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Le ministère de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique à Paris. Photo d'illustration Clarisse Le Naour

La France est-elle vraiment devenue plus pauvre que la moyenne des pays européens ?

Création : 2 septembre 2026

Autrice : Maïwenn Furic, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Compte Instagram, le 24 août 2026

Selon plusieurs publications diffusées sur les réseaux sociaux, la France serait désormais passée sous la moyenne de l’Union européenne en termes de PIB par habitant en 2025. Certains y voient le signe d’un déclassement économique du pays. Mais cet indicateur, bien réel, doit être interprété avec prudence.

« La France est officiellement plus pauvre que la moyenne européenne. » Cette affirmation circule depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, accompagnée d’un classement des pays de l’Union européenne selon leur PIB par habitant. La France y apparaît sous la moyenne européenne, avec un PIB par habitant de 40 768, contre 41 600 pour l’Union européenne.

« Ce qui est surtout frappant, c’est qu’elle était encore au-dessus il y a quelques années », alertent certains internautes qui mettent en avant un « écart impressionnant » avec les pays situés en haut du classement ainsi que « des pays partis de beaucoup plus bas rattrapent rapidement leur retard ». « Pendant que ces économies convergent vers la moyenne européenne, la France suit donc le mouvement inverse. Le véritable signal n’est alors pas seulement d’être passé sous la moyenne. C’est surtout la trajectoire prise depuis plusieurs années », écrit l’un d’eux sur Facebook.

Ces statistiques sont notamment reprises par des comptes de personnes favorables à une sortie de la France de l’Union européenne. « Quel succès l’UE ! Quel succès l’euro ! (…) La France a abdiqué sa souveraineté nationale pour le système le plus contraire possible à ses intérêts nationaux ! Cette épouvante doit cesser : FREXIT vite ! », écrivent certains.

Le PIB par habitant : un indicateur à nuancer

Tout d’abord, il convient de faire attention à la manière dont ces chiffres sont présentés. Les montants de 40 768 pour la France et 41 600 pour la moyenne européenne sont exprimés en standards de pouvoir d’achat (SPA), et non en euros comme le présentent certaines publications.

Le SPA est une unité artificielle utilisée ici pour exprimer et comparer le PIB par habitant des différents pays européens, à un moment donné, en neutralisant les différences de niveaux de prix entre les pays. Eurostat explique que les parités de pouvoir d’achat permettent de comparer ce qu’une même somme permet d’acheter dans différents pays, en tenant compte des différences de prix.

Quoi qu’il en soit, en prenant en compte le PIB par habitant en SPA, la France reste effectivement sous la moyenne européenne, tout comme Chypre, l’Italie, la Tchéquie, l’Espagne et la Slovénie.

Mais cet indicateur est à utiliser avec des pincettes et ne permet pas de conclure que la France est « plus pauvre » que la moyenne européenne. Tout dépend en effet de ce que l’on entend par « pauvre ». Si l’on cherche à mesurer le niveau de vie ou le bien-être matériel des habitants, le PIB par habitant présente des limites.

Pour l’économiste Anthony Morlet-Lavidalie, cité dans un article de Libération Champagne : « Le PIB par habitant n’est pas forcément le meilleur indicateur pour mesurer le niveau de vie ». Si cet indicateur mesure la valeur de la production économique rapportée au nombre d’habitants et permet de comparer l’activité économique de différents pays, il ne mesure ni le revenu moyen, ni le salaire moyen, ni le patrimoine moyen des habitants. Il ne permet donc pas, à lui seul, de mesurer le niveau de vie.

Eurostat considère en revanche la consommation individuelle effective comme un indicateur mieux adapté pour décrire le bien-être matériel des ménages. Elle comptabilise les biens et services dont bénéficient effectivement les ménages, qu’ils soient directement payés par eux ou financés par les administrations publiques ou les organismes sans but lucratif. Sont notamment concernés des services comme la santé ou l’éducation.

Et en s’appuyant sur cet indicateur, le résultat est différent de celui du PIB. En 2025, la consommation individuelle effective par habitant de la France représentait 106 % de la moyenne de l’Union européenne. La France figurait ainsi parmi les huit pays de l’UE dont cet indicateur était supérieur à la moyenne.

Une économie française « en perte de vitesse », selon des économistes

Le fait que les chiffres avancés dans ces publications soient à prendre avec prudence ne signifie pas que les difficultés économiques françaises n’existent pas. Anthony Morlet-Lavidalie évoque un « lent déclin » plutôt qu’un « gros décrochage ». « La situation de la France est en perte de vitesse, c’est certain. Nous n’avons plus les mêmes moyens qu’avant », souligne Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) au Parisien. Et d’ajouter : « Dans les années 2000, le produit intérieur brut (PIB) par habitant converti en standard de pouvoir d’achat (SPA) montrait que la France se positionnait 15 % au-dessus de la moyenne des pays de l’Union européenne (UE). »

Plusieurs économistes invoquent différentes raisons pour expliquer cette dégradation relative de la position française. Simon-Pierre Sengayrac, co-directeur de l’Observatoire de l’économie de la Fondation Jean-Jaurès, évoque dans Ouest-France une « productivité du travail qui a baissé ces dernières années » et un « taux d’investissement qui n’est pas très bon non plus ».

Dans Libération Champagne, Olivier Sautel, chef économiste chez Deloitte, met pour sa part l’accent sur les enjeux d’innovation et de digitalisation. À l’heure de l’intelligence artificielle, il estime que « par rapport aux entreprises américaines, les entreprises européennes ont dix-quinze ans de retard du point de vue de la digitalisation ».

Cette appréciation doit toutefois être replacée dans son contexte : elle concerne les entreprises européennes dans leur ensemble, et non spécifiquement la France. Surtout, le retard de « dix-quinze ans » avancé par l’économiste ne renvoie pas, dans cette citation, à un indicateur précis permettant d’en mesurer l’ampleur.

Anthony Morlet-Lavidalie met également en avant le poids de l’endettement public, évoquant une France « à crédit ». Mathieu Plane insiste, lui, sur le déficit public : « Notre plus gros problème, c’est notre niveau de déficit en France. Nous avons mangé notre pain blanc et nous n’avons plus de marges de manœuvre. »

Ces différents diagnostics relèvent toutefois d’analyses économiques : ils permettent d’éclairer la trajectoire française, sans constituer à eux seuls une démonstration des causes précises de son recul relatif.