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Une tique, à l'INRA. Photo : Bertrand Guay / AFP

Attention à ces informations mêlant Bill Gates, une tique et une allergie à la viande rouge

Création : 26 mai 2026

Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte Instagram, le 6 mai 2026

Méconnu du grand public, le syndrome de l’alpha-gal, causé par la morsure d’une tique, entraîne une allergie, notamment à la viande rouge. Contrairement aux allégations d’internautes, rien ne permet d’étayer l’implication directe ou indirecte de la fondation de Bill Gates dans la hausse du nombre de cas observés du syndrome de ces dernières années.

Génie de l’informatique pour beaucoup, la figure de Bill Gates est aussi pour certains internautes la cause de nombreux maux de l’humanité : un jour accusé de crime contre l’humanité, un autre du développement du trouble de l’autisme au Vietnam, ou encore de nous intoxiquer via un revêtement alimentaire.  

Le fondateur de Microsoft est désormais visé par un nouveau chef d’accusation sur les réseaux sociaux. Il serait impliqué dans le développement d’une tique « génétiquement modifiée » qui aurait pour but de rendre la population allergique à la viande rouge et de nous pousser, par conséquent, à devenir végétarien ou végan. 

Ce qui servirait ses intérêts, puisque Bill Gates, explique une publication, « a investi dans des entreprises spécialisées dans les alternatives à la viande, comme Beyond Meat ou Impossible Foods, ainsi que dans des projets de viande cultivée en laboratoire ». Christian Perronne, caution scientifique du film complotiste Hold Up, est une des voix qui relaie cette fausse information.

Cette mise en cause ne repose sur aucune preuve tangible, comme ont pu le vérifier Les Surligneurs. 

C’est quoi cette allergie à la viande rouge ? 

Pour s’en assurer, précisons d’abord qu’une allergie à la viande rouge, liée à une tique, est bien identifiée. Cette allergie est connue sous le nom de syndrome de l’alpha-gal (AGS). 

« L’alpha-gal [α-Gal, ndlr] est une molécule (galactose-α-1,3-galactose) qui est naturellement produite dans le corps de la plupart des mammifères, mais pas chez les humains », décrit l’agence fédérale états-unienne pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) sur son site Internet

Dans certains cas, la morsure d’une tique peut déclencher une allergie à cette molécule. « Le mécanisme par lequel les tiques induisent une sensibilisation à l’α-Gal chez l’être humain n’est pas totalement élucidé, mais il est probablement lié à la présence de l’antigène α-Gal dans la salive de certaines espèces de tiques », développe une méta-analyse sur la question. 

Le système immunitaire de la personne mordue va alors reconnaître l’α-gal comme une substance étrangère et déclencher une réaction allergique lorsqu’elle est consommée. 

Or, on retrouve cette molécule dans les produits animaux. « Une personne atteinte du syndrome alpha-gal est plus susceptible de présenter une réaction allergique après une exposition à de la viande de mammifère – telle que le bœuf, le porc ou l’agneau – par rapport à d’autres produits contenant de l’alpha-gal, comme les produits laitiers », explique le CDC.

 Cette réaction allergique peut être « potentiellement mortelle », assure la CDC.

Une affection dont la possibilité de diagnostic est récente

Un lien entre cette allergie et les morsures de tique est documenté par les scientifiques depuis la fin des années 2000. Entre 96 000 et 450 000 personnes aux États-Unis pourraient être concernées par ce syndrôme depuis 2010, d’après une étude.  La tique étoilée (Lone star tick, Amblyomma americanum) a été identifiée comme le principal vecteur menant à l’allergie outre-Atlantique. 

« L’allergie à la viande rouge est maintenant décrite sur tous les continents, et différentes espèces de tiques sont à l’origine de cette forme d’allergie », signale aux Surligneurs Christiane Hilger, responsable du groupe d’allergologie moléculaire et translationnelle à l’Institut de santé du Luxembourg.

Si plusieurs papiers scientifiques rapportent une augmentation de l’incidence du syndrome de l’alpha-gal, les raisons sont multiples. Samira Jeimy, professeure associée au Département de médecine de l’Université Western à Londres, et auteure d’un article scientifique sur le sujet en 2024, cite : « l’augmentation des tests, l’évolution des habitats des tiques, une exposition humaine accrue et des changements environnementaux affectant la répartition des tiques », comme facteurs explicatifs. 

« Nous manquons d’études épidémiologiques pour affirmer qu’il y a une augmentation », poursuit Christiane Hilger. « Actuellement, les allergies en général sont en augmentation du fait, notamment, de notre style de vie et de la diminution de la biodiversité. De plus en plus de cas d’allergie alpha-gal sont rapportés, mais ceci ne veut pas forcément dire qu’il y a une augmentation. On est en mesure aujourd’hui de mettre un diagnostic sur des symptômes gastro-intestinaux ou des urticaires qui étaient sans explication auparavant », conclut-elle. 

Aucune tique génétiquement modifiée

Contrairement à ce qui est avancé sur les réseaux sociaux, « l’idée d’une tique génétiquement modifiée semble assez improbable », tranche l’allergologue de l’Institut de Santé du Luxembourg, qui rappelle que de nombreuses espèces de tiques partout dans le monde portent déjà l’alpha-gal.

« Le syndrome alpha-gal est une affection allergique d’origine naturelle, associée aux tiques », abonde Samira Jeimy.

La théorie d’une tique génétiquement modifiée n’est jamais évoquée dans la littérature scientifique, dont voici une liste non-exhaustive : lien 1, lien 2, lien 3, lien 4, lien 5

Les publications sur les réseaux sociaux n’avancent aucune source pouvant étayer leurs allégations, que ce soit concernant l’origine de l’allergie et une éventuelle intervention humaine ou l’implication de Bill Gates. 

Quid de Bill Gates ?

Contactée par Les Surligneurs, la fondation philanthropique Gates s’est contentée de répondre succinctement que « ces informations étaient fausses ».

L’entreprise Oxitec – désormais nommée Flyttr – est également citée par des publications pour un supposé rôle dans la propagation de « tiques modifiées ». Cette société est spécialisée dans la biorégulation d’insectes : l’idée est de libérer des insectes, généralement des moustiques, génétiquement modifiés pour être stériles et réduire la population des insectes vecteurs de maladie.

Flyttr/Oxitec a bien été bénéficiaire de subventions de la part de la fondation Gates pour ses travaux et notamment sur les tiques – en 2021 et 2023.  La société ne dispose que d’un programme de recherche qui concerne la tique bleue asiatique, « considérée comme le parasite le plus important du bétail dans le monde et elle est connue pour transmettre des maladies ».

Rien à avoir donc avec la tique étoilée, surtout présente aux États-Unis et référencée par la recherche pour son impact allergénique depuis les années 2000. L’idée est, là encore, de libérer des tiques stériles pour limiter sa propagation et ses conséquences sur le bétail. Qui plus est, Flyttr est situé au Royaume-Uni et la région qui doit bénéficier de cette recherche est l’Afrique, comme l’indique le site de la Gates Foundation.