Rien ne prouve que Brigitte Macron va être poursuivie pour « escroquerie au jugement »
Autrice : Maylis Ygrand, journaliste
Relecteurs : Clara Robert-Motta, journaliste
Jean-Baptiste Thierry, professeur de droit pénal, université de Lorraine
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
Nicolas Turcev, journaliste
Source : Compte X, le 4 février 2025
Après la condamnation en première instance de deux personnes ayant répandu la rumeur d’une prétendue transidentité de la Première dame, l’avocat de l’une des prévenues affirme que Brigitte Macron va être poursuivie pour faux, usage de faux et escroquerie au jugement en bande organisée. Pourtant, aucune procédure ne semble en cours.
Nouveau chapitre dans un dossier qui n’en finit pas de s’épaissir. Après la condamnation pour diffamation, le 12 septembre dernier, de deux femmes ayant répandu l’infox que Brigitte Macron était une femme trans (elles ont fait appel), François Danglehant, l’avocat de l’une des plaignantes, s’est fendu d’un tweet pour le moins intriguant.
Le 4 février dernier, il a annoncé sur X (ex-Twitter) que « Jean-Michel Trogneux et Brigitte Trogneux épouse Macron vont être poursuivis devant le tribunal correctionnel de Paris pour : faux, usage de faux et escroquerie au jugement en bande organisée, suite au jugement du 12 septembre 2024 (appel le 14 mai 2025 à 13 H 30) ».
Partagées en masse depuis sur les réseaux sociaux, ces informations ne reposent sur aucune preuve disponible. Mais entre ces prétendues nouvelles poursuites, le jugement du 12 septembre et l’appel du 14 mai 2025, il y a de quoi s’emmêler les pinceaux. Les Surligneurs rembobinent.
Des poursuites imaginaires ?
Le 12 septembre dernier, Natacha Rey, qui se présente comme une « journaliste indépendante » et Amandine Roy (c’est un pseudonyme), une « médium », sont condamnées pour diffamation.
Cette décision fait suite à une interview, en 2021, dans laquelle la prétendue journaliste racontait à la médium qu’elle avait enquêté sur l’identité de genre de Brigitte Macron.
Selon elle, cette dernière s’appelait auparavant Jean-Michel Trogneux avant de choisir comme prénom « Brigitte », après sa transition. Mais tout est faux. Jean-Michel Trogneux est en réalité le frère de Brigitte Macron et cette dernière n’a pas transitionné.
Le 4 février dernier, François Danglehant déclare contester la décision du tribunal correctionnel. L’avocat de Natacha Rey annonce en effet que « Jean-Michel Trogneux et Brigitte Trogneux épouse Macron vont être poursuivis devant le tribunal correctionnel de Paris pour : faux, usage de faux et escroquerie au jugement en bande organisée, suite au jugement du 12 septembre 2024 ». Pourtant, aucune trace de ces poursuites…
L’existence incertaine d’une citation directe
Interrogé, le parquet du tribunal judiciaire de Paris a indiqué aux Surligneurs qu’aucune poursuite n’était en cours. Mais si le ministère public affirme qu’il n’existe pas de procédure de son côté, cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y en a aucune autre. Celle qu’aurait utilisée la cliente de François Danglehant est particulière.
Dans une vidéo qui accompagne son annonce, l’avocat déclare que « Natacha Rey a décidé de poursuivre sur citation directe, devant le tribunal correctionnel, Madame Brigitte Trogneux épouse Macron, Monsieur Jean-Michel Trogneux, leur avocat et les trois juges qui ont participé à cette forfaiture ».
Or, comme l’indique le parquet du tribunal judiciaire de Paris aux Surligneurs : « Si par ailleurs des parties intentent des procédures de leur propre initiative, le parquet ne sera pas impliqué. »
Plusieurs procédures existent pour poursuivre
Pour comprendre, quelques rappels du Code de procédure pénal s’imposent. Il existe plusieurs manières de saisir la justice. Une juridiction ne pouvant se saisir elle-même, c’est le procureur de la République qui déclenche l’action publique.
Dans ce cas-là, c’est le parquet qui va mener l’enquête et choisir comment saisir le tribunal. C’est à lui qu’incombe alors la charge de la preuve et de démontrer la culpabilité de la personne mise en cause.
Mais que se passe-t-il quand le parquet n’engage pas de poursuites et qu’une personne se sent lésée ? Elle peut utiliser un mode de saisine du tribunal : la citation directe, prévue aux articles 389 et suivants du Code de procédure pénale.
Elle permet à toute personne qui s’estime victime d’une infraction la possibilité de convoquer son auteur supposé au tribunal. Fruit d’une initiative personnelle, il n’y a donc pas d’enquête de la part du parquet et la charge de la preuve revient à la victime.
Seuls quelques critères sont nécessaires pour déclencher la citation directe. Il faut notamment que l’auteur soupçonné soit identifié et majeur. Et ce mode de saisine ne peut être utilisé que lorsqu’il est question d’une contravention ou d’un délit.
Pas de notification à la partie adverse
En théorie, Natacha Rey peut faire délivrer une citation directe. Les personnes désignées sont toutes majeures et il est question ici de délits, que ce soit concernant le faux et l’usage de faux ou l’escroquerie au jugement en bande organisée. Cependant, si la citation directe est considérée par le juge comme abusive ou dilatoire, une amende civile pourra être prononcée.
Sans l’implication du parquet, la liste des personnes au courant d’une citation directe est réduite à peau de chagrin. Reste que les personnes concernées devraient être au courant ! Mais, contacté par Les Surligneurs, Jean Ennochi, l’avocat de Brigitte Macron et de son frère, Jean-Michel Trogneux, est formel : « Que ce soit pour moi ou mes clients, nous n’avons rien reçu. »
François Danglehant aurait-il décidé de faire machine arrière ? Sa cliente n’aurait-elle pas encore déclenché la procédure ? Le mystère reste entier, car l’avocat de Natacha Rey n’a pas répondu à nos sollicitations.
Cela ne serait pas le premier mensonge de François Danglehant, épinglé par Conspiracy Watch pour l’ensemble de son œuvre. Pour diffuser ses thèses sans fondements, il peut d’ailleurs compter sur nombre de soutiens, y compris outre-Atlantique. La fausse information sur la transition de genre de Brigitte Macron est en effet devenue une véritable obsession de la commentatrice politique états-unienne Candace Owens.
Depuis sa vidéo des soi-disant révélations sur la transition de genre de Brigitte Macron, publiée fin janvier, la rumeur a repris de plus belle. De quoi fournir un terreau fertile aux propos de François Danglehant.
Une audience en appel prévue pour mai
S’il n’existe pas de poursuites engagées par le parquet contre la Première dame et son frère, une audience en appel, à la suite de la condamnation pour diffamation de septembre dernier, est par contre bien prévue.
La cour d’appel de Paris confirme aux Surligneurs qu’« il y aura bien une audience concernant ce dossier les 14 et 15 mai prochains. Il s’agit de l’appel suite à la décision de première instance en date du 12 septembre 2024 ».
Les deux prévenues, Natacha Rey et Amandine Roy, comparaîtront pour « des faits de diffamation envers des particuliers et de complicité de diffamation envers des particuliers ».
La fake news concernant la prétendue transidentité de Brigitte Macron a déjà été traitée par Les Surligneurs à maintes reprises, comme ici, ici ou là.