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Photo : © European Union, 1998 – 2026

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a-t-il déclaré qu’insulter l’islam sera condamné à 5 ans de prison ?

Création : 25 mars 2026

Autrice : Maylis Ygrand, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Maylis Ygrand, journaliste

Source : Compte Facebook, le 17 mars 2026

Certains internautes affirment que le Premier ministre espagnol a déclaré que les personnes qui insulteront l’islam ou Mahomet risqueront cinq ans de prison. Il n’existe en réalité aucun élément permettant d’affirmer que Pedro Sánchez a réellement tenu ces propos.

Cinq ans de prison pour avoir insulté l’islam ? À en croire certains internautes, le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, aurait déclaré qu’ « il n’y a pas de place pour ceux qui violent les religions parmi nous », avant d’ajouter : « Le Saint Coran est respecté par nous et quiconque insulte le Prophète (paix et salut sur lui) ou la religion islamique risque une peine de cinq ans de prison ».

Si certains se réjouissent de cette supposée déclaration, d’autres s’inquiètent de l’entrée en vigueur d’une infraction de ce type et d’une « liberté d’expression [qui] diminue comme peau de chagrin ».

Pourtant, aucun élément ne permet d’affirmer que Pedro Sánchez a tenu de telles déclarations ou qu’une infraction de ce type serait entrée en vigueur en Espagne.

Aucune couverture médiatique

C’est ce qui a interpellé en premier Les Surligneurs : l’absence de couverture médiatique de cette prétendue déclaration. Hormis les publications relayées sur les réseaux sociaux, il ne semble exister aucune trace sur la toile des soi-disant propos du Premier ministre espagnol.

Il semblerait surprenant qu’une telle loi n’ait fait l’objet d’aucun article de presse. Surtout, au vu de certaines affaires qui avaient fait couler de l’encre dans la péninsule ibérique.

En effet, dernièrement, de nombreux articles avaient couvert le procès d’un homme qui avait agressé et insulté une femme musulmane ainsi que la communauté religieuse à laquelle elle appartient. Une autre affaire, qui concernait cette fois les propos d’un prêtre sur l’islam, avait également bénéficié d’une couverture médiatique particulièrement importante, aussi bien en Espagne (comme ici ou ) qu’en France par l’intermédiaire de certains médias d’extrême droite (comme ici ou ).

Aucune mention spécifique de l’islam

De plus, si de telles déclarations avaient été faites, elles « seraient complètement erronées », selon Marion Lacaze, maître de conférences en droit privé et sciences criminelles à l’université de Bordeaux. En effet, si « le droit pénal espagnol protège les sentiments religieux, plus ou moins directement », il ne le fait pas « à un tel niveau de répression, et certainement pas s’agissant d’une religion en particulier ».

D’après la maître de conférences, le délit qui pourrait le plus directement s’appliquer aux insultes à la religion évoquées par ces supposées déclarations est inscrit à l’article 525 du Code pénal espagnol. Ce dernier réprime « quiconque, dans le but d’offenser les sentiments des membres d’une confession religieuse, se moque publiquement, par la parole, par écrit ou par tout autre moyen, de leurs dogmes, croyances, rites ou cérémonies, ou humilie, également publiquement, ceux qui les professent ou les pratiquent ». Sauf que cette infraction n’est pas punie de cinq ans d’emprisonnement mais d’une peine de jour-amende de huit à douze mois. De plus, loin de promouvoir ce délit, le gouvernement espagnol de Pedro Sánchez souhaite depuis longtemps l’abrogation de cette infraction mais n’y est pour l’instant pas parvenu.

Pour protéger la foi de tout un chacun, d’autres incriminations existent également, comme les provocations à la haine, les incitations à la discrimination, etc. Mais si ces infractions existent, elles ne concernent pas spécifiquement l’islam ou Mahomet. Et, contrairement à la supposée déclaration du Premier ministre espagnol, aucun de ces délits ne peut entraîner une peine de prison de cinq ans.

Enfin, la plupart des publications, qui relaient ces prétendus propos de Pedro Sánchez, partagent également une image du Premier ministre espagnol  avec un Coran à la main.

Cette image est un montage entre une photo de 2022 similaire en tout point : même décor, même verre d’eau posé sur sa droite, mêmes vêtements mais sans Coran.

Contacté par Les Surligneurs, le gouvernement espagnol n’avait pas encore répondu à notre sollicitation lors de la publication de cet article. Pour autant, il ne semble exister aucun élément permettant d’affirmer que Pedro Sánchez a tenu ce type de propos. Nos confrères de Snopes et de Business News, qui se sont également penchés sur cette infox, en sont arrivés à la même conclusion.