Le prétendu « super bombardier russe » est en réalité une image tirée d’un film états-unien
Auteur : Etienne Merle, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste
Source : Compte Facebook, le 11 janvier 2026
Des internautes partagent des photos de ce qu’ils croient être un nouvel avion militaire russe de pointe. Mais les images censées montrer ce « superbombardier » sont tirées du film états-unien Stealth (Furtif), réalisé par Rob Cohen, en 2005.
Rapide comme l’éclair, puissant comme… une fiction hollywoodienne. À en croire de nombreux internautes, la puissance militaire russe aurait franchi un nouveau cap.
« La Russie a laissé filtrer ce qui ressemble à une déclaration de puissance adressée à la planète entière : la présentation d’un bombardier stratégique de nouvelle génération, désigné SU-135, déjà présenté comme un appareil de sixième génération, à la frontière de la science-fiction et de la dissuasion absolue », écrit l’un d’eux, admiratif.
« Un appareil aux capacités impressionnantes », renchérit un autre, « je tiens à rappeler à nos alliés africains de l’OTAN que les États-Unis n’ont jamais surpassé la Russie en matière d’innovation technologique ».
Ces publications, largement relayées sur les réseaux sociaux, s’accompagnent de prétendues images du bombardier. Mais une simple vérification en ligne suffit à faire s’effondrer ces « révélations ».
Des photos issues d’un film de science-fiction
En utilisant l’outil de recherche d’image inversé, on trouve rapidement l’origine des images diffusées en ligne. Il ne s’agit pas d’un bombardier russe, mais d’une capture d’écran du film « Stealth » (« Furtif » en français), sorti dans les salles en 2005.
Une superproduction américaine, réalisée par Rob Cohen (Fast and Furious, XxX, Hurricane), qui raconte l’histoire de trois pilotes de chasse d’élite envoyés à bord d’un porte-avions pour tester un appareil ultramoderne : l’EDI, un drone de combat doté d’une intelligence artificielle, capable d’effectuer ses manœuvres de manière autonome grâce à un ordinateur quantique.
Autrement dit, le « superbombardier dangereux » fantasmé par certains internautes comme la nouvelle arme secrète russe n’existe que dans l’imaginaire d’un réalisateur états-unien. Reste alors une question : l’image est-elle simplement détournée, tandis que l’information sur un nouveau bombardier serait, elle, fondée ?
Les Surligneurs ont eu beau chercher, aucune source ouverte crédible ne mentionne l’existence d’un projet baptisé SU-135, ni la présentation récente d’un bombardier russe de « sixième génération ». Cela ne signifie pas pour autant que la Russie ne travaille sur aucun programme aéronautique avancé.
Certains projets bien réels sont documentés, comme le Tupolev PAK-DA, un futur bombardier en développement depuis plusieurs années. Selon la presse spécialisée, son premier vol a été plusieurs fois repoussé et aucune entrée en service opérationnelle n’est attendue à court terme.
Reste une ultime hypothèse : celle d’internautes dispersés aux quatre coins de la planète, disposant d’informations hautement confidentielles issues du renseignement militaire russe que ni les services occidentaux, ni les analystes militaires, ni les industriels de l’armement parviennent à documenter. Faute de source, l’hypothèse est pour le moins particulièrement improbable.
