Non, Bernard-Henri Lévy et Nicolas Sarkozy ne sont pas visés par un mandat d’arrêt international
Dernière modification : 17 décembre 2025
Auteur : Guillaume Baticle, journaliste, doctorant en droit public à l’Université de Poitiers
Relecteur : Etienne Merle, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
Source : Compte Facebook, le 5 décembre 2025,
Une vidéo virale prétend que la CPI a émis un mandat d’arrêt contre Nicolas Sarkozy et Bernard-Henri Lévy pour des crimes en Libye, en 2011. Après vérification, aucun mandat ni communiqué ne confirme ces allégations.
Tout juste sorti de prison, Nicolas Sarkozy risque-t-il d’y retourner ? C’est en tout cas ce que laisse entendre une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux. Selon ses auteurs, l’ancien président de la République ferait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), aux côtés de l’écrivain et essayiste Bernard-Henri Lévy.
En cause : de prétendus crimes commis en Libye, allant jusqu’à « l’assassinat de hauts responsables du régime Kadhafi et de plus de 2 000 Libyens ». Mais, après vérification, ces affirmations ne reposent sur aucun élément sérieux.
Aucun mandat n’a été émis
La vidéo évoque l’existence d’un « communiqué d’urgence » par lequel la CPI aurait demandé aux autorités françaises — et personnellement à Emmanuel Macron — de procéder à l’arrestation des deux hommes.
La Cour pénale internationale rend publiques de nombreuses décisions et mandats d’arrêt. À ce jour, ni Nicolas Sarkozy ni Bernard-Henri Lévy ne figurent parmi les personnes visées par des mandats rendus publics.
Il est vrai que la Cour peut également délivrer des mandats sous scellés, qui ne sont pas immédiatement rendus publics. Toutefois, en l’absence de toute source judiciaire, décision officielle ou communication émanant de la CPI, rien ne permet d’établir l’existence d’un tel mandat concernant les deux hommes.
Par ailleurs, Les Surligneurs n’ont trouvé aucune trace d’un communiqué concernant les deux Français sur le site officiel de la juridiction. Contacté, le bureau du procureur de la CPI confirme « qu’aucun examen préliminaire ni aucune enquête » ne visent actuellement les deux hommes.
Du côté des institutions françaises, le gouvernement n’a jamais communiqué sur une injonction reçue de la CPI, contrairement à ce qu’affirme la vidéo. Si Nicolas Sarkozy occupe effectivement l’actualité ces dernières semaines, c’est en raison de la sortie d’un livre qu’il a rédigé pendant sa détention, consécutive à sa condamnation dans l’affaire libyenne (lire notre dossier).
Un signalement aurait été déposé en 2017
En 2017, le Front international des sociétés civiles panafricaines (Fispa) annonce avoir adressé un signalement — une « communication » au sens du Statut de Rome — au Bureau du procureur de la CPI.
Mais, là encore, aucune trace de ce signalement n’apparaît dans les archives ou les communications officielles de la Cour. Contactés à l’époque par Libération, les juges de La Haye avaient indiqué « ne pas pouvoir confirmer avoir reçu de communication à ce sujet ». Une réponse renouvelée auprès des Surligneurs.
En l’absence de documents judiciaires accessibles, de décisions rendues publiques ou d’éléments matériels vérifiables, ces allégations relèvent à ce stade de la rumeur.
[Mise à jour : ajoute des mentions suivantes le 15 décembre 2025 : « Il est vrai que la Cour peut également délivrer des mandats sous scellés, qui ne sont pas immédiatement rendus publics. Toutefois, en l’absence de toute source judiciaire, décision officielle ou communication émanant de la CPI, rien ne permet d’établir l’existence d’un tel mandat concernant les deux hommes. » ; En 2017, le Front international des sociétés civiles panafricaines (Fispa) annonce avoir adressé un signalement — une « communication » au sens du Statut de Rome — au Bureau du procureur de la CPI.
Suppression de la mention suivante : « Par ailleurs, en droit international pénal, le simple soutien politique ou intellectuel à une intervention militaire ne constitue pas un crime. La responsabilité pénale suppose une participation directe ou une complicité matérielle aux crimes allégués. Il semble hautement improbable que Bernard-Henri Lévy puisse être poursuivi. »]
[Mise à jour le 16 décembre 2025 : ajout des réponses de la CPI]
