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Capture d'écran Facebook.

Jean-Luc Mélenchon a-t-il vraiment dit que le Front national est « le seul parti qui réhabilite la politique » ?

Création : 30 décembre 2025

Autrice : Maïwenn Furic, journaliste

Relecteur : Etienne Merle, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Etienne Merle, journaliste

Source : Compte Facebook, le 15 décembre 2025 

Une coupure issue d’un article du Quotidien de Paris publié en 1991 est régulièrement partagée sur les réseaux sociaux pour tenter d’affaiblir politiquement Jean-Luc Mélenchon. L’Insoumis aurait vanté les louanges du Front national, mais la citation est en réalité tronquée.

« Le seul parti qui réhabilite la politique, c’est le Front national. » À en croire une coupure de journal largement partagée sur les réseaux sociaux, cette phrase aurait été prononcée par Jean-Luc Mélenchon, à l’époque où il était encore sénateur socialiste de l’Essonne. Une déclaration qui ne manque pas d’étonner sur les réseaux sociaux tant celui qui est désormais le chef de file des Insoumis se présente comme l’opposant principal du parti d’extrême droite.

Collée sur l’image, une phrase : « Quand Mélenchon revendiquant son statut de « Pied-noir de Tunisie » criait à tue-tête : « L’ennemie de la France, c’est l’Arabe »« . Dans les commentaires de ces publications, majoritairement partagées sur des groupes de soutien au Rassemblement national pour l’élection présidentielle de 2027, les internautes estiment que Jean-Luc Mélenchon n’est donc qu’une « girouette ». Et d’ajouter : « Il aime le pouvoir et l’argent mais pas la France, ni les Français. »

Un article daté de 1991, et une citation tronquée

Si cette déclaration à de quoi étonner, c’est sans doute parce qu’elle a été tronquée. La coupure de journal est issue d’une interview que l’homme politique a accordé au Quotidien de Paris en 1991.

La citation complète (disponible uniquement pour les abonnés du journal Le Monde) est beaucoup moins dithyrambique à l’égard du parti de Jean-Marie Le Pen : « Le pays est assis sur une poudrière de gens qui ne supportent plus la situation actuelle. Ces gens-là veulent du changement, mais nous ne proposons toujours rien, alors ils vont voir ailleurs. Le PS a abandonné la politique. Je vais vous dire quelque chose d’affreux : aujourd’hui, le parti qui réhabilite la politique, c’est le Front national. » Autrement dit, Jean-Luc Mélenchon ne vante pas le Front national, il accuse les partis traditionnels d’avoir laissé le champ libre à Jean-Marie Le Pen.

Il évoquait alors l’élection cantonale partielle de Sommières, dans le Gard, marquée par l’échec du maire socialiste, comme l’indique cet article du Monde paru le lendemain de celui du Quotidien de Paris.

Une coupure de journal fréquemment utilisée

Ce n’est pas la première fois que cette coupure d’article refait surface. En 2011, Valérie Trierweiler avait interrogé Jean-Luc Mélenchon à ce propos. Il avait alors répondu : « Je vous remercie de m’avoir amené une interview qui date de 20 ans dont vous sortez une phrase et que vous me ressortez sous le nez par surprise. Ça voulait dire que les militants et les dirigeants du Front national croient que la politique peut changer le cours des événements et je le crois aussi. Et puis il y a d’autres gens qui croient que non, que de toute façon il n’y a qu’une seule possibilité, qu’un seul ordre du monde possible. »

Marine Le Pen n’avait également pas manqué de ressortir cette citation en juin 2012, alors que Jean-Luc Mélenchon avait décidé de venir l’affronter directement dans son fief, et de briguer la 11e circonscription du Pas-de-Calais. L’homme qui représentait à l’époque le Front de Gauche n’était même pas arrivé au second tour puisqu’il avait été doublé par le candidat socialiste. Depuis, les militants d’extrême droite ressortent régulièrement cette citation, et notamment lors des différentes élections auxquelles il pourrait prendre part.

Quand à son passé de « Pied-noir de Tunisie » avancé par les internautes, Jean-Luc Mélenchon est effectivement issu d’une famille de pieds-noirs d’origine espagnole, mais n’est pas de Tunisie. Il est né à Tanger, au Maroc, en 1951, d’un père lui-même né au Maroc, et d’une mère née en Algérie. À 11 ans, il déménage avec cette dernière en France.

 

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