La vaccination contre la dermatose nodulaire contagieuse rend-t-elle vraiment les vaches malades ?
Autrice: Maïwenn Furic, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte X, le 19 décembre 2025
Alors que les éleveurs de bovins doivent faire face à la dermatose nodulaire contagieuse qui touche les troupeaux, certains affirment, sur les réseaux sociaux, que vacciner les vaches entraînerait la maladie. Si des effets indésirables existent, ils restent réduits et ne sont pas la maladie en elle-même.
Pour faire face à la dermatose nodulaire contagieuse, qui touche actuellement les bovins en France, le gouvernement a ordonné la vaccination des cheptels des départements touchés. Mais certains estiment que le vaccin aurait une responsabilité dans la propagation de la maladie.
« Il faut arrêter toute vaccination sur les cheptels car cela va rendre malade les vaches… », peut-on lire sur X. Ce message est devenu viral sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. À l’origine de la publication initiale vue plus de 85 000 fois, Denis Agret, qui se présente sur son compte comme un « Médecin Praticien Hospitalier Santé publique Urgentiste ». Radié de l’Ordre des médecins, le 1er janvier 2025, pour ses positions sur le vaccin anti-Covid, il a été réintégré par une décision du Conseil d’État du 30 décembre 2025, pour vice de forme.
Dans une vidéo, il détaille son propos : « Dans les notices des vaccins, il y a écrit noir sur blanc que les vaches vaccinées vont faire des nodules, de la dermatose, vont avoir de la fièvre, vont avoir des avortements et perdre leurs bébés. Éventuellement, ces mêmes vaches vaccinées pourront excréter la maladie dans le lait et les sécrétions » Il ajoute même qu’il y aurait un risque de « tomber dans une épidémie vaccinale ».
Mais qu’en est-il vraiment ? Le gouvernement a-t-il vraiment lancé une campagne de vaccination exceptionnelle qui serait aussi dangereuse que ce qu’explique l’internaute ? En réalité, ces accusations sont mensongères. Explications.
Une vaccination efficace après trois semaines
La campagne de vaccination contre la dermatose nodulaire contagieuse a été progressive. Au 5 janvier 2026, 116 foyers avaient été recensés en France au total depuis le premier cas de DNC détecté le 29 juin 2025, et notamment dans le Sud-Ouest. Cette maladie virale peut conduire au décès de la vache. Si elle ne se transmet pas à l’homme, elle se transmet entre les bovins.
Le gouvernement a annoncé, mi-décembre, que l’objectif était de vacciner 750 000 bovins dans dix départements du sud-ouest du pays durant les prochaines semaines. Une procédure accélérée en raison de la vitesse de propagation de la maladie entre les animaux.
Selon les données du gouvernement, à la date du 11 janvier 2026, 88,5 % du cheptel des dix départements du Sud-Ouest concernés a été vacciné, soit 638 952 bovins. Mais malgré cela, plusieurs nouveaux cas ont été détectés dans l’Ariège depuis le début du mois de janvier. Pour ce qui est de celui constaté au 1er janvier, le troupeau était vacciné. De quoi redonner de la visibilité à ceux qui s’opposent à cette vaccination sur les réseaux sociaux et à cet argument selon lequel l’injection rendrait les vaches malades. Mais en réalité, ce nouveau cas ne prouve en rien leur théorie.
Comme expliqué depuis le début de la campagne de vaccination, le vaccin n’est efficace qu’au bout de 21 jours. La vache ne sera donc immunisée qu’une fois ce délai dépassé. Si le bovin est exposé et contaminé entre l’injection du vaccin et le moment où il devient efficace, rien ne pourra être fait. Et c’est ce qu’il s’est passé avec ce troupeau de l’est de l’Ariège, puisqu’il n’était vacciné que depuis une quinzaine de jours.
Un vaccin déjà utilisé en Suisse, en Sardaigne et dans les Balkans
Une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) a été délivrée le 28 juillet 2025 au vaccin Lumpyvax (laboratoire MSD). Il s’agit d’un processus d’autorisation accéléré pour répondre à un besoin urgent. « Une autorisation de mise sur le marché classique (AMM) demande plusieurs années d’étude, et dans une situation comme celle-ci, il n’y a pas le temps d’attendre », détaille Kristel Gache, vétérinaire et directrice de GDS France, le Groupement de défense sanitaire qui regroupe des éleveurs engagés dans la santé des animaux ainsi que la surveillance et la prévention. « C’est pourquoi la Commission européenne a réquisitionné son stock de vaccin disponible qui était stocké en Afrique du Sud, pour entamer la campagne vaccinale. »
Cette autorisation temporaire ne signifie pas qu’il s’agit d’un vaccin inconnu que la France pourrait être en train d’expérimenter, contrairement à des accusations qui circulent sur les réseaux sociaux. « Le vaccin contre la DNC est un vaccin dit ‘vivant atténué’, reconnu pour sa qualité, son innocuité et son efficacité », rapporte le ministère de l’Agriculture. « Ce type de vaccin représente un avantage puisqu’il est très immunogène et donc très efficace », explique la spécialiste.
« Il a été utilisé avec succès dans plusieurs pays, en Europe du Sud ou dans les Balkans, où il a contribué à l’éradication de la maladie », toujours selon le ministère de l’Agriculture. « Le vaccin utilisé en France est identique à celui utilisé actuellement en Suisse et en Sardaigne. Il ne présente aucun danger pour l’Homme et pour l’environnement, et n’a aucun impact sur la qualité de la viande ou du lait. »
Nodules cutanés, baisse temporaire de la production de lait…
Dans ces pays, des effets indésirables ont pu être constatés, mais ils restent « plutôt réduits », expliquent le Groupement de Défense Sanitaire France et un syndicat de vétérinaires dans leur FAQ sur la question. « Cela va aussi dépendre de la race de la vache. En Corse, on a constaté très peu d’effets secondaires car ce sont des bovins plus rustiques et donc plus résilients », explique Kristel Gache.
Les principaux effets indésirables sont une diminution temporaire de la production de lait, des nodules cutanés et une hyperthermie temporaire. Mais ces symptômes restent rares. « Ce vaccin dit vivant atténué mime les effets de la maladie dans le but de booster la production d’anticorps, donc des nodules, qui disparaîtront au bout de quelques jours, peuvent apparaître », souligne la vétérinaire. L’ATU des vaccins précise justement : « Les nodules peuvent contenir des virus Neethling [autre nom du virus responsable de la DNC, ndlr] vaccinaux non pathogènes. » D’où le fait qu’il y ait parfois des suspicions de cas qui, après une analyse vétérinaire, s’avèrent être des bovins non affectés.
Quant aux accusations de l’internaute de perte du veau en gestation, la spécialiste explique que cela peut arriver, « mais c’est davantage lié au stress causé par la vaccination et à la manipulation qu’à l’injection en elle-même ».
Quelques inquiétudes des éleveurs
Si ces messages ont fait du bruit sur les réseaux sociaux, cette position est loin d’avoir été majoritaire chez les éleveurs pour qui cette vaccination a été jugée très importante. Les syndicats d’agriculteurs, comme la Coordination rurale, la Confédération paysanne et même la FNSEA dans une certaine mesure, ont majoritairement appelé de leurs vœux une vaccination globale plus massive que la stratégie gouvernementale.
« Contrairement au Covid, il n’y a pas de débat, pas de discours antivax. Il y a un consensus sur le vaccin », a affirmé l’ancien leader de la Confédération paysanne, José Bové, dans les colonnes du Parisien. De son côté Kristel Gache évoque tout de même quelques sceptiques : « On a des éleveurs qui nous contactent car ils sont inquiets. Une vaccination ce n’est jamais anodin et justement les effets secondaires peuvent être un frein pour l’étendre sur toute la France. » Pour rappel, si un cas de dermatose nodulaire contagieuse est détecté dans un foyer, celui-ci devra être abattu.
Elle lance un appel aux éleveurs : « Ils ne doivent pas hésiter à échanger avec leurs vétérinaires et à remonter les effets secondaires qu’ils ont pu constater. Ces données seront regroupées pour la pharmacovigilance. »
