Le Japon vient-il de limiter la pratique de l’islam sur son territoire ?
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste
Source : Compte Facebook, le 17 février 2026
Une vidéo tournée dans l’enceinte du Parlement japonais sert de support pour diffuser une rumeur : le pays du Soleil levant aurait voté une loi pour entraver la pratique de l’islam. Il s’agit en réalité de l’annonce de la dissolution de la chambre basse, prononcée le 23 janvier 2026.
Au cœur d’un hémicycle, un orateur prononce quelques mots solennels, accueillis par des cris enthousiastes d’une partie de l’assistance. Le Parlement japonais viendrait-il de limiter la pratique de l’islam sur son territoire ?
C’est en tout cas ce qui est avancé par plusieurs internautes qui partagent la même vidéo. « Le Premier ministre du Japon annonce de nouvelles mesures anti-islam [dont] l’interdiction des grandes mosquées, de l’appel à la prière public et [des prières de] rues », affirme un utilisateur. Les autorités souhaiteraient « limiter l’expression religieuse publique pour des raisons de sécurité et d’ordre public ».
Mais rien de tout cela n’est vrai. La vidéo partagée date du 23 janvier 2026 et montre l’annonce de la dissolution de la chambre basse de la Diète, le Parlement japonais, comme il est possible de le vérifier sur son site officiel. L’homme qui prend la parole est Fukushiro Nukaga, l’ancien président de la chambre des représentants, au moment de prononcer la dissolution.
La décision de renvoyer les Japonais aux urnes avait été prise quelques jours plus tôt par la première ministre Sanae Takaichi. En bonne position dans les sondages, la représentante de l’aile droite du Parti libéral-démocrate (PLD, droite) souhaitait asseoir sa domination sur le Parlement en raflant une large majorité de sièges. Un pari réussi : sa formation a remporté 315 fauteuils sur 465 lors des élections législatives du 9 février 2025, le meilleur score de l’histoire du PLD.
Aucune loi anti-islam
Le Japon n’a par ailleurs pas récemment voté de loi anti-islam. Aucun compte-rendu de séance du Parlement ni article de presse ne s’en fait l’écho. Il s’agit d’une infox qui revient régulièrement et a déjà été débunkée, notamment par Reuters en 2023 et par AfricaCheck en 2019. En réalité, l’article 20 de la Constitution japonaise garantit la liberté de culte et interdit aux organisations religieuses d’exercer un pouvoir politique. Le Japon est donc un pays laïc, au même titre que la France.
D’après un rapport du département d’État états-unien portant sur l’année 2023, les communautés musulmanes implantées au Japon estiment que « la société est globalement tolérante envers leur foi ». Environ 230 000 croyants habiteraient le pays, dont 2000 à 3000 Ouïghours. Le gouvernement japonais a mené diverses actions pour promouvoir les droits de cette minorité musulmane persécutée par le pouvoir chinois, dont l’organisation, en 2023, d’un sommet international.
