Non, l’AFP n’est pas financée par des agences fédérales américaines
Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste
Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article :
L’auteur est pigiste pour l’Agence France Presse.
Secrétariat de rédaction : Fanny Velay, journaliste stagiaire
Source : Compte Facebook, le 10 février 2025
Contrairement à ce que suggèrent de nombreux posts sur les réseaux sociaux, l’Agence France-Presse n’est pas financée par des agences américaines. Certaines d’entre elles paient en revanche leurs abonnements aux fils de l’AFP, comme n’importe quel autre client.
Les conséquences de l’élection de Donald Trump continuent de semer la confusion dans le monde médiatique. Selon des internautes, l’Agence France-Presse (AFP) bénéficierait de financements de la part d’agences fédérales américaines. Autrement dit, les médias français, par l’intermédiaire de l’AFP, seraient à la botte du pouvoir américain. Mais dans les faits, qu’en est-il ?
D’après le site USAspending.gov, « la source officielle de données sur les dépenses du gouvernement américain » dont la mission est de « montrer au public américain ce que le gouvernement fédéral dépense chaque année et comment il dépense cet argent », l’Agence France-Presse apparaît bien dans la liste des bénéficiaires de fonds publics états-uniens.
Pas des financements, mais des abonnements
On peut y observer que celle-ci a perçu de l’argent d’agences américaines, au moins depuis 2007, pour un montant cumulé de 10 millions de dollars. La preuve, diront certains, de la mainmise américaine sur la plateforme d’informations, sauf qu’il faut bien comprendre à quoi ont servi ce montant.
Aussi, quand on scrute dans le détail, la principale source — si ce n’est presque l’unique — des paiements américains vers l’AFP est l’U.S Agency for Global Media (USAGM). Sa principale mission, si l’on se réfère aux précisions disponibles sur son site Internet est « d’informer, d’engager et de relier les gens du monde entier en faveur de la liberté et de la démocratie ».
C’est notamment l’USAGM qui finance Radio Free Europe, Radio Free Asia, ou encore Radio et TV Martí à Cuba, médias du softpower américain dans leurs territoires respectifs. Le budget de l’agence américaine était de 892 millions de dollars en 2024, selon son dernier rapport annuel.
Contactée par Les Surligneurs, l’USAGM n’a pas encore répondu à nos questions. Mais grâce aux données disponibles sur USAspending.gov, on observe que celle-ci a versé, depuis 2017, 9,14 millions de dollars à l’AFP. Soit plus de 90% du montant total provenant d’agences fédérales américaines.
« Il s’agit de clients comme tant d’autres »
Toutefois, rappelle la direction de l’AFP aux Surligneurs, « ce ne sont pas des financements, mais des abonnements à tout ou partie des fils texte, photo et vidéo de l’agence. Des administrations de plusieurs pays sont abonnées à l’AFP, pour leur veille informationnelle. Il s’agit de clients comme tant d’autres. » Des clients qui paient pour un service, en résumé.
Et comme pour l’AFP, l’USAGM a également effectué des versements, vers les deux autres grandes agences de presse internationales que sont Reuters (britannique) et The Associated Press (américaine).
Certaines agences en particulier sont visées comme l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), décriée par certains internautes comme par la nouvelle administration Trump. Pourtant elle a versé à l’AFP « seulement » 280 000 dollars. Soit moins que le département de défense américain (DOD) : 352 000 dollars.
« L’USAID est cliente du fil photo de l’AFP depuis 2009. C’est un contrat commercial normal », précise la direction de l’AFP aux Surligneurs. Sur son site Internet, l’agence de presse révèle par ailleurs que sur le continent américain, elle « compte, entre autres, parmi ses clients Caracol TV, Infobae, El Comercio, The New York Times et Radio Canada ».
Cette confusion entre financements et abonnements n’est pas sans rappeler la polémique concernant le site Politico qui aurait été subventionné — disait la rumeur — à hauteur de huit millions de dollars par l’Usaid. Une fausse information maintes fois débusquée par les médias outre-Atlantique dont Lead Stories, Snopes, ou encore le New York Times.
« Il ne s’agit pas d’un financement. Il s’agit d’une transaction, tout comme le gouvernement achète de la recherche, des équipements, des logiciels et des rapports industriels. Certains internautes répandent délibérément des mensonges. Soyons clairs : Politico ne dépend pas financièrement du gouvernement », précisait à ce sujet la direction du média dans une lettre adressée à ses lecteurs.
L’État français, premier financeur
En tout cas, pour l’AFP, ces sommes doivent être comparées, pour saisir leur réelle valeur, au budget annuel de l’entreprise médiatique. Il était en 2024, d’après les chiffres communiqués par l’agence aux Surligneurs, de 330 millions d’euros. Sur ce montant, 119 millions d’euros proviennent, selon la loi, de « la compensation financière par l’État des coûts nets générés par l’accomplissement de ses missions d’intérêt général ». Le reste relève des recettes commerciales (221 millions d’euros) sur lesquelles « l’AFP ne communique pas », nous indique la direction.
Autrement dit, l’État français a versé dix fois plus d’argent en un an à l’AFP que l’USAGM, en qualité de client, en huit ans. L’influence américaine semble davantage relever du mythe que de la réalité.