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Photo : libre d'utilisation - Jsme MILA

Non, le porc n’a jamais été exclu des menus des hôpitaux publics

Création : 4 septembre 2026

Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte Facebook, le 4 septembre 2026

Des comptes coordonnés sur Facebook laissent croire que le porc aurait été banni des hôpitaux publics en France. C’est faux, les hôpitaux ont toujours continué à servir de la viande porcine.

Tout est bon dans le cochon… surtout sa propension à être manipulé pour créer de la discorde. Voilà plusieurs années que des personnalités de droite et d’extrême droite s’inquiètent d’une soi-disant disparition du porc dans les espaces de restauration collective, comme la cantine scolaire et l’hôpital. Certains ont bien compris le caractère explosif du sujet et n’hésitent pas à l’utiliser pour générer de l’engagement sur les réseaux sociaux

Des centaines de faux comptes publient des images entièrement générées à l’aide de l’intelligence artificielle pour booster les clics, et leur dernier coup viral est celui-ci : « Le porc devrait-il à nouveau faire partie des menus proposés dans les hôpitaux publics en France ? » Les publications ont enregistré des millions de vues et de « j’aime », et les commentaires abondent.

« Le porc doit être présent dans tous les restaurants et cantines publiques en France c’est un aliment essentiel dans la nourriture des européens et si les musulmans ne sont pas d’accord, alors qu’ils prennent leurs dispositions pour se nourrir suivant leurs traditions et coutumes !! », s’énerve un internaute qui, si l’on suit son raisonnement, oublie sans doute que ce n’est pas la seule religion à interdire la consommation de porc

Pourtant, c’est entièrement faux, le porc n’a jamais été exclu des menus des hôpitaux publics en France. Quant à la petite musique qui sous-entend qu’une telle mesure aurait été prise pour contenter la population musulmane française, elle est d’autant plus fausse que de nombreux hôpitaux ne proposent pas d’alternatives halal alors même qu’ils en ont la tâche.

Du porc présent dans les menus de l’hôpital

Contrairement à ce que sous-entendent les dizaines de publications, le porc est bien présent dans les menus d’hôpitaux publics en France, comme Les Surligneurs ont pu le vérifier auprès d’établissements. On retrouve donc « sauté de porc à l’ancienne », ou encore « saucisse grillée » sur les menus. 

La direction générale de l’offre de soins, issue du ministère des Affaires sociales et de la Santé, nous a confirmé qu’il n’y a jamais eu aucune interdiction de ce type. « Il n’existe aucun texte réglementaire, aucune instruction ministérielle, aucune consigne nationale visant à interdire ou à supprimer le porc des repas servis dans les établissements de santé. »

Les différents textes qui réglementent les services de restauration des hôpitaux publics exigent que les établissements servent des plats variés (quatre à cinq plats proposés à chaque déjeuner ou dîner), et qui respectent, au mieux, les goûts et l’état de santé des patients. 

Depuis la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, les établissements de santé doivent proposer un repas végétarien tous les jours : les patients ont donc la possibilité de se passer de viande – et donc de porc s’il est proposé au menu –, mais ce n’est qu’une alternative, pas une obligation. 

La restauration collective, et donc dans les hôpitaux, doit aussi composer avec les objectifs de la loi Egalim qui fixe, elle, des objectifs de 50 % de produits durables dont 20 % de bio. D’après la dernière campagne de télédéclaration (à noter que seuls deux établissements sur cinq ont rempli cette déclaration), les hôpitaux en seraient encore loin : 4,1 % de bio et 16,8 % de produits dits « Egalim » pour les hôpitaux, rapporte un site professionnel des métiers de la restauration.

« Le patient hospitalisé n’est pas seulement un malade. Il est avant tout une personne avec des droits et devoirs »

Les hôpitaux doivent évidemment donner des repas en fonction des prescriptions alimentaires spécifiques établies par l’équipe médicale pour le patient, mais pas seulement. Une circulaire reconnaît dès 1995 que le « patient hospitalisé n’est pas seulement un malade. Il est avant tout une personne avec des droits et devoirs ».

Ainsi, l’hôpital doit respecter les croyances et convictions des personnes au sein de l’établissement. « Un patient doit pouvoir, dans la mesure du possible, suivre les préceptes de sa religion (recueillement, présence d’un ministre du culte de sa religion, nourriture, liberté d’action et d’expression … ) ».

Cependant, le Défenseur des Droits se penchait, en 2019, sur la difficulté pour un patient musulman à pouvoir recevoir une nourriture halal à l’hôpital alors même que ledit hôpital était en mesure de servir un repas confessionnel pour les personnes juives (casher).

 Le Défenseur des droits avait estimé que cette « différence de traitement entre les patients de confession musulmane et les patients de confession judaïque est susceptible de constituer une discrimination fondée sur la religion ». Le même genre de scène a été décrit dans des articles de presse postérieurs, en 2024 sur le site de Mediacités, et en 2025 dans les colonnes de Mediapart.

L’hôpital cité par le Défenseur des droits (noté « Y ») ne niait pas la situation, mais arguait d’un problème financier non spécifique à l’établissement. « [Ce n’est] pas un problème que l’Y peut résoudre seule, et par ses propres moyens, sauf à employer deux mauvaises solutions : l’une consisterait à supprimer les plats casher au terme du marché, pour supprimer tout risque de discrimination des pratiquants d’une religion par rapport à une autre et donc n’offrir que des repas de substitution ; l’autre consisterait à augmenter ses coûts de restauration au détriment d’autres postes de coûts liés aux soins ».

Si la restauration collective à l’hôpital doit faire face à des défis, l’affirmation selon laquelle le porc aurait été interdit est complètement inventée et ne repose sur rien.