Non, l’euro numérique n’entrera pas en vigueur en octobre 2025
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
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Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Source : Compte Facebook, le 26 mars 2025
Cette date correspond à la fin de la phase préparatoire du projet européen visant à introduire une version dématérialisée de la monnaie unique, et non à son déploiement, comme le prétendent plusieurs internautes.
L’euro numérique serait quasiment prêt à être déployé. Codifié par une proposition de règlement européen de 2023, le projet de création d’une monnaie unique dématérialisée aboutira en octobre 2025, selon plusieurs internautes. Mieux encore : il serait adossé à une plateforme de crédit social, sur le modèle chinois.
« Christine Lagarde vient de l’annoncer, l’euro numérique arrive pour octobre 2025. […] Le gouvernement pourra décider de valider telle ou telle transaction en fonction de si tu te comportes bien en tant que citoyen », explique un vidéaste à ses abonnés, dans un clip partagé plus de 6 000 fois.
L’internaute s’appuie sur une déclaration de la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, prononcée le 6 mars dernier lors d’une conférence de presse. « La deadline [pour l’euro numérique], pour nous, est le mois d’octobre 2025 », affirme la dirigeante.
Mais l’extrait est tronqué. Juste après, Christine Lagarde précise que la BCE « ne pourra pas avancer » tant que les institutions européennes n’ont pas finalisé le processus législatif pavant la voie à l’entrée en vigueur de l’euro numérique. Et il est encore loin d’avoir abouti. L’euro virtuel pourrait en réalité ne pas voir le jour avant 2027 ou 2028, selon le ministère de l’Économie français.
Le mois d’octobre 2025 correspond seulement à la date butoir de la phase préparatoire menée par la BCE depuis 2023, comme le confirme l’institution bruxelloise aux Surligneurs. « En octobre, le conseil des gouverneurs de la BCE devra décider de passer ou non à la prochaine phase de préparations. […] La décision de distribuer l’euro numérique ne peut être prise par la BCE qu’après l’adoption par le Parlement européen de la loi », explique la BCE, qui ne fait aucune projection sur une possible date de lancement.
Pas de traces d’un « pass social »
Voilà pour le calendrier. Mais l’internaute assure aussi que l’État aura un « contrôle total » sur les comptes en euros numériques et qu’il pourra décider de « valider telle ou telle transaction en fonction de si tu te comportes bien en tant que citoyen ». Ce comportement serait mesuré par une note sur un « pass social », sur le modèle chinois. « Tu n’as pas payé tes impôts ? On te gèle l’argent qui est sur ton compte. […] En cas de crise, ils [l’État, ndlr] pourront également prélever un pourcentage sur ta monnaie numérique », affirme l’internaute.
Les Surligneurs n’ont pu trouver aucune trace de ces mesures. Ni dans le projet de règlement européen, ni dans les deux rapports d’avancement (1, 2) publiés en 2024 par la BCE. Francesco Martucci, professeur en droit public à l’université Paris-Panthéon-Assas et spécialiste de l’union monétaire, balaye des « inepties juridiques ».
« L’euro numérique n’est pas programmable », rappelle le juriste. C’est-à-dire que, comme les espèces, il pourra être utilisé pour n’importe quelle transaction libellée en euros. Autrement dit, il n’y aura aucun contrôle au préalable sur la nature des paiements. « D’autres banques centrales envisagent la programmabilité pour leur monnaie numérique, c’est-à-dire la restriction à certains usages. Pour des raisons de santé publique, par exemple, les cigarettes ou l’alcool pourraient être exclus. Mais ce n’est pas le cas en Europe », explique Francesco Martucci.
Quant au supposé contrôle par le gouvernement de l’euro numérique, il apparaît infondé. « L’euro numérique sera émis par la BCE, une institution indépendante [des États membres]. […] Le gouvernement ne peut donc d’aucune manière intervenir », affirme le juriste. Les euros numériques ne seront par ailleurs pas stockés sur un compte, susceptible d’être gelé ou sur lequel un prélèvement peut-être effectué, mais dans un portefeuille numérique.
La BCE assure pour sa part que les données accessibles à l’Eurosystème – la BCE et les banques centrales des États membres de l’UE – seraient anonymisées. « Nous ne verrions aucune donnée personnelle qui nous permettrait d’identifier les utilisateurs, assure l’institution aux Surligneurs. […] Et nous serions supervisés par une autorité indépendante de protection des données pour garantir le respect des standards européens. »
L’IA Act restreint le crédit social
En Europe, il n’est donc pas prévu de système de crédit social donnant lieu à des malus financiers. En revanche, un portefeuille d’identité numérique, optionnel, sera disponible à partir de 2026. Il pourra contenir l’état civil, des informations financières et des diplômes, et servira à s’identifier sur les plateformes numériques pour « payer ses impôts » ou bien « louer un vélo », comme l’avait annoncé, en 2020, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle interdit, quant à lui, le traitement automatisé d’informations basées sur le comportement social pour établir un score pouvant déboucher sur un « traitement défavorable, injustifié ou disproportionné » des citoyens.
L’euro numérique fait l’objet de nombreuses fausses nouvelles diffusées sur les réseaux sociaux. Les Surligneurs ont récemment débunké une rumeur selon laquelle les dépôts supérieurs à 3 000 euros seraient taxés.