Euthanasie de Noelia Castillo : les organes de la jeune Espagnole n’étaient pas assignés à des receveurs
Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte Youtube, le 30 mars 2026
Des publications affirment que Noelia Castillo, jeune Espagnole décédée après un recours légal à l’aide à mourir, n’aurait pas pu revenir sur son souhait de mettre fin à ses jours car ses organes étaient déjà attribués pour des transplantations. Des propos qui ne reposent sur aucune preuve et ne correspondent pas au cadre légal sur le don d’organes en Espagne.
L’histoire de Noelia Castillo, décédée des suites d’une euthanasie le 26 mars 2026, est désormais connue bien au-delà de l’Espagne. Devenue paraplégique après une tentative de suicide en 2022 et victimes de plusieurs viols, le parcours de la jeune femme, marqué également par une bataille judiciaire de presque deux ans avec son père, symbolise a lui tout seul les débats qui entourent l’euthanasie. Des débats qui n’ont pas échappé aux réseaux sociaux et qui n’en finissent plus de déchaîner un flot de désinformations sur la toile.
Comme Les Surligneurs vous l’expliquaient dans un précédent article, de nombreux internautes ont indiqué à tort que Noelia Castillo avait été violée par des mineurs étrangers non accompagnés.
D’autres publications soutiennent que la jeune fille n’aurait pas pu faire marche arrière quant à sa volonté de mourir car ses organes étaient d’ores et déjà attribués à des receveurs. Une allégation qui ne repose sur aucune preuve et qui contredit tout ce que l’on sait à ce sujet.
Un don d’organes confidentiel
Comme le rappellent plusieurs médias espagnols (ABC, Newtral, Maldita.es), le don d’organes est confidentiel en Espagne. Une loi de 2012 stipule, à son article 4, que les dons devront respecter « les principes de volontariat, d’altruisme, de confidentialité, d’absence de but lucratif et de gratuité ».
Le sujet n’a pas non plus été évoqué dans la longue interview accordée par la jeune fille à la chaîne Antena 3, la veille de sa mort. Mais alors d’où provient cette rumeur ?
De nombreuses publications s’appuient, directement ou indirectement, sur les propos de Polonia Castellanos, la présidente du collectif Abogados Cristianos (Les Avocats chrétiens) lors d’une interview postée sur Youtube le 27 mars 2026, soit le lendemain de la mort de la jeune femme. Le collectif d’avocats représentait le père de Noelia qui avait saisi la justice – et perdu – pour empêcher sa fille de recourir à l’euthanasie.
Dans l’interview, Polonia Castellanos déclare notamment (à 6 ’40) que « lorsque nous avons obtenu les premières mesures préventives de la justice, l’hôpital nous a fait savoir que nous ne pouvions pas faire cela car ses organes étaient déjà attribués » à des donneurs.
Une affirmation grave mais qui ne repose, de fait, que sur les dires de l’avocate, contactée en vain par Les Surligneurs.
Ce récit ne correspond pas au fonctionnement du don d’organes en Espagne. Comme l’a rappelé sur son compte X l’Organisation nationale de greffes espagnol (ONT), « les organes ne sont pas attribués aux patients en liste d’attente tant que la procédure de don n’est pas lancée », soit après la mort de la personne.
Dans une vidéo publiée sur Instagram en juillet 2025, l’ONT détaillait que « pour l’attribution ou la répartition des organes, nous prenons en compte deux aspects fondamentaux : les critères territoriaux et cliniques. Au-dessus de ces deux critères se place l’urgence zéro, qui concerne les patients nécessitant une greffe dans les 48 heures. »
Un épisode qui a supposément eu lieu devant avant la mort de Noelia
Un détail temporel qui a son importance, puisque les premières décisions de justice évoquées par Polonia Castellanos remontent à l’été 2024, soit au début de la bataille judiciaire lancée par le père de Noelia Castillo si l’on se base sur les dates évoquées par l’agence espagnole EFE et la chronologie de El Pais. Soit près de deux ans avant la mort de Noelia Castillo.
Même la suite de l’interview postée sur Youtube confirme que la volonté supposée de Noelia Castillo de donner ses organes à un moment donné n’a pas pu entrer en conflit avec un prétendu changement d’avis quant à l’euthanasie, comme l’assurent pourtant des internautes qui n’ont vraisemblablement pas écouté l’entièreté de l’interview. Tout simplement, car lorsqu’elle est décédée, Noelia Castillo n’aurait pas accepté de donner ses organes.
L’intervieweur précise lui-même (6’55) qu’après les propos supposément tenus par l’hôpital, « sa mère a judicieusement décidé de faire signer à sa fille un document stipulant qu’elle ne donnerait ses organes à personne ». La mère de la jeune Espagnole n’a, jusqu’ici, pas confirmé ces propos.
Le média ABC indique lui aussi dans un article consacré aux nombreuses désinformations qui entourent la mort de Noelia Castillo que celle-ci n’avait pas souhaité faire don de ses organes malgré une première intention de le faire.
Ce prétendu changement d’avis est tout à fait possible et encadré par la loi. Dans sa vidéo explicative postée sur X, l’ONT rappelle à cet égard que « le patient peut révoquer à tout moment son consentement au don d’organes ».
Le média Newtral rappelle également que le ministère de la Santé et l’ONT ont adopté en juin 2022 un « protocole national de don d’organes après la mise en œuvre de l’aide à mourir ». Celui-ci stipule, page 10, que « le patient pourra toujours retirer son consentement au don sans que cela ne l’empêche de bénéficier de l’aide à mourir ».
Un hôpital non accrédité pour le don d’organes
Enfin, comme l’évoque le média spécialisé dans la vérification des faits espagnol Maldita.es, l’hôpital où séjournait Noelia Castillo (el Hospital Residencia Sant Camil de Sant Pere de Ribes, à Barcelone) n’est pas présent dans la liste des établissements autorisés pour le prélèvement et la greffe d’organe.
L’Organisation Nationale des Transplantations confirme au média ABC que si la jeune femme avait souhaité donner ses organes, elle n’aurait jamais pu mourir dans cet hôpital. « L’une des conditions requises pour le don d’organes lors d’une euthanasie est que l’aide médicale à mourir soit pratiquée dans un établissement hospitalier accrédité. Le don n’est possible que si le décès survient dans un établissement de santé, car les organes et les tissus se détériorent alors ».
D’après ABC, depuis l’annonce du décès de la jeune femme et les rumeurs incessantes courant autour de son supposé don d’organes, l’organisation aurait reçu de nombreux appels de personnes se présentant comme donneurs et annonçant qu’elles allaient cesser de donner leurs organes. La désinformation pourrait donc avoir des conséquences très concrètes sur des malades.
