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Photo : Matthieu Alexandre / AFP

Non, le secours catholique ne « favorise » pas les familles musulmanes

Création : 4 août 2026

Auteur : Clément François, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clément François, journaliste

Source : Compte Facebook, le 2 août 2026

À la suite de la diffusion d’un reportage présentant les actions « Vacances solidaires » du Secours Catholique, des internautes affirment que l’association favorise les familles musulmanes ou étrangères. En plus d’être racistes, ces allégations ne sont étayées par aucune preuve.

Chaque été, de nombreuses associations caritatives facilitent le départ en vacances de familles aux revenus modestes, par l’intermédiaire d’aides financières, de séjours organisés, ou d’un accompagnement personnalisé.

Ces initiatives ont pour objectif de lutter contre l’exclusion sociale et la souffrance psychologique que subissent ceux qui ne peuvent pas quitter leur foyer. L’Observatoire des inégalités rappelle qu’en 2025, deux millions d’enfants ne sont pas partis en vacances parce que leurs parents n’en avaient pas les moyens financiers. 

Dans un reportage publié dimanche sur les réseaux sociaux, la chaîne M6 a choisi de mettre en avant l’action du Secours Catholique, qui a permis d’envoyer en vacances le jeune Yaya et sa famille dans un camping de la région parisienne. On y voit le jeune garçon « enchainer les sauts dans la piscine », sous le regard de ses parents souriants. 

Mais un détail va faire bouillir les internautes : la famille de Yaya est musulmane. Un torrent de commentaires racistes pointe alors du doigt un « secours catholique qui profite aux musulmans » ou « aux étrangers » plutôt qu’aux « Français ». Certains assurent même que l’association discrimine les familles « européennes pauvres »

En réalité, rien ne permet d’affirmer que le Secours Catholique, ou d’autres associations, privilégie les familles musulmanes ou étrangères au détriment d’autres bénéficiaires.

Un fantasme raciste 

Face à ce torrent de commentaires racistes, dans les rangs du Secours Catholique, c’est d’abord la stupéfaction qui prime. « On est navrés de ces commentaires qui montrent surtout une méconnaissance du travail de notre association, se désole Damien Delpech, coordinateur des actions vacances de l’association. Même si l’association s’inscrit dans une histoire, elle ne compare ou n’oppose aucune religion. Nos statuts sont très clairs à ce sujet. » 

Dans ses statuts, l’association promet d’« apporter partout où le besoin s’en fera sentir, de façon inconditionnelle, tout secours et toute aide, directe ou indirecte, morale ou matérielle, quelles que soient les origines, les opinions philosophiques ou religieuses des personnes. »

Les associations sont d’ailleurs soumises à l’interdiction générale de discrimination inscrite à l’article 225-1 du Code pénal, qui délimite plus de 25 critères de discrimination, dont la religion et l’origine. 

Les seules exceptions dans le domaine associatif relèvent des structures dont le public est ciblé, comme par exemple les associations de protection des femmes victimes de violences, qui ont le droit de réserver leur accès seulement aux femmes. 

Ce n’est pas le cas du Secours Catholique, dont le cœur d’action est « la charité chrétienne », et plus précisément « lutter contre les causes de pauvreté, d’inégalité et d’exclusion », indique les statuts. L’association assume également être « prioritairement attentive aux plus pauvres et à la reconnaissance de leur dignité »

« On n’aide pas plus les catholiques, que les athées ou les musulmans, martèle Damien Delpech. Le prisme qui est le nôtre, c’est celui de la vulnérabilité, de la précarité. »

Autrement dit, les internautes s’appuient sur le cas d’une seule famille pour en déduire une généralité. Or, à  ce jour, il n’existe aucune preuve que le Secours Catholique a manqué à ses obligations de non-discrimination. 

Des vacances solidaires pour tous

Dans le cadre de cet accompagnement des publics précaires tout au long de l’année, le Secours Catholique anime un pôle « Vacances Solidaires » qui défend « un droit aux vacances pour tous« . 

Ces départs peuvent prendre plusieurs formes : l’accueil familial de vacances, qui permet à un enfant de séjourner seul au sein d’une famille bénévole ; les camps de vacances, comparables à des colonies ; ou encore les séjours en famille, dans un camping ou un gîte. C’est cette dernière formule qui est présentée dans le reportage.

Ce dispositif, qui concerne 3 000 personnes chaque année, « n’offre » pas clés en main des vacances, comme l’avancent plusieurs internautes. Les familles participent au financement du départ, aidées par l’association et d’autres partenaires historiques, comme les « Caisses d’Allocations Familiales, de l’Agence Nationale pour les Chèques Vacances (ANCV), de l’UCPA et de certains Conseils Régionaux et municipalités. »

Damien Delpech précise que ces propositions se font « dans une deuxième ou troisième intention », après « des mois d’accompagnement ». Ce dernier peut prendre différentes formes selon les besoins des familles : aide dans les démarches administratives, soutien moral, conseils ou aide alimentaire. Le départ en vacances est donc une étape supplémentaire d’assistance à des familles précaires. 

L’association assure que ce sont les bénévoles sur le terrain qui ont l’entière responsabilité de proposer aux familles ces accompagnements, avec pour seule limite leurs budgets locaux et la nécessité d’accompagner les familles dans l’organisation du départ, présenté avant tout comme un « projet« , où le choix du lieu et la forme des vacances sont d’autant de manières de suivre les familles au cours de l’année. 

Ici, c’est la délégation de Seine-et-Marne qui a permis à la famille de Yaya de partir une semaine dans le camping de La Peupleraie à Bray-sur-Seine, en Seine-et-Marne. L’initiative profite donc logiquement à des familles précaires de la région francilienne, la proximité du camping facilitant le transport. Le camping est un partenaire régulier de l’antenne locale du Secours Catholique, chaque délégation tissant ses propres partenariats dans l’ensemble du territoire. 

Pour les internautes adeptes du comptage, une autre vidéo, publiée par le Secours Catholique récemment, présente la même initiative dans un camping normand, où Mélissa, une autre bénéficiaire du Secours Catholique, et ses enfants profitent d’un séjour organisé par l’association. 

Et les associations musulmanes ? 

« On sait tous que JAMAIS une association de musulmans offrira des vacances à des blancs/chrétiens ! Ça va toujours dans un sens mais jamais dans l’autre ! » Agacés par le travail du Secours Catholique, des internautes assurent que si la situation était inversée, les associations musulmanes n’aideraient pas le reste de la population. 

Il existe pourtant un équivalent musulman du Secours Catholique, appelé le Secours Islamique, qui organise de nombreuses actions en France en faveur des personnes en situation de précarité. Il y a quelques jours encore, son antenne locale bordelaise a offert repas et soutien aux pompiers engagés dans la lutte contre les incendies en Gironde. Ils organisent aussi régulièrement des maraudes et des campagnes d’aide alimentaire ouvertes à tous. 

D’autres associations musulmanes comme Muslim Hands, Human Appeal ou Amatullah, organisent des actions ouvertes à toutes les personnes en situation précaire en France.