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Le ministère des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, à gauche, lors d'une rencontre avec son homologue estonien, Margus Tsahkna, à droite, en 2024. Photo : ministère des Affaires étrangères estonien / CC BY 2.0

Conflit au Moyen-Orient : le ministre des Affaires étrangères saoudien a-t-il accusé Israël d’être responsable de « meurtres et destructions » dans la région ?

Création : 10 mars 2026

Auteur : Nicolas Turcev, journaliste

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste

Source : Compte Facebook, le 8 mars 2026

Une déclaration virulente attribuée au chef de la diplomatie de la pétromonarchie du Golfe se répand comme une traînée de poudre sur Internet. Mais elle ne reflète pas les événements récents.

Un mensonge n’est jamais plus crédible que lorsqu’il contient une petite dose de vérité. Il en va ainsi d’une déclaration attribuée au ministre des Affaires étrangères saoudien, le prince Faisal bin Farhan. Selon de nombreuses publications cumulant des centaines de milliers de vues, le chef de la diplomatie de la pétromonarchie du Golfe aurait accusé Israël d’être « responsable depuis longtemps de meurtres et destructions dans la région, […] le monde a été témoin de ces pratiques à Gaza ».

Le 28 février, l’État hébreu, en coalition avec les États-Unis, a lancé une campagne de bombardements contre l’Iran. La République islamique a répliqué avec des tirs de missiles visant les intérêts états-uniens dans la région, dont des bases militaires situées en Arabie saoudite. La monarchie a donc bien été entraînée contre son gré dans un conflit initié par Israël.

Pour autant, aucune source officielle ou médiatique n’attribue à Faisal bin Farhan une condamnation aussi virulente de l’État hébreu. L’une des premières traces numériques de la citation virale remonte au 5 mars 2026. Elle a été partagée par le compte X @IranUpdatesNow (archivé), un canal de propagande pro-iranienne.

Des déclarations sorties de leur contexte

Jointe à la publication, une vidéo montre une prise de parole du prince Faisal bin Farhan au cours de laquelle il critique Israël. Mais ce clip n’a rien à voir avec la situation actuelle au Moyen-Orient : il s’agit d’une conférence de presse datée du 1er juin 2025. Le jour même, le ministre avait été empêché par Israël d’entrer en Cisjordanie pour promouvoir la solution à deux États. Le diplomate avait alors critiqué « l’extrémisme » et le « refus de la paix » exhibés par l’État hébreu.

Les termes exacts de la citation virale renvoient, eux, à une prise de parole de Faisal bin Farhan devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 27 septembre 2025, quelques semaines après l’attaque d’Israël contre le Qatar ciblant des négociateurs du Hamas. « Nous condamnons dans les termes les plus forts l’agression israélienne dans la région […]. Nous appelons la communauté internationale à mettre fin à cette agression et à l’action israélienne qui menace aujourd’hui la sécurité et la stabilité dans la région », avait déclaré le ministre des Affaires étrangères saoudien.

Autrement dit, la citation attribuée à Faisal bin Farhan est une fabrication assemblée à partir de ses prises de paroles dans le cadre de la guerre entre Israël et le Hamas. Si le ministre a, par le passé, condamné avec véhémence l’action d’Israël dans la bande de Gaza – allant jusqu’à parler de « génocide » – la déclaration relayée par les internautes ne reflète pas le positionnement actuel de la diplomatie saoudienne vis-à-vis du rôle joué par Israël dans le conflit contre l’Iran.

Riyad se montre même plutôt prudent. Dans un communiqué, la monarchie n’a pas condamné l’opération israélo-états-unienne contre la République islamique – il n’y figure aucune mention des « meurtres et destructions » d’Israël.

Elle a en revanche dénoncé la riposte iranienne contre les États du Golfe, menée en « violation manifeste de [leur] souveraineté ». Le 7 mars, le prince Faisal bin Farhan a averti l’Iran que l’Arabie Saoudite serait contrainte de répondre aux attaques iraniennes sur son territoire si celles-ci continuaient de cibler ses infrastructures énergétiques, selon des sources citées par Reuters.