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Crédits : Image par Claudia de Pixabay

Journée internationale du fact-checking : défendre les faits contre les accusations de censure

Création : 2 avril 2025

Auteure : Nelly Pailleux, directrice des opérations

Depuis l’annonce de la fin du partenariat entre Meta et des organisations de fact-checking professionnelles, accusées de censure aux États-Unis, de nombreuses questions se posent sur l’avenir de cette discipline journalistique. En cette journée internationale du fact-checking, il est temps pour Les Surligneurs de rétablir quelques faits sur la vérification de ceux-ci.

 

Dans une période où la notion de liberté d’expression est détournée, le fact-checking demeure un pilier essentiel du débat public. Il permet à chacun, quelles que soient ses opinions, de s’appuyer sur une réalité commune. Il existe de multiples approches à la lutte contre les manipulations de l’information et le fact-checking en est une essentielle. Son efficacité se voit particulièrement sur les réseaux sociaux. Il existe un large éventail d’études prouvant que le fact-checking est efficace, même pour des personnes qui n’ont pas confiance dans les fact-checkers. En France, par ailleurs, la dernière étude ViaVoice parue à l’occasion des assises du journalisme de Tours, montre que 67% des sondés attendent des journalistes qu’ils « vérifient les informations fausses, les rumeurs, la désinformation ».

À la question « Selon vous, le fact-checking en France est-il d’abord », 33% votent pour « Une garantie essentielle pour lutter contre la désinformation » ; 36%, « Un outil utile, mais qui peut parfois limiter la liberté d’expression » et 13% « Une menace pour la liberté d’expression et la pluralité des opinions ».

En 2025, le fact-checking n’est (toujours pas) un outil de censure

Cette crainte n’est pas nouvelle. Alors que le fact-checking a été associé à de la censure par le patron de Meta et de nombreux détracteurs, outre-atlantique ou en Europe, Stephan Lewandowsky, professeur de psychologie cognitive à l’Université de Bristol en Grande-Bretagne explique : « Fact checking is not censorship. It is counterspeech », autrement dit  « La vérification des faits n’est pas de la censure. C’est un contre-discours ». Ce contre-discours alternatif, c’est celui des faits, et parfois, dans le cas des Surligneurs, celui de la loi.

Le fact-checking et le legal-checking partagent une dynamique commune : démasquer les manipulations délibérées de l’information. Nous sommes souvent confrontés à des dynamiques similaires entre fact-checking et legal-checking : quand un individu, d’autant plus une personnalité publique, ment à dessein, il sert en général un projet idéologique ou politique et vient tordre la réalité pour que celle-ci serve son but. Lorsqu’un fact-checker a le malheur de lui proposer un contre-discours qui s’appuie sur des faits ou qui remet les faits (ou la science, ou le droit) au coeur du débat , la réaction peut être celle associée aux rhétoriques complotistes : les journalistes/fact-checkers « font partie du système » (selon les accusations, d’élite, corrompus, de gauche, de droite, vendus, menteurs, à la solde de diverses organisations ou pouvoirs, barrez la mention inutile.)

Le droit ou les faits, mêmes petits arrangements d’un côté, même combat de l’autre

En legal-checking, c’est pareil. Quand on « surligne » un politique qui, soit fait une erreur d’interprétation d’un texte de loi, soit le déforme pour servir son propos, soit fait des promesses politiques juridiquement irréalisables, notre travail est de ramener le consensus juridique au coeur du débat et des enjeux. Là encore, la rhétorique complotiste d’appartenance à une élite, voire la rhétorique complotiste que l’on voit dans le cadre de la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen, du « gouvernement des juges » vient remettre en question la réalité : celle que la vie démocratique est régie par un ensemble de textes normatifs, et que la démocratie ne peut être une réalité qu’en respectant ces règles-là.

Notre mission, en tant que fact-checkers et legal-checkers, n’est pas de s’opposer pour s’opposer, mais de démystifier les discours trompeurs. Certains acteurs reconnaissent leurs erreurs d’interprétation lorsqu’on les corrige, d’autres préfèrent ignorer les faits et le droit pour mieux servir leur rhétorique.

Nous rappelons chaque jour l’importance des faits et des droits pour préserver notre réalité démocratique. En cette journée internationale du fact-checking, réaffirmons cette nécessité : la vérification de l’information n’est pas un luxe, mais un rempart essentiel contre la désinformation et les dérives autoritaires.