Des poussins sont-ils nés d’œufs purement artificiels ?
Autrice : Maïwenn Furic, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte Facebook, le 20 mai 2026
Selon des publications sur les réseaux sociaux, 26 poussins seraient nés d’œufs totalement artificiels. Si une entreprise de biotechnologie a bien réussi à faire grandir des fœtus dans des membranes artificielles, les embryons utilisés provenaient de poules bien vivantes. Explications.
Pourra-t-on bientôt remmener à la vie des espèces animales complètement disparues sur Terre ? C’est ce qu’affirment plusieurs publications virales sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Et c’est une récente avancée technologique qui le permettrait. « Une société de biotechnologie du Texas a fait éclore 26 poussins à partir d’œufs artificiels imprimés en 3D, sans coquille ni poule », peut-on lire sur ces publications. Et d’ajouter : « Colossal Biosciences veut utiliser cette technologie pour tenter de faire revivre le moa géant de l’île du Sud, un oiseau disparu il y a environ 600 ans. »
Les auteurs de ces publications partagent également une vidéo un reportage de la chaîne états-unienne, ABC 7, dans lequel la présentatrice de télévision nuance cette information : « Les scientifiques indépendants disent que la technologie est impressionnante, mais que la dé-extinction est probablement impossible. »
Dans les commentaires de ces publications, le procédé effraie, et certains se demandent comment il a été possible de faire naître des poussins à partir d’œufs artificiels. Alors qu’en est-il vraiment de cette démarche ?
L’expérience nécessite un œuf fécondé et pondu par une poule
La société citée par les internautes et le reportage se nomme Colossal Biosciences. Cette société de biotechnologie et de génie génétique fondée en 2021 entend utiliser la technologie d’édition de gènes et de reproduction pour restaurer les espèces éteintes, y compris le mammouth laineux, comme elle l’explique sur son site. Depuis sa création, elle a levé 800 millions de dollars pour ce qu’il appelle maintenant la création « contrôlable » d’animaux. Son programme est appelé « de-extinction ».
L’entreprise est bel et bien parvenue à faire éclore des œufs artificiels, desquels sont sortis des poussins. Mais un détail est omis dans les publications virales sur les réseaux sociaux : le processus a quand même nécessité des poules bien vivantes, puisqu’elles ont pondu des œufs desquels ont été prélevés les embryons, qui étaient donc déjà fécondés. « Pour générer des oiseaux, Colossal a pris des œufs de poule récemment pondus et a soigneusement versé leur contenu dans les coquilles artificielles, où ils ont continué à pousser », écrit la MIT Technology review.
Les poussins ont pu grandir dans ce milieu artificiel que la société décrit comme suit sur son site : « Une membrane semi-perméable à base de silicone logée à l’intérieur d’une coupe de support hexagonale rigide. » Et d’ajouter : « Le système intègre également une fenêtre claire en haut de l’œuf artificiel, permettant aux scientifiques d’observer directement le développement des embryons sans perturber l’environnement à l’intérieur. »
Loin de voir des espèces disparues revivre sur Terre…
« Voir tous ces embryons bouger dans leurs œufs artificiels était absolument hallucinant« , a assuré Andrew Pask, directeur scientifique de Colossal, aux médias. « On sent vraiment qu’on peut faire grandir la vie en dehors de l’utérus.« Cette possibilité de faire grandir des embryons hors de leur milieu naturel s’inscrit donc dans la volonté de l’entreprise de faire revivre les espèces disparues. Mais le processus utilisé pour les poussins ne serait pas applicable pour cela, puisque l’œuf était fécondé et venait directement d’une poule.
À noter que Colossal n’a pas publié de données sur le nombre de tentatives avant de voir naître ces 26 poussins. Le taux de réussite de l’expérience n’est donc pas connu. D’autres scientifiques ont noté que si cette méthode pouvait potentiellement permettre de lutter contre la disparition future d’une espèce aviaire, le plus efficace restait tout de même de préserver leur habitat naturel pour ne pas en arriver au stade de l’extinction, peut-on lire sur le rapport de l’expérience sur le site de Colossal.
Concernant le Moa, cet oiseau disparu que Colossal veut faire renaître, la société souhaiterait combiner cette nouvelle pratique avec le fait de transformer progressivement des cellules reproductrices de poulet pour produire des spermatozoïdes ou des ovules de type Moa. Une fois modifiées, ces cellules sont placées dans un embryon de poulet. L’oiseau à naître restera donc un poulet lors de cette première étape.
Mais les scientifiques de Colossal avancent que ses organes reproducteurs pourraient alors, du moins en théorie, produire des cellules sexuelles portant une partie du patrimoine génétique du moa. Tout cela reste donc très spéculatif et loin d’être chose faite, d’autant qu’aujourd’hui, les scientifiques ne savent modifier génétiquement qu’une poignée d’oiseaux, dont la poule. Plusieurs experts extérieurs à Colossal se montrent très sceptiques quant aux chances de succès.
