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Photo : CC BY-ND 2.0 Mac Qin

Avait-on réellement prédit que les Maldives seraient submergées par les eaux en 2026 ?

Création : 24 août 2026

Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste 

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte X, le 17 août 2026

Rapports, reportages ou encore déclarations d’officiels locaux, les preuves de l’impact du réchauffement climatique aux îles Maldives sont nombreuses et variées, contrairement à ce que suggèrent certaines publications sur les réseaux sociaux.

Des eaux turquoise et du sable fin à n’en plus finir, les îles Maldives sont pour beaucoup l’égal d’un paradis sur terre. Un paradis néanmoins menacé par le réchauffement climatique et l’un de ses corollaires : l’élévation du niveau de la mer, alertent experts et médias

Faux, affirment de leur côté, des internautes qui écrivent que les îles Maldives « ne craignent pas la montée des eaux ». En témoignerait l’inauguration d’un nouveau terminal dans leur principal aéroport, « d’une surface de 84 000 m², avec une capacité de 7 millions de passagers par an », peut-on lire sur certaines publications. 

Pour leurs auteurs, « les océans ne débordent que dans les cerveaux malades », soit ceux, affirment-ils, de « tous les marchands de l’apocalypse ». Comprenez : les écologistes, scientifiques, médias et politiques qui s’inquiètent du sujet. 

Pourtant, l’instauration de cet aéroport – véridique – ne remet pas en cause ni le réchauffement climatique ni la montée des eaux et ses conséquences pour l’archipel.

Un pays particulièrement sensible au réchauffement climatique

Avec plus de 80 % de ses 1 190 îles coralliennes sont situées à moins d’un mètre au-dessus du niveau de la mer, les Maldives sont le pays le plus bas du monde… et donc l’un des plus concernés par la hausse des mers liée au réchauffement climatique.

Depuis 1900, le niveau moyen des océans a augmenté de 20 centimètres et il pourrait augmenter de 0,5 mètre à un mètre d’ici 2100, d’après les travaux du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Une grande partie de ces îles pourraient donc se retrouver immergées au cours du XXIe siècle. Cette situation des Maldives est connue depuis plusieurs années, mais pourquoi donc la thèse selon laquelle elles auraient déjà dû être sous les eaux est soutenue ? 

Plusieurs internautes relaient une dépêche de l’Agence France Presse d’il y a 38 ans. En 1988, l’AFP publiait une dépêche alarmante sur le sujet. Intitulée « Les Maldives pourraient disparaître prochainement de la surface du globe, selon des experts », on peut y lire notamment une déclaration du directeur chargé de l’environnement de l’archipel de l’époque : « Le risque d’être immergé dans les trente prochaines années existe réellement, bien que certaines personnes en parlent à la légère ».

La publication d’une dépêche annonçant un risque, finalement non advenu trente ans plus tard, suffit-elle à prouver que les îles Maldives « ne craignent pas la montée des eaux » et que le sujet ne préoccupe que des « cerveaux malades », comme le disent les internautes ? 

Non, et pour plusieurs raisons. Premièrement, concernant la dépêche elle-même, remarquons que le recours au conditionnel est la norme. Ainsi, l’AFP n’a pas écrit que les îles Maldives allaient disparaître, mais qu’elles « pourraient être rayées de la carte ». Il ne s’agit ainsi que d’une hypothèse. 

Aussi, cette dépêche ne repose que sur trois déclarations d’élus locaux de l’époque. Leur parole, avant tout politique, ne constitue pas un consensus scientifique. Dans un article de débunk publié en 2024 sur le sujet, l’Agence France Presse, explique elle-même que sa dépêche « ne précis[ait] pas que la déclaration du gouvernement maldivien était basée sur des projections climatiques. » C’est-à-dire que l’hypothèse d’une disparition des Maldives sous la mer d’ici les années 2020 reposait sur des estimations hautes de 20 à 30 centimètres d’élévation dans les trente années à partir de la déclaration.

S’il y a bien eu une augmentation du niveau de la mer, elle n’a pas été de cet ordre, comme le présente le Smithsonian Ocean Institute. « Les études montrent qu’entre 1900 et 1990, le niveau de la mer a augmenté en moyenne de 1,2 à 1,7 millimètre par an. En 2000, ce rythme avait atteint environ 3,2 millimètres par an, et pour 2016, il est estimé à 3,4 millimètres par an. On s’attend à ce que le niveau de la mer s’élève encore plus rapidement d’ici la fin du siècle. »

Un impact documenté

Les preuves récentes de l’impact réel du réchauffement climatique sur les Maldives sont nombreuses. Les publications d’organisations ou d’institutions internationales sont légion sur le sujet : Human Rights Watch, Banque Mondiale, Forum économique mondial.  De même que les rapports scientifiques : Earth’s Future, Nature, Springer Nature

Des reportages ont également permis de mettre en images le phénomène : France 24, 60 Minutes Australia, Sky News. Dans ce dernier, réalisé en 2022, le ministre chargé de l’environnement, Abdulla Nasser, déclarait : « Nous perdons des terres, nous perdons des infrastructures et les gens perdent également leurs moyens de subsistance. »

Dans un rapport de 2019 consacré précisément à la problématique de la hausse du niveau de la mer et de ses implications pour les territoires côtiers et les îles, le  Giec précisait notamment (p. 73) que « les Maldives ont récemment agrandi la superficie de leur région capitale en construisant une nouvelle île appelée Hulhumalé, surélevée de 60 cm par rapport à l’altitude normale de l’île (1,5 m), afin de tenir compte de l’élévation future du niveau de la mer. »

Ainsi, les Maldives ont agrandi leur territoire de façon artificielle – notamment en pompant du sable du fond marin sur une plateforme corallienne submergée – comme avec le fameux aéroport.

Nos demandes de précisions concernant les motivations qui ont poussé à la construction d’un nouveau terminal à l’aéroport international, sont restées sans réponse de la part des dirigeants de l’infrastructure et la présidence du pays. 

Toutefois, la volonté de soutenir le secteur touristique local ne fait guère de doute. Le nouveau terminal – inauguré au mois de juillet 2025 –  devrait permettre d’accueillir 7,5 millions de passagers par an contre 1,5 million auparavant, est-il précisé sur le site internet de l’aéroport (onglet Our Future), confirmant ainsi les données avancées par les publications. 

« L’achèvement du nouveau terminal de l’aéroport international de Velana offre la possibilité d’accélérer encore la croissance du tourisme », suggérait récemment la Banque mondiale. « Le tourisme, qui représente environ 21 % du PIB, continue de dynamiser l’activité économique », précisait également l’institution internationale. 

La construction du nouveau terminal était également présentée récemment comme un atout pour le développement du tourisme par la présidence des Maldives

Enfin, notons que, pour les autorités locales, l’essor de l’industrie touristique et aéroportuaire de l’État insulaire ne semble pas s’opposer à la conscientisation de l’enjeu climatique que représente l’élévation du niveau de la mer. 

Ainsi, en septembre 2025, Mohamed Muizz, le président de l’archipel, effectuait une visite sur le chantier d’un autre aéroport du pays qui permettra, est-il précisé dans un communiqué de presse, « de gagner plus de 40 hectares de terres, surélevées de 1,6 mètre au-dessus du niveau de la mer. »