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Uğur Şahin, PDG de BioNTech. Capture d'écran YouTube.

Le PDG de BioNTech a-t-il l’interdiction de recevoir son propre vaccin contre le Covid-19 ?

Création : 7 septembre 2026

Autrice : Maïwenn Furic, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Source : Compte X, le 3 septembre 2026

Une ancienne interview d’Uğur Şahin, PDG de BioNTech, refait surface sur les réseaux sociaux. Il y affirme ne pas avoir le droit de se faire vacciner. De quoi prouver, selon certains internautes, les effets néfastes de la vaccination. Mais la séquence, tournée en décembre 2020, est sortie de son contexte : à l’époque, la vaccination était réservée en priorité aux personnes les plus vulnérables.

Les cordonniers sont-ils toujours les mieux chaussés ? Une interview d’Uğur Şahin, PDG de BioNTech, remise en circulation sur les réseaux sociaux, alimente aujourd’hui l’idée que le dirigeant n’aurait pas eu le droit de recevoir le vaccin contre le Covid-19 développé par son entreprise.

« Le PDG de BioNTech, l’une des grandes entreprises pharmaceutiques, affirme que la loi ne lui permet pas de se faire vacciner, car… il doit veiller au bon fonctionnement de son entreprise », peut-on lire dans des publications actuellement partagées sur X et Facebook. Et d’ajouter : « Mais on nous avait dit que le « vaccin » était « sûr et efficace ». C’est très révélateur non ? »

Dans la vidéo, Uğur Şahin est interrogé sur le fait qu’il n’a pas encore été vacciné contre le Covid-19. « . « Pour l’instant, je n’ai pas le droit de me faire vacciner. Nous étudions bien sûr les possibilités. Il est plus important pour nous que nos collègues et partenaires soient vaccinés », explique-t-il en anglais.

Six ans après le début de la pandémie, cette séquence suffit à raviver, dans les commentaires et les critiques visant les vaccins contre le Covid-19. Certains y voient la confirmation de leurs théories selon lesquelles ces injections auraient présenté un grave danger : « C’est un aveu, car se faisant vacciner avec un produit sûr qu’est-ce donc qui l’empêcherait de mener à bien son entreprise ? Si ce n’est… », écrit un internaute sans aller au bout de son raisonnement.

D’autres vont plus loin et qualifient la vaccination de « génocide médical mondial, survenu à la suite de cette scandaleuse pseudo pandémie ».

Une campagne de vaccination en priorité pour les personnes vulnérables

Si cette interview est bien réelle, elle a été tournée le 22 décembre 2020 par la chaîne allemande Deutsche Welle. Et cela change tout, car à cette date, le vaccin Pfizer-BioNTech venait tout juste d’obtenir, le 21 décembre 2020, une autorisation conditionnelle de mise sur le marché dans l’Union européenne.

Et Uğur Şahin ne pouvait effectivement pas, à cette date, se faire vacciner. La campagne allemande ne devait commencer que le 27 décembre et les premières doses devaient être administrées selon un ordre de priorité fixé par la réglementation.

La stratégie vaccinale allemande précisait que, compte tenu du nombre encore limité de doses disponibles, la vaccination devait commencer par les personnes présentant les risques les plus élevés de forme grave ou de décès, ainsi que par certaines personnes particulièrement exposées professionnellement.

Cette priorisation était donc inscrite dans la réglementation. Le gouvernement allemand indique que la campagne de vaccination a débuté le 27 décembre 2020, en commençant notamment par les personnes âgées de plus de quatre-vingts ans et les résidents des établissements accueillant des personnes âgées.

« Parce que vous savez qu’il y a une priorité. Le vaccin n’est pas autorisé à être pris hors de cette priorité », détaille, d’ailleurs, le chef d’entreprise dans son interview. « On n’a même pas été autorisé à participer à des tests cliniques. Car selon la loi, il n’est pas possible d’inclure les personnes de l’entreprise dans ces tests. »

Uğur Şahin explique également que BioNTech souhaite que ses salariés et ses partenaires puissent être vaccinés afin de limiter les interruptions de travail, alors que l’entreprise prévoit de produire plus de 1,3 milliard de doses en 2021.

Le PDG et son équipe vaccinés début 2021, selon l’entreprise

Ce n’est pas la première fois que cette séquence refait surface sur les réseaux sociaux. Dès septembre 2021, l’AFP avait démontré que des publications similaires prétendaient déjà que le patron de BioNTech refusait de recevoir le vaccin qu’il avait contribué à développer.

Le média expliquait d’ailleurs qu’en mars 2021, Uğur Şahin avait confirmé que tous les employés de BioNTech avaient reçu au moins une première dose de vaccin. « Nous sommes très heureux de pouvoir désormais aider les gens à retrouver leur liberté grâce à la vaccination », avait-il dit.

L’affirmation selon laquelle Uğur Şahin aurait refusé de se faire vacciner est d’autant plus trompeuse qu’il avait explicitement exprimé son souhait de recevoir le vaccin. Dans une autre interview réalisée le 21 décembre 2020 (depuis supprimée mais retrouvée par l’AFP), il assure qu’il « aimerait beaucoup » se « faire vacciner » tout en rappelant qu’il devait respecter les règles de priorité en vigueur.

Une porte-parole de BioNTech a par ailleurs affirmé auprès de l’AFP qu’Uğur Şahin et tous les membres de la direction de l’entreprise ont été vaccinés : la première dose mi-janvier et la deuxième le 11 février 2021.

Ensuite, en janvier 2025, c’est Reuters qui avait vérifié la même vidéo, dont le contexte avait encore une fois été tronqué. Un porte-parole de BioNTech avait alors réaffirmé dans un courriel du 3 janvier 2025 que le PDG avait bien reçu sa première dose du vaccin au début de 2021, en précisant : « Sa vaccination a été administrée avec le vaccin Pfizer/BioNTech. »

La vidéo refait aujourd’hui surface après avoir été partagée par un compte qui a fait des théories antivax son thème principal. Suivi par plus de 70 000 personnes, il partage régulièrement des vidéos et publications qui soutiennent ce discours, notamment venant de figures du mouvement antivax.