équipement médical » ? 

Si le taux de climatisation n’est pas le facteur principal de réduction de la mortalité sur la côte méditerranéenne, son aspect protecteur est indéniable, selon Basile Chaix : « Même ceux qui se sont opposés longtemps à la climatisation admettent aujourd’hui qu’on ne peut pas s’en passer pour les personnes les plus vulnérables. » S’il ne veut pas en faire « l’alpha et l’oméga » de l’adaptation à la chaleur, l’épidémiologiste compare désormais la climatisation à un « équipement médical », indispensable dans certains cas. 

La littérature scientifique va dans ce sens. Une étude canadienne de 2025 qui a étudié précisément le cas des maisons de retraite conclut que la surmortalité liée à la chaleur est beaucoup plus faible dans les établissements équipés de climatisation. En France, les travaux scientifiques sur la question sont encore peu nombreux, en raison de la relative rareté des épisodes caniculaires, et la démocratisation encore partielle et récente de la climatisation dans de nombreux espaces. 

Un rapport de Santé Publique France publié en 2019 explique cependant que l’accès à des pièces climatisées lors de la canicule de 2003 faisait partie des principaux facteurs « associés à une diminution significative du risque de décès ». C’est pour cette raison que le Plan National Canicule, lancé après la canicule de 2003, et son extension « Plan Bleu » dans les établissements médico-sociaux, prévoit la mise en place de « pièces rafraichies » ou climatisées, afin de soulager les personnes les plus fragiles. 

Mais démocratiser la climatisation sans réfléchir plus globalement à l’adaptation des logements et de nos pratiques pourrait au contraire participer à l’augmentation des températures dans les grands pôles urbains, comme l’avance une étude de 2020 menée conjointement par le CNRS, Météo-France et l’École des Points. En protégeant une partie de la population qui peut se permettre d’investir, l’air chaud rejeté dans les rues par les climatiseurs pourrait aggraver les conditions de vie des plus modestes.