Non, les rendez-vous de la Caf ne sont pas accordés en priorité aux réfugiés
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat avec la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf). Conformément aux règles d’indépendance éditoriale des Surligneurs, la Cnaf n’est pas intervenue dans la rédaction de l’article ni ses conclusions.
Source : Compte Facebook de Jean Messiha, le 4 août 2026
Dans une vidéo virale, le strongman Aurélien Lejeune s’étonne de ne pas pouvoir obtenir de rendez-vous avec sa Caf, alors que des créneaux sont disponibles pour les réfugiés. En réaction, plusieurs internautes dénoncent une « rupture d’égalité » dans l’accès au service public. Mais la vidéo est trompeuse : les rendez-vous étaient en réalité disponibles pour l’ensemble des usagers de la Caf qui en avaient besoin.
La Caf de l’Eure a-t-elle discriminé ses usagers ? Dans une vidéo virale publiée sur son compte TikTok personnel le 4 août et retirée depuis, l’homme le plus fort de France, Aurélien Lejeune, s’est livré à une analyse de l’offre de services de sa caisse d’allocations familiales.
Face caméra, le strongman explique devoir notifier un changement de situation professionnelle, mais ne parvient pas à réaliser la démarche sur le site de l’organisme ou par téléphone. « Je me dis [que] c’est pas grave, je vais prendre rendez-vous, y’a des bureaux à côté de chez moi », explique le sportif à ses 24 000 abonnés. Mais à son grand dam, la plateforme lui indique qu’aucun rendez-vous n’est disponible dans sa zone actuellement – vidéo du site à l’appui.
Sauf que, « un peu curieux », Aurélien Lejeune décide, selon ses dires, de tester d’autres motifs de prise de rendez-vous. « [Pour] la plupart des motifs ça [ne] marche pas, il n’y a pas de rendez-vous possible, sauf [pour l’un d’entre eux] », assure le strongman, qui continue sa démonstration vidéo depuis le site de la Caf de l’Eure.
Sur le menu déroulant des motifs de prise de rendez-vous, le sportif choisit l’option « réfugié/déplacé », et là, une dizaine de rendez-vous apparaît pour les dates du 7 et 10 août. Aurélien Lejeune commente, un brin amer : « Je ne sais pas comment interpréter [ce résultat, alors que] c’est un service français payé par mes impôts. »
En quelques heures, la vidéo fait le tour des réseaux sociaux, qui auront moins de mal à tirer des conclusions. Le polémiste d’extrême droite Jean Messiha s’indigne qu’« un pays privilégie les étrangers à ses propres citoyens ». Dans son sillon, de nombreux internautes pointent du doigt une rupture d’égalité dans l’accès au service public, en faveur des réfugiés.
Mais rien de tout cela n’est vrai : les créneaux de rendez-vous qu’Aurélien Lejeune a pu visualiser étaient disponibles pour tous les usagers de la Caf de l’Eure qui en avaient besoin, et non les seuls réfugiés.
L’accueil physique réservé à certains cas
Joint par Les Surligneurs, l’organisme explique : « Sur la période concernée, les rendez-vous pour les changements de situation professionnelle [le motif choisi par Aurélien Lejeune, ndlr] que nous avons mis à disposition se déroulaient exclusivement par téléphone. Or, sur la période choisie, tous les créneaux téléphoniques étaient déjà réservés. » D’où l’absence de rendez-vous proposé au sportif.
En revanche, pour d’autres motifs, la Caf de l’Eure accueille bien les allocataires dans ses antennes. « En général, les rendez-vous physiques sont consacrés à des situations pour lesquelles il faut que l’on prenne un peu plus de temps avec l’allocataire pour bien comprendre sa situation et faire le tour de ses droits », explique l’organisme.
Cela concerne les réfugiés et déplacés, lesquels peuvent prétendre à certaines allocations comme le RSA ou la prime d’activité. Comme les entretiens peuvent buter sur la barrière de la langue ou nécessiter la présence d’un interprète, l’organisme propose un accueil sur site. L’intégralité des rendez-vous qui s’affichent sur l’écran d’Aurélien Lejeune après avoir choisi l’option « réfugié » sont d’ailleurs bien des rendez-vous en présentiel, repérables par l’icône en forme de marqueur GPS qui s’affiche à droite de l’horaire.
Mais il est faux de prétendre, comme le fait le sportif, que ces créneaux étaient réservés aux seuls ressortissants étrangers. Les rendez-vous physiques des 7 et 10 août mis à disposition par la Caf de l’Eure étaient également ouverts aux ressortissants français dont la situation justifiait un accueil en présentiel.
Des usagers non réfugiés accueillis en agence
Les Surligneurs ont eu accès à un document interne de l’organisme qui montre que des allocataires qui n’étaient pas forcément des réfugiés ont pris des rendez-vous sur cette période.
Seulement, les motifs pour lesquels ils ont pu bénéficier d’une rencontre avec un agent étaient plus lourds qu’un simple changement de situation professionnelle. Il s’agit de séparations, de réductions d’activité pour prendre soin d’un enfant, de dettes envers la Caf, ou encore de situations de handicap. Ces rendez-vous ont été pris sur la plateforme entre le 31 juillet et le 7 août, et les créneaux d’accueil correspondent à ceux obtenus par Aurélien Lejeune en optant pour le motif « réfugié/déplacé » sur la plateforme.
Les Surligneurs ont pu confirmer la disponibilité des créneaux d’accueil de la Caf de l’Eure pour les ressortissants français en effectuant leur propre simulation. Nous avons tenté de prendre rendez-vous pour deux motifs différents pour lesquels les Caf sont plus susceptibles d’ouvrir des rendez-vous en présentiel : une situation de handicap d’une part, et en se déclarant réfugié ou déplacé d’autre part. Dans les deux cas, la plateforme de l’Eure a renvoyé le même résultat : deux créneaux en présentiel, le 17 août, à 10h15 ou 10h30, à l’antenne de Louviers.
Autrement dit, la Caf de l’Eure n’a jamais réservé ses rendez-vous physiques aux seuls réfugiés ou déplacés au détriment des Français. Simplement, sur la période concernée, l’accompagnement des ressortissants étrangers était l’un des motifs pouvant justifier l’accueil d’un allocataire en agence, au même titre que d’autres cas de figure qui nécessitent des échanges prolongés, comme l’analyse de la situation d’une personne handicapée, ou de celle d’un parent isolé.
