Non, le père Noël n’est pas interdit en Israël
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Source : Compte Facebook, le 26 décembre 2025
Les images de l’arrestation musclée par la police israélienne d’un chrétien palestinien déguisé en père Noël, à Haïfa, le 21 décembre, a convaincu certains internautes que le personnage était interdit dans le pays hébreu. Si cet événement révèle des tensions communautaires liées aux festivités de fin d’année, le père Noël n’est pas explicitement interdit en Israël.
Le père Noël serait-il persona non grata en Israël ? Depuis plusieurs jours, des internautes relaient les images de l’arrestation musclée par la police israélienne d’un homme déguisé en père Noël et affirment que le personnage serait « interdit en Israël ». Autrement dit, l’individu maîtrisé par la police aurait été interpellé pour avoir porté le costume de l’icône des fêtes de fin d’année.
Mais le récit de la police, tout comme celui de l’ONG qui a dénoncé cette intervention, ne font pas référence à une quelconque interdiction du père Noël en Israël. Le célèbre barbu a d’ailleurs pu être aperçu à Jérusalem et dans la capitale, Tel-Aviv, sans a priori être visé par des mesures de rétorsion.
L’incident révèle en revanche les tensions communautaires qui fracturent le pays, exacerbées par la guerre à Gaza et le contexte religieux de la fin d’année.
Un festival interreligieux perturbé
L’arrestation s’est produite le 21 décembre, à Haïfa, dans le nord du pays, alors que des chrétiens palestiniens célébraient Noël dans le cadre du festival « Holiday of Holidays », qui vise à « briser les barrières et bâtir la confiance » entre les différents groupes religieux et communautaires en Israël.
Les images publiées par les internautes montrent deux policiers israéliens maîtriser un homme déguisé en père Noël, tandis qu’un second tente de lui porter assistance. Selon le centre Mossawa qui défend les droits des citoyens arabes israéliens, ce soir-là, « la police a fait irruption dans une école de musique […], fait cesser les célébrations […], a agressé les participants […] puis confisqué de l’équipement et a arrêté trois personnes, dont le père Noël ».
L’un des interpellés aurait été blessé à l’épaule durant l’arrestation, et les policiers les auraient frappés lors de leur transfert en détention, rapporte l’ONG. Après avoir été présenté à un juge, les trois personnes arrêtées ont été remises en liberté. Elles sont toutefois visées par une procédure pour « insultes et agression verbale et physique » contre des agents de police, selon l’Orient-Le Jour.
Sur X, le 24 décembre, la police israélienne a démenti avoir « perturbé des célébrations de Noël à Haifa ». « C’est tout le contraire : tout en assurant la sécurité de l’événement, des agents ont stoppé trois individus qui semaient le désordre, permettant aux festivités de se poursuivre sans accroc », avance l’institution.
Une communauté discriminée
Si le sujet est sensible, c’est parce que la communauté chrétienne palestinienne fait régulièrement l’objet de discriminations religieuses, notamment lors des fêtes de fin d’année. En 2018, Jérusalem avait restreint l’entrée dans la ville aux Palestiniens déguisés en père Noël, selon l’agence turque Anadolu. L’année suivante, Israël avait menacé d’interdire l’accès à Bethléem, le berceau du Christ, aux chrétiens de Gaza.
Les communautés de chrétiens installées en Cisjordanie sont aussi la cible d’attaques menées par des colons et l’armée israélienne, en hausse sur l’année 2025, selon un recensement du site de fact-checking Misbar. A Gaza, les vies et les infrastructures chrétiennes n’ont pas été épargnées par les bombardements israéliens depuis le 7 octobre 2023 : à plusieurs reprises pendant le conflit, Tsahal a visé des églises, tuant les personnes qui s’y étaient réfugiées, rapporte Al Jazeera.
En résumé, si le père Noël n’est pas interdit en Israël, l’arrestation musclée d’un chrétien palestinien lors de festivités religieuses, à Haïfa, ravive le spectre des discriminations subies par cette communauté dans la région.
