La peine de mort coûte-t-elle moins cher que la prison ?
Autrice : Maylis Ygrand, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
Source : Compte Facebook, le 8 juin 2026
Des internautes appellent à rétablir la peine de mort à la suite de l’affaire Lyhanna. Certains affirment qu’elle permettrait de faire des économies. Pourtant, les principales études menées aux États-Unis concluent que la peine capitale coûte généralement plus cher que la réclusion criminelle à perpétuité.
Le 4 juin 2026, le corps de Lyhanna est retrouvé sans vie. À l’annonce de son décès, certains internautes ont appelé à rétablir la peine de mort. Que ce soit sur les plateaux de télévision ou sur les réseaux sociaux, internautes et politiques ont alors échangé sur la peine capitale de manière décomplexée.
« Il y en a marre de tous ces criminels qui arrachent la vie à tous ces enfants et humains en toute lâcheté et qu’on loge et nourris pendant des années alors qu’ils ont tué », écrit une internaute. « Peine de mort ! Ça fera des économies pour renforcer la sécurité pour les enfants ! », assure une autre. Selon eux, au-delà de l’aspect moral de la peine de mort, l’argument économique jouerait donc en faveur de son rétablissement.
L’idée revient régulièrement dans le débat public. Pourtant, le rétablissement de la peine de mort est aujourd’hui juridiquement très improbable en France, tant il se heurterait à la Constitution et aux engagements européens et internationaux du pays.
Et contrairement à une idée largement répandue, les études, certes limitées, montrent malgré tout qu’elle ne permettrait pas non plus de faire des économies. Aux États-Unis, par exemple, dans les États qui l’appliquent encore, elle coûte généralement davantage qu’une condamnation à la prison à vie.
Des travaux états-uniens formels
Si la peine de mort est abolie en France depuis 1981, un éventuel rétablissement ne signifierait pas pour autant des exécutions rapides à l’issue d’un simple procès. Comme aux États-Unis, une telle peine devrait, sans doute, être entourée de nombreuses garanties procédurales afin de limiter autant que possible le risque d’erreur judiciaire.
Concrètement, les condamnations à mort donnent lieu à des procédures particulièrement longues, avec de multiples recours permettant de réexaminer la culpabilité de la personne condamnée. D’ailleurs, les partisans du rétablissement de la peine de mort eux-mêmes insistent souvent sur le fait qu’elle ne devrait s’appliquer qu’à des coupables « clairement identifiés ». Les études menées dans le système américain, qui repose sur ce type de garanties, sont donc pertinentes pour estimer ce que pourrait coûter une peine capitale si elle existait à nouveau en France, sans pour autant permettre d’en transposer avec certitude les montants.
Or, outre-Atlantique, de nombreuses études et enquêtes sont parues sur la question. Et que ce soit en Californie, en Floride ou dans l’État de Washington, les conclusions sont les mêmes : la peine de mort coûte économiquement plus cher qu’une peine d’emprisonnement. Et la différence est loin d’être minime.
Selon une étude publiée en 2015 sur les coûts des procédures dans lesquelles la peine capitale a été requise dans l’État de Washington, le coût moyen supporté par le système judiciaire est « environ 1,4 à 1,5 fois plus élevé » lorsque le procureur requiert la peine de mort que dans les affaires comparables où il ne la requiert pas.
« Les affaires capitales sont soumises à des exigences procédurales et substantielles spécifiques qui ne s’appliquent pas aux affaires de meurtre aggravé dans lesquelles la peine de mort n’est pas requise », expliquent les auteurs.
Autrement dit, dans l’État de Washington, les procédures dans lesquelles la peine de mort est requise sont plus lourdes et complexes : ce qui entraîne un coût supérieur à celui des autres affaires de meurtre aggravé.
Du procès à la détention : des frais plus élevés
Cette analyse est corroborée par le Death Penalty Information Center (DPIC), qui recense les études menées, cette fois, dans plusieurs États américains. Selon cette organisation, les procédures dans lesquelles la peine de mort a été requise entraînent des frais juridiques plus élevés du fait d’une durée plus longue des procès ou encore d’un nombre plus élevé d’experts qui défilent à la barre.
À cela s’ajoute la multitude de recours possibles pour l’accusé, précise le DPIC : « Afin de réduire au minimum les erreurs, chaque détenu a droit à une série de recours. Les frais sont pris en charge par les contribuables. Ces recours sont essentiels, car certains détenus se sont retrouvés à quelques heures de leur exécution avant que ne soient découvertes des preuves établissant leur innocence. »
Au-delà de la procédure et du procès, la détention d’un condamné à mort est plus coûteuse que celle d’un autre détenu, à en croire le DPIC. Dans le système outre-Atlantique, les accusés font l’objet d’une plus forte surveillance et ne sont pas logés avec les autres prisonniers. Des facteurs supplémentaires qui augmentent le coût total de la peine capitale.
Une abolition pour raison économique
L’argument économique est donc loin d’être en faveur d’un rétablissement de la peine de mort. C’est notamment pour des raisons économiques que le Nouveau-Mexique avait en 2009 aboli la peine de mort dans son État.
Malgré ces éléments, des internautes avancent que la peine de mort serait toujours plus économique car elle aurait un effet dissuasif, permettant ainsi d’éviter des drames et donc les procédures afférentes.
Pourtant, il n’existe aucune preuve d’un tel effet. L’étude de référence sur le sujet, publiée en 2012, conclut que « les recherches menées à ce jour sur l’effet de la peine de mort sur les homicides ne permettent pas de déterminer si la peine capitale fait diminuer, augmenter ou n’a aucun effet sur le taux d’homicides. »
