Anthony Fauci a-t-il caché délibérément les risques induits par la vaccination contre le Covid-19 pour les femmes enceintes ?
Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
Source : Compte Facebook, le 11 août 2026
À la suite de la publication, par deux sénateurs états-uniens, de SMS émanant de l’ancien directeur de l’Institut national américain des maladies infectieuses (NIAID), de nombreux internautes ont affirmé qu’Anthony Fauci avait caché sciemment les risques de fausses couches engendrés par la vaccination durant l’épidémie de Covid-19. Une accusation qui ne se base que sur un message, formulé comme une hypothèse et écrit au conditionnel, en janvier 2021.
Bien que retraité, le docteur étas-unien Anthony Fauci, figure centrale de la réponse sanitaire face au Covid-19 outre-Atlantique, reste l’objet de nombreuses critiques, notamment de la part des élus républicains.
Après une récente audition houleuse au Sénat, le voilà désormais de nouveau au cœur de l’attention médiatique et des réseaux sociaux après la divulgation d’échanges de messages qu’il a eus, en 2021, avec d’autres responsables états-uniens chargés de la lutte contre le Covid-19.
Ces messages ont été dévoilés par deux élus républicains, farouches opposants de longue date à Anthony Fauci, les sénateurs Ron Johnson et Rand Paul. Sans surprise, ils ont engendré de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux.
Ainsi, un internaute écrit qu’Anthony Fauci « savait que les vaccins contre le Covid causaient des fausses couches au premier trimestre ». Un autre, recourant à un langage moins convenu, affirme que l’« on apprend par les textos de Fauci que la merde expérimentale injectable provoque des fausses couches ».
Un message au conditionnel
Ces SMS ont été publiés par Ron Johnson sur son site Internet. Or, que peut-on y lire précisément ? Quelques échanges, intervenus les 25 et 26 janvier 2021, entre le docteur Anthony Fauci, Rochelle Walensky, la directrice alors des Centres états-uniens de contrôle et de prévention des maladies (CDC) et Vivek Murthy, ancien administrateur de la santé publique aux États-Unis. Et ce à propos donc de la vaccination des femmes enceintes.
Pour comprendre ces échanges, il faut les replacer dans le calendrier de la campagne vaccinale. Aux États-Unis, la vaccination contre le Covid-19 a débuté le 14 décembre 2020, soit à peine un mois et demi avant les SMS cités. Lorsqu’ils sont envoyés, la campagne de vaccination n’en est donc encore qu’à ses débuts.
Pour comprendre le contexte de ces échanges, il faut revenir au calendrier de la campagne vaccinale. La vaccination contre le Covid-19 a débuté le 14 décembre 2020 aux États-Unis, soit un mois et demi à peine avant les messages cités. Autrement dit, lorsque ces SMS sont envoyés, la campagne de vaccination n’en est encore qu’à ses débuts.
Au centre des débats, on retrouve essentiellement un message envoyé par Anthony Fauci à ses interlocuteurs dans lequel il évoque d’éventuels risques de fausses couches liés à la vaccination : « Étant donné que de nombreuses personnes présentent une tempête cytokinique importante [une réaction inflammatoire excessive du système immunitaire, ndlr] et de la fièvre après la deuxième dose, cela pourrait théoriquement être associé à une fausse couche au cours du premier trimestre. »
C’est donc sur ces seules quelques lignes que se basent les accusations à l’encontre d’Anthony Fauci. Pourtant, comme on peut le lire, celui-ci n’affirme jamais que la vaccination entraîne formellement des fausses couches. Il formule une hypothèse théorique, sans affirmer qu’un surrisque de fausse couche a été observé ni qu’un lien de causalité soit établi.
Dans le reste des messages publiés, Fauci continue de souligner le manque de données disponibles chez les femmes enceintes, tout en faisant état d’éléments alors rassurants. Le 26 janvier, il indique ainsi qu’« un grand nombre (plus de 10 000) de femmes enceintes ont été vaccinées. Aucun problème n’a été signalé. »
Aucune preuve formelle de dissimulation
Comme l’ont relevé de nombreux détracteurs du docteur, Anthony Fauci a évoqué la problématique de la vaccination des femmes enceintes dans une interview publique, quelques jours après l’envoi de ses SMS, le 3 février 2021. L’immunologue y indique (à partir de dix-sept minutes trente) que « jusqu’à présent — et il faut rester prudent —, mais jusqu’à présent, aucun signal d’alerte n’a été relevé à ce sujet chez les femmes enceintes. »
Ainsi, quelques semaines seulement après le début de la campagne de vaccination, les termes employés publiquement sont, pour une large part, identiques à ceux de son message du 26 janvier 2021 cité plus haut. Un constat qui fragilise, de fait, la thèse d’une divergence entre les positions publiques et privées de l’immunologue.
Pour rappel, à l’époque, les autorités sanitaires fédérales américaines permettaient aux femmes enceintes de choisir de se faire vacciner, sans encore leur recommander systématiquement la vaccination. Ce n’est que le 11 août 2021, après la publication de nouvelles données de sécurité, que le CDC recommandera explicitement la vaccination contre le Covid-19 pendant la grossesse.
Quelques jours avant l’éclosion de cette polémique, le sénateur Rand Paul, a rendu publique une partie du journal personnel du docteur Anthony Fauci. Or, une rapide recherche permet de constater que le mot « miscarriage » (fausse couche en anglais) n’ y apparaît pas sur les 1 100 pages qui composent le document.
Enfin, puisque Anthony Fauci est accusé d’avoir caché des informations dont il est censé avoir eu connaissance au début de l’année 2021, qu’en est-il des faits plus de cinq ans plus tard ? La vaccination de femmes enceintes contre le Covid-19 a-t-elle finalement conduit à une hausse du taux de fausses couches ? Non, répondent les études disponibles, qui n’ont pas mis en évidence d’augmentation du risque de fausse couche chez les femmes vaccinées contre le Covid-19.
Selon le CDC, « plus d’un million de femmes enceintes à travers le monde ont reçu un vaccin à ARNm contre le Covid-19, avant et pendant leur grossesse. Les études n’ont montré aucune augmentation du risque de complications telles que les fausses couches, les accouchements prématurés, les mort-nés ou les malformations congénitales. »
« Plusieurs études ont démontré que les vaccins à ARN messager (ARNm) contre le Covid-19 ne provoquent pas de complications pendant la grossesse, ni pour les femmes enceintes ni pour leurs bébés. Au contraire, les vaccins contre le Covid-19 protègent les femmes enceintes et leurs bébés. », assure pour sa part l’Agence européenne du médicament (EMA).
