Les Surligneurs est un média indépendant qui lutte contre la désinformation politique

rubriques
La loi prévoit bien la possibilité de verbaliser l'usage du téléphone au volant grâce à des radars. Mais cette mesure ne pourra entrer en vigueur qu'après homologation des dispositifs. Photo : Reynaldo Amadeu Dal Lin Junior Juba / Pixabay

Les radars vont-ils vraiment verbaliser trois nouvelles infractions dès 2026 ?

Création : 31 décembre 2025

Auteur : Etienne Merle, journaliste

Relecteur et relectrice : Jean-Paul Markus, professeur de droit public à l’Université Paris-Saclay

Maylis Ygrand, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste

Source : Compte Facebook, le 21 décembre 2025

Des publications sur les réseaux sociaux assurent que des radars détecteront, dès 2026, l’usage du téléphone au volant, le non-port de la ceinture et le non-respect des distances de sécurité, avec des sanctions cumulables. À ce stade, cette annonce est fausse, même si le cadre juridique permet d’envisager ces contrôles à l’avenir.

Un nouveau tour de vis pour les automobilistes ? Selon des publications virales, à partir de 2026, des radars automatiques dopés à l’intelligence artificielle seraient capables de flasher trois nouvelles infractions : le non-respect des distances de sécurité, l’absence de ceinture et l’usage du téléphone au volant. Avec, à la clé, des amendes et des retraits de points cumulables. L’annonce a de quoi faire peur, mais elle est fausse… pour l’instant.

Malgré les démentis déjà publiés par plusieurs rédactions et les confirmations de la Sécurité routière, l’affirmation continue de circuler : l’occasion pour Les Surligneurs de vérifier ce que dit réellement le droit, et ce qui manque concrètement pour que ces PV deviennent possibles.

D’un conditionnel à l’affirmation

L’origine de l’emballement autour de cette rumeur est désormais bien identifiée.  Un reportage diffusé au journal de 20 heures de TF1, le 10 décembre 2025, évoque des technologies capables de repérer ceinture, téléphone et distances, et indique qu’elles « pourraient » être installées à partir de 2026 sur certains radars. Mais l’extrait publié sur le compte Tiktok de la chaîne est moins prudent : « Cette nouvelle technologie sera déployée dès 2026 », affirme le reportage.

Résultat, sur les réseaux sociaux, l’arrivée de ces nouveaux radars est présentée comme une décision actée, avec une entrée en vigueur certaine.

C’est précisément ce point que la Délégation à la Sécurité routière a démenti auprès de plusieurs médias (AFP, Le Figaro, franceinfo), en qualifiant la rumeur de « pure désinformation » et en indiquant qu’« aucune homologation n’a été lancée » à ce jour pour permettre de verbaliser ces infractions via radars. Ce terme d’«homologation » n’est pas un détail technique : c’est un verrou juridique qui empêche, à ce stade, toute utilisation de ces radars dits « intelligents », même si la technologie existe déjà.

Pas d’homologation, pas de PV

C’est l’objet de l’article L. 130-9 du code de la route, qui prévoit que les constatations effectuées par des appareils de contrôle automatique ayant fait l’objet d’une homologation « font foi jusqu’à preuve du contraire ». Autrement dit, la chaîne automatisée (captation, traitement, avis de contravention) est juridiquement sécurisée à condition que l’appareil soit homologué pour l’usage considéré.

C’est ici que la rumeur se heurte à l’état réel du dispositif : selon les démentis de la Délégation de la Sécurité routière, relayés par l’AFP, franceinfo et Le Figaro, ces radars ne sont pas homologués pour verbaliser dès 2026 l’absence de ceinture, le téléphone tenu en main et le non-respect des distances de sécurité. Sans homologation, la verbalisation automatique n’est tout simplement pas légale.

« Prévoir » ne signifie pas « déployer »

Pour autant, l’article R. 130-11 du code de la route dresse la liste des infractions pouvant être constatées « par ou à partir » d’appareils de contrôle automatiques homologués. Cette liste inclut notamment des infractions relatives au non-port de la ceinture, à l’usage du téléphone tenu en main et au non-respect des distances de sécurité. De quoi entretenir la confusion.

Sur le papier, ces infractions entrent donc bien dans le champ de celles susceptibles d’être constatées automatiquement. Mais cela ne vaut pas entrée en vigueur immédiate : sans appareils homologués pour ces usages, l’outil ne peut pas verbaliser. Autrement dit, le cadre juridique est  « prêt » mais sa mise en œuvre n’est pas encore effective.

Une hypothèse budgétaire ancienne

Le second carburant de cette rumeur « aux amendes » est un document budgétaire. Une annexe au projet de loi de finances pour 2025 (publiée fin 2024) évoquait la possibilité, « selon les capacités technologiques et l’homologation nécessaire » (page 29), de déployer à terme sur des radars de nouvelles fonctionnalités (distances, ceinture, téléphone tenu en main). Cette mention a été lue comme une annonce de déploiement.

Or, comme l’a déjà montré franceinfo, cette ligne a disparu de l’annexe équivalente du projet de loi de finances pour 2026. À ce stade, la rumeur agrège donc des éléments réels (des technologies existent, le droit prévoit la possibilité) pour en tirer une conclusion erronée : une entrée en vigueur certaine en 2026.

Si certains automobilistes seront sans doute soulagés d’apprendre que ces radars ne sont pas encore opérationnels, cela ne change rien à l’essentiel : le respect du code de la route reste un enjeu de sécurité publique. Près de 2 000 personnes avaient déjà perdu la vie sur les routes françaises au cours des sept premiers mois de l’année 2025.

 

Nous avons besoin de vous !  Participez à notre campagne de financement et soutenez le seul média de lutte contre la désinformation politique