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Photo d'illustration. Libre de droit. CC0.

Le pétrole est-il une ressource inépuisable ?

Création : 12 mars 2026

Auteur : Nicolas Turcev, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste

Source : Compte Facebook, le 10 mars 2026

Plusieurs internautes affirment que l’or noir est une source d’énergie renouvelable qui se constitue naturellement à l’intérieur de la Terre. Faux : le pétrole est produit par l’accumulation et la dégradation de matière organique et sa formation prend des millions d’années.

Du pétrole à volonté ? Plusieurs internautes affirment avoir fait une étonnante découverte : l’or noir serait en fait une source d’énergie « renouvelable et inépuisable ».

« Le pétrole n’est pas une ressource rare, il est abiotique, il est inépuisable […]. Il est produit naturellement à l’intérieur de la Terre, comme le sang dans notre corps. Les élites utilisent la notion de rareté pour promouvoir le pétrole comme une énergie « fossile », car, soi-disant, cette énergie s’épuisera, ce qui justifie des prix élevés », développe un utilisateur de Facebook.

Cet internaute fait référence à une théorie scientifique marginale et largement invalidée, celle de l’origine abiotique du pétrole. Développée dans les années 1950 et 1960 en Union soviétique, cette thèse postule que l’or noir serait formé à partir de poches de carbone nichées dans les profondeurs du manteau terrestre et remonterait vers la surface grâce à des fissures. Le pétrole serait donc une sorte d’excrétion naturelle de la Terre, qu’elle produirait régulièrement et sans discontinuer.

Une littérature scientifique abondante

La théorie de l’origine abiotique du pétrole s’oppose à la théorie, dite « biogénique », selon laquelle l’or noir est le produit de la décomposition de résidus organiques enfouis sous les sédiments, adoptée par la quasi-totalité des autorités scientifiques. L’agence fédérale américaine de l’énergie, l’IFP Énergies nouvelles (ancien Institut français du pétrole) ou encore l’Académie des sciences soutiennent l’origine organique du pétrole.

Leurs positions se fondent sur une abondante littérature scientifique qui a, depuis des décennies, disséqué les processus qui ont conduit à la formation de poches de pétrole (1, 2, 3, 4).

Tous ces travaux pointent dans la même direction : le pétrole est né il y a des millions d’années à partir de restes microscopiques de plantes et d’animaux marins, tombés au fond des océans et des lacs. Enfouis sous des sédiments, ces résidus organiques ont été transformés par la chaleur et la pression en hydrocarbures liquides et gazeux.

Cette matière, migrante, s’accumule ensuite dans des réservoirs rocheux imperméables, formant les gisements que nous exploitons aujourd’hui. Les biomarqueurs et isotopes du carbone présents dans le pétrole confirment cette origine biologique.

Autrement dit, le pétrole n’est pas une ressource renouvelable au sens « classique » du terme : sa formation prend des dizaines à des centaines de millions d’années. Il est d’autant moins inépuisable que l’humanité consomme les stocks d’or noir bien plus rapidement que le temps qu’il lui faut pour se former.

Très marginale, la théorie de l’origine abiotique du pétrole relayée par certaines internautes est née à une époque où « il n’était pas encore possible d’évaluer [ses] mérites […] sur la base des données scientifiques existantes », explique un article paru en 2005 dans la revue Resource Geology. Depuis, « le développement de techniques d’analyse bien plus sophistiquées des composés organiques du pétrole » a permis de fournir des preuves « bien plus précises » validant la théorie biogénique de l’origine du pétrole.