Est-ce qu’un hantavirus peut se transmettre entre humains ?
Autrice : Maylis Ygrand, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
Source : Compte X de Nicolas Dupont-Aignan, le 11 mai 2026
Des internautes affirment que les médias mentent à propos du mode de transmission de récents cas de hantavirus. Selon eux, la transmission interhumaine serait impossible. Pourtant, si celle-ci est rare, elle peut se produire lorsqu’il est question d’une certaine souche de hantavirus.
De quoi devenir paranoïaque. Alors que la population mondiale est encore traumatisée par la récente pandémie de Covid-19, une nouvelle famille de virus fait parler d’elle : les hantavirus. Mi-avril, trois personnes, ayant voyagé à bord d’un même bateau de croisière, le MV Hondius, décédaient après une contamination à ce virus. Près d’un mois plus tard, les cas contacts se sont multipliés à travers le monde.
Mais, pour certains internautes, les journalistes mentiraient sur le mode de transmission de ce virus. « Les médias multiplient les informations instaurent la peur pourtant nous pouvons bien lire que cette maladie ce virus n’est pas transmissible de l’homme à l’homme », assure un internaute en partageant les captures d’écran d’une réponse de Gemini, l’IA générative de Google. L’affirmation selon laquelle la transmission interhumaine serait impossible a même été relayée par Nicolas Dupont-Aignan, candidat à l’élection présidentielle de 2027, le 11 mai dernier.
Si la majorité des souches de hantavirus ne sont effectivement pas transmissibles entre humains, la souche dont il est question aujourd’hui l’est. Cette exception est connue depuis des années.
Une transmission interhumaine rare mais possible
Pour mieux comprendre, reprenons depuis le début. Il n’existe pas un mais des dizaines de hantavirus. Ces derniers sont souvent divisés en deux grandes catégories : ceux susceptibles de causer une fièvre hémorragique avec syndrome rénal — dont la létalité varie de moins de 1 % à 12 %, selon l’Institut Pasteur — ou ceux pouvant conduire à un syndrome cardiopulmonaire sévère — avec une létalité pouvant atteindre 30 à 60 %.
Les hantavirus sont principalement transmis aux humains « par inhalation d’aérosols contaminés par des excrétions ou des sécrétions de rongeurs sauvages infectés », rapporte l’Institut Pasteur. Ainsi, la contamination est généralement causée par un animal. Mais il existe une souche pour laquelle la transmission interhumaine a été identifiée : le hantavirus sud-américain Andes.
Or, d’après les résultats des séquençages de la souche du hantavirus détectée chez plusieurs passagers de la croisière, ces derniers ont bien été contaminés par le hantavirus de souche Andes. Il est donc possible qu’une fois installé dans un hôte humain, le virus se soit ensuite transmis entre humains sans passer par un intermédiaire animal.
Un précédent argentin étudié
Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois. En 1996, une première transmission interhumaine avait été observée. Puis, en 2018, un cluster en Argentine avait conduit à la contamination de 34 personnes dont 11 sont décédées.
D’après une étude qui a analysé ce cluster de 2018, l’isolement des patients et la mise en quarantaine des cas contacts avaient probablement permis d’enrayer la maladie. Ainsi, s’il n’existe à ce jour aucun vaccin contre cet hantavirus, ces mesures semblaient avoir porté leurs fruits à cette période. De plus, comme ont pu le noter nos confrères de Libération, le virus étudié lors du cluster de 2018 avait un taux de reproduction plus faible que celui du Covid-19, et est donc moins contagieux que celui-ci.
Selon l’Institut Pasteur, le séquençage complet de la souche du hantavirus détectée dans un prélèvement sanguin de la passagère française testée positive après son voyage à bord du MV Hondius, montre qu’ « aucun élément ne suggère à ce stade l’émergence d’un variant particulier présentant des caractéristiques nouvelles ». Autrement dit : aucun élément ne permet d’affirmer que cet hantavirus serait devenu, par exemple, plus contagieux qu’auparavant.
C’est pourquoi l’Organisation mondiale de la santé et le gouvernement français se veulent rassurants. En effet, à l’heure actuelle, les personnes soupçonnées d’être infectées ou cas contact ont été prises en charge et isolées. Le 17 mai 2026, l’OMS assurait ainsi que « le risque pour la santé publique a été réévalué à la lumière des informations les plus récentes disponibles, et le risque global reste faible ».
