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Capture d'écran Instagram.

Non, des millions de moustiques ne sont pas largués par hélicoptère au-dessus de plusieurs régions françaises

Création : 4 août 2026

Auteur : Etienne Merle, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Compte Instagram, le 03 août 2026

Des internautes affirment, vidéo à l’appui, que des millions de moustiques auraient été relâchés dans la nature, provoquant une invasion « des zones habitées » et des « piqûres en masse ». Tout est faux.

La onzième plaie d’Égypte ? Depuis le début du mois d’août 2026, une vidéo montrant un hélicoptère dispersant une substance dans les airs circule massivement sur les réseaux sociaux. Selon les textes qui l’accompagnent, l’appareil relâche « des millions de moustiques […] au-dessus de plusieurs régions ».

La voix off affirme que ces lâchers auraient pour objectif de « réguler la biodiversité » et de « lutter contre certaines espèces invasives ». Mais l’opération aurait, toujours selon la vidéo, échappé à tout contrôle.

« Ces moustiques relâchés par millions commencent déjà à envahir les zones habitées », peut-on entendre. Ils provoqueraient des « piqûres en masse », au point que certaines personnes ne pourraient plus « ouvrir leurs fenêtres ».

Et d’en conclure, avec une syntaxe approximative : « La justification parle de programme écologique, en réalité, beaucoup y voient une expérience mal contrôlée qui se retourne contre la population […] des riverains demandent des explications claires ».

Cela tombe bien, c’est précisément le rôle des Surligneurs. Alors, expliquons et soyons clairs.

Aucune source

Tout d’abord, aucun des éléments avancés dans la vidéo n’est accompagné d’une source. Le lieu de la scène n’est pas précisé, pas plus que la date ou l’identité de l’organisme qui serait responsable de cette prétendue opération. Les extraits diffusés sont, par ailleurs, de simples images d’illustration qui ne permettent pas, non plus, d’étayer les affirmations avancées.

Aucun média français ne semble par ailleurs avoir fait état d’une invasion de moustiques liée à des lâchers cet été. La presse régionale, généralement en première ligne pour couvrir ce type d’événement, ne rapporte aucun événement comparable.

D’où viennent alors cette vidéo et les informations qui l’accompagnent ? Malgré nos recherches, Les Surligneurs n’ont pas pu déterminer avec certitude le lieu ni la date de la scène filmée. Une chose est néanmoins certaine, la séquence a suscité de nombreuses hypothèses sur le forum Reddit… il y a deux ans. La vidéo ne date certainement pas de cet été.

Malgré le flou qui entoure l’origine de la vidéo, il est clair que la prétendue invasion est fausse.

Des moustiques mâles stériles qui ne piquent pas

Il existe bel et bien des essais de lâchers de moustiques, dont certains sont ponctuellement organisés en France, notamment à La Réunion. Ces opérations visent, justement, à réduire la population de moustiques et non pas à l’augmenter, avec pour ligne de mire : prévenir les maladies.

Comment ça marche ? La technique de lâchers de moustiques stériles consiste à élever en laboratoire un grand nombre de moustiques mâles, puis à les rendre stériles par irradiation avant de les relâcher dans la zone ciblée.

« C’est une technique de contrôle des naissances qui, si elle est appliquée suffisamment longtemps, réduit la population cible de moustiques », résume sur son site le Cirad, l’organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales qui a mené cette expérimentation aux côtés de l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

Les mâles stérilisés s’accouplent avec les femelles sauvages, mais ces accouplements ne produisent pas, ou très peu, de descendants viables. Répétés régulièrement et en nombre suffisant, les lâchers sont censés entraîner une diminution progressive de la population de l’espèce visée.

Contrairement aux femelles, les mâles ne piquent pas les humains. Dans l’expérimentation réalisée à La Réunion, les mâles stériles transportent également une petite quantité de pyriproxyfène, un régulateur de croissance qui empêche les larves d’atteindre le stade adulte.

Autrement dit, les éléments présentés par les internautes sont faux. Les opérations françaises documentées visent à relâcher uniquement des mâles, qui ne piquent pas : elles ne peuvent donc pas, par leur principe même, expliquer des « piqûres en masse ».

Des études prometteuses

Des essais de lâchers de moustiques mâles stériles ont été conduits dès les années 1960 en Floride (États-Unis). La technique a ensuite fait l’objet d’essais dans plusieurs pays, notamment en Italie, tandis que des projets pilotes ont également été développés au Mexique.

En France, des lâchers expérimentaux par drones ont été réalisés en 2021 à La Réunion. Les résultats publiés sont « encourageants » : lors de l’essai mené à Saint-Joseph, les chercheurs ont observé une réduction d’envrion 88 % de la population locale d’Aedes aegypti [espèce de moustique vecteur de la dengue, ndlr], indique l’IRD sur son site internet.« Aujourd’hui, la science n’a pas encore établi avec certitude de lien entre les lâchers de moustiques stériles et la diminution de la propagation de certaines maladies. Les essais réalisés, notamment à La Réunion, doivent justement permettre d’évaluer l’efficacité de ces dispositifs », détaille aux Surligneurs, Frédéric Simard, entomologue à l’IRD.

D’autres municipalités en métropole utilisent cette technique mais pour des raisons différentes : lutter contre la prolifération des moustiques et leurs nuisances. C’est le cas à Toulouse, à Brive-la-Gaillarde, ou encore à Montpellier, avec des résultats salués par les autorités et les habitants, à en croire les articles de presse sur le sujet.

Enfin, les recherches des Surligneurs n’ont permis d’identifier aucun lâcher de moustiques par hélicoptère en France. Et pour cause : « Dans cette vidéo, ce seraient des milliards de moustiques qui seraient relâchés en une seule fois. Or, nous ne sommes pas encore capables de relâcher un tel volume de moustiques. Cette technologie n’existe tout simplement pas, même si de nouvelles méthodes de transport sont en cours de développement », poursuit Frédéric Simard.

« Lorsque des moustiques sont relâchés par drones à quelques mètres seulement au-dessus du sol, les prédateurs, notamment les oiseaux, se ruent sur leurs proies. Très peu de ces moustiques arrivent vivants au sol. Dans la vidéo, l’hélicoptère vole à une altitude très élevée, ce qui ne saurait être une stratégie de lâcher efficace de toute façon. »

Les opérations documentées en France sont réalisées depuis le sol ou à l’aide de drones, notamment à La Réunion. Pour autant, l’utilisation d’un hélicoptère est possible : à Hawaï, aux États-Unis, des moustiques mâles porteurs de la bactérie Wolbachia sont relâchés par hélicoptère au-dessus de forêts montagneuses et difficiles d’accès, afin de réduire les populations de moustiques qui transmettent le parasite responsable du paludisme aviaire. Mais cette opération ne correspond pas aux programmes réalisés en France.