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Photo : capture d'écran Facebook

Malgré des accusations d’agressions sexuelles, aucun « festival du viol » n’a été organisé au Nigéria

Création : 31 mars 2026

Autrice : Maïwenn Furic, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte TikTok, le 20 mars 2026

Selon plusieurs publications sur les réseaux sociaux, un « Festival du viol » – événement durant lequel ce crime serait promu – aurait été organisé au Nigéria. Si des témoignages de violences sexuelles y ont été recensés et dénoncés par des associations, le festival n’en fait pas l’apologie, comme le disent les internautes.

« C’est le festival du viol dans la communauté d’Ozoro, au Nigéria », peut-on lire sur différentes publications sur les réseaux sociaux. Avec ces posts, vus plusieurs milliers de fois sur Facebook, des captures d’écrans de vidéos sur lesquelles des femmes semblent être agressées par des groupes d’hommes, en pleine rue. « Pendant ce festival, des hommes parcourent les rues à la recherche de jeunes filles. Dès qu’ils en aperçoivent une, ils l’attrapent et la violent », est-il précisé sur ces publications. D’autres partagent des vidéos sur lesquelles on voit justement ces scènes capturées au smartphone : des groupes de jeunes hommes poursuivre et déshabiller violemment des femmes isolées dans des espaces publics.

Une autre vidéo sur Tiktok affirme : « Un festival qui autorise les hommes à violer toutes les femmes qui sont présentes dans la rue pendant 7 jours. » L’internaute assure même que cette pratique se ferait « sous couvert de la tradition ». Les commentaires racistes et ceux faisant l’apologie du viol sont nombreux sous ces publications. Mais, en réalité, ces publications sont mensongères.

Des agressions filmées Disons-le tout de suite, il n’existe pas de « festival du viol » au Nigéria. Ces images partagées ont effectivement été capturées à Ozoro, dans le sud du pays, mais lors du festival Alue-Do. Il s’agissait d’un événement annuel local et ancestral dédié à la fertilité, lors duquel les prêtres bénissent les femmes mariées, entre autres, et qui était organisé le 19 mars dernier. L’événement n’est, en aucun cas, présenté comme faisant l’apologie des agressions sexuelles.

En revanche, les vidéos partagées sur les réseaux sociaux ont bien été tournées à ce moment-là. Elles témoignent de l’agression de plusieurs femmes. Plusieurs associations du pays ont condamné ces violences. « Quelle que soit la manière dont ces actes sont décrits, il n’en demeure pas moins que des femmes et des filles ont été victimes de violences en public, et cela exige que les responsables rendent des comptes », a écrit Action Aid Nigeria, une ONG qui lutte contre la pauvreté et les inégalités.

De son côté, l’Association nationale des étudiants nigérians, par la voix de son coordinateur local, a affirmé que « les auteurs de ces actes doivent être identifiés, appréhendés et traduits en justice sans délai ». Brut Afrique assure également que la première dame du Nigeria a dénoncé ces violences.

« Certains jeunes ont mal interprété et mal appliqué cette pratique culturelle »

Alors que les vidéos des agressions ont circulé massivement en dehors des frontières du pays, les représentants institutionnels se sont rapidement exprimés arguant que les violences étaient le fait d’individus « ayant profité de l’occasion pour agir de manière irresponsable ».

« Dans le cadre de cette tradition ancestrale, certains rites symboliques sont observés, notamment celui de jeter du sable sur les personnes mariées n’ayant pas encore d’enfants, une expression culturelle censée favoriser la fertilité », a affirmé le Berkley Asiafa, le président-général du royaume d’Osoro dans un communiqué. Ce qui explique que les femmes qui ne sont pas mariées ne sont pas conviées à ces cérémonies.  « Cependant, nous avons constaté que certains jeunes ont mal interprété et mal appliqué cette pratique culturelle de manière négative et inacceptable, ce qui a conduit au harcèlement de certaines jeunes femmes », poursuit-il.

D’après la BBC, « certains témoins, militants et habitants affirment que les femmes ont été averties qu’elles ne devaient pas sortir pendant certaines périodes du festival, et que celles aperçues à l’extérieur étaient délibérément visées ». L’AFP note également un témoignage similaire d’un internaute qui conclut néanmoins que « ces actes ne faisaient pas partie du festival », mais qu’il s’agirait de « voyous qui voulaient en profiter pour abuser de jeunes femmes ».

Des poursuites judiciaires, aucune plainte pour viol Dans un entretien à une chaîne de télévision nigériane, le 23 mars, le porte-parole de la police de l’État a indiqué qu’ils n’auraient jusqu’à présent pas reçu de plaintes pour viols.

Une enquête a tout de même été ouverte pour agressions sexuelles, et plusieurs suspects ont pu être interpellés grâce aux vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. « Le chef de la communauté et principal organisateur de l’événement, un certain chef Omorede Sunday et quatre autres suspects du quartier Oramudu à Ozoro ont été arrêtés », a écrit l’officier de police chargé des relations publiques dans cet État. Depuis, d’autres suspects ont été arrêtés. Un appel à témoins a également été lancé.

L’association Action Aid Nigeria déplore : « Cet incident n’est pas isolé. » Selon elle, « il révèle des problèmes systémiques plus profonds liés aux violences sexistes, où des normes néfastes, le silence et une application laxiste de la loi créent un contexte propice à de telles violations. Lorsque les actes de harcèlement et d’agression sont normalisés ou minimisés, cela renforce une culture de l’impunité et met davantage en danger les femmes et les filles ».

Amnesty International Nigeria dénonçait également ce « fléau endémique » des viols qui sont « sous-déclarés en raison de la stigmatisation et de la culpabilisation des victimes ».