Pallywood : non, cette vidéo ne montre pas le peuple palestinien mettre en scène ses souffrances
Autrice : Maylis Ygrand, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste
Source : Compte Facebook, le 4 septembre 2025
Des internautes affirment qu’une vidéo prouverait que des Palestiniens mettent en scène leurs propres souffrances. Mais ces images ont, en réalité, été prises par un artiste saoudien et ne documentent pas les horreurs qui se déroulent à Gaza.
18 457. Ce nombre, publié par The Guardian, recense au 30 juillet 2025, les mineurs morts à Gaza à la suite des attaques israéliennes, depuis le 7 octobre 2023. Mais, pour certains internautes, le massacre perpétré par Israël et la crise humanitaire à Gaza ne seraient qu’une mascarade.
En témoigne, selon eux, la vidéo d’une enfant, au milieu des explosions, tenant une casserole vide à la main. Dans le reste de la vidéo, les coulisses de celle-ci sont dévoilées : de la conception des faux explosifs à la mise en place de multiples casseroles vides devant l’enfant, tout est détaillé.
« Le “peuple palestinien” laissera comme unique souvenir celui d’avoir utilisé des stratagèmes pour faire croire qu’il est victime et non agresseur ! », dénoncent alors des internautes.
Sauf que cette vidéo a été réalisée par un artiste saoudien et ne prétend pas documenter les horreurs qui se déroulent à Gaza.
Vidéo tournée par un artiste saoudien
Grâce à une recherche d’image inversée, Les Surligneurs ont pu retrouver l’origine de la vidéo. Si la publication originale a disparu de la toile, de nombreux articles de fact-checking sur le sujet ont sauvegardé certaines preuves qui permettent de contextualiser les images (comme ici, ici ou là).
Ainsi, il s’agirait d’une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, le 23 juillet 2025, par un artiste saoudien, Fawaz Al-Zahrani. Sur le compte de ce dernier, il est possible de retrouver des vidéos similaires. En les taguant par exemple des mots « films » ou « mon design », l’artiste présente bien qu’il s’agit de ses propres créations.
Concernant la publication relayée sur les réseaux sociaux, Les Surligneurs ont pu traduire la capture d’écran. Si l’artiste avait tagué la vidéo des mots « Gaza » ou encore « faim », il avait également prévenu qu’il s’agissait de « [s]on design » ou de « [s]a photographie », autrement dit d’une création artistique.
D’après le magazine belge Knack, « dans une interview accordée à la chaîne de télévision publique saoudienne Al Arabiya en janvier 2023, Al-Zahrani a indiqué qu’il s’inspirait de situations humanitaires, mais qu’il n’avait pas l’intention de tromper le public. Il souligne que ses productions sont artistiques et ne sont pas destinées à être des documentaires ».
Toujours dans cette interview, le média arabe de fact-checking Misbar relaie que l’artiste aurait expliqué que « la plupart de ses scènes sont tournées dans la cour de l’ancienne maison de son père en Arabie saoudite qui a été transformée en un site de tournage ».
Des comptes de désinformation
En plus de ne pas avoir été tournée par des Palestiniens, cette vidéo n’avait donc pas pour ambition de documenter les horreurs qui se déroulent dans l’enclave palestinienne.
Mais cette infox, relayée sur les réseaux sociaux, n’est pas isolée. En effet, depuis les années 2000, certains comptes pro-israéliens affirment que les Palestiniens mettent en réalité en scène les horreurs qu’ils affirment subir. Et ce phénomène aurait un nom : Gazawood ou Pallywood, contraction donc de Gaza ou Palestine et Hollywood.
L’un des relais particulièrement actif de cette théorie est le compte X Gazawood. Or, comme ont pu le démontrer une ONG israélienne Fake Reporter relayée par Forbidden Stories, « seuls 5,75 % des “debunks” (les démystifications de fausses informations) de Gazawood sont crédibles ».
Un mois après la publication de cette vidéo sur les réseaux sociaux, l’ONU confirmait, le 22 août 2025, qu’une famine avait bien lieu dans le gouvernorat de Gaza. Cet état de famine a été levé en décembre dernier mais pourrait bien revenir si la situation ne s’améliore pas. La population gazaouie reste confrontée à une insécurité alimentaire aiguë.
