Ceuta : attention à ces allégations d’un chat démembré supposément tué par des « migrants » qui repose sur un seul témoignage
Auteur : Nicolas Kirilowits, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte Facebook, le 11 septembre 2026
Des dizaines de publications affirment, sans nuance, que des migrants présents à Ceuta auraient tué des chats “par plaisir”. Si ces accusations sont prises au sérieux par plusieurs associations, elles ne reposent pour l’heure que sur un seul témoignage, alors qu’une rumeur tenace laisse croire que les migrants mangeraient des chats, sans preuve, jusqu’à maintenant.
« Ils [les migrants toujours présents à Ceuta depuis le 30 et 31 juillet, ndlr] tuent parfois les chats par plaisir, nous avons trouvé des chats coupés en deux, démembrés », affirme une agente d’entretien devant les caméras de l’émission espagnole En boca de todos (Dans la bouche de tout le monde) sur la chaîne Cuatro, le 8 septembre 2026.
La séquence, visible notamment sur le site de l’émission, a été massivement reprise et diffusée sur les réseaux sociaux. « Des barbares ! Qu’ils retournent chez eux ! », écrit un internaute en commentaire d’une publication qui reprend l’information avec la photo d’un chat gisant au sol à l’appui. « Ces monstres ultra-dangereux doivent être renvoyés immédiatement dans leur pays », assène encore un autre en description de son post.
Malgré nos recherches nous n’avons pas été en mesure de trouver des photos ou vidéos corroborant les faits avancés ni d’autres déclarations reprenant les mêmes accusations.
La rumeur persistante de migrants « mangeurs de chats »
Depuis l’arrivée de 70 000 personnes sur le bout de terre espagnol, les 30 et 31 juillet, – dont l’immense majorité est retournée au Maroc dans les heures qui ont suivi leur arrivée – Ceuta connaît une crise importante. D’après les autorités de Ceuta, 13 000 personnes seraient toujours sur le territoire, en ce mois de septembre, dans l’espoir que leur demande d’asile soit enregistrée. Les conditions difficiles créent des tensions avec les résidents de la ville, comme en témoignent plusieurs reportages (ici, ici).
Au fil du temps, une rumeur s’est installée selon laquelle les migrants mangeraient des chats. De nombreux médias (EFE, Maldita, Newtral, France 24) ont ainsi démenti, ces dernières semaines, des informations selon lesquelles des chats avaient été tués ou mangés par des migrants. Ces fausses informations se basaient notamment sur le détournement d’images détournées.
C’est dans ce contexte que le témoignage de l’agente d’entretien est recueilli, le 8 septembre 2026. Du côté des associations locales qui agissent pour le bien-être animal, celui-ci ne fait pas l’unanimité. Dans un post, reprenant l’interview de l’agente d’entretien, l’association « Agrevice Ceuta » qui récupère des chats abandonnés dans l’enclave espagnole écrit que « les allégations concernant les chats sont incertaines et n’ont été corroborées par aucun service public de la ville ». « Il n’y a ni photos, ni plainte, personne n’a donné l’alerte », précise également l’association.
Contactées, deux autres entités locales (Protectora de animales y plantas de Ceuta et Comunidad Gatuna) n’ont pas répondu à nos sollicitations. Toutefois, aucune d’elles ne fait mention du sujet sur leurs sites Internet et réseaux sociaux.
Ce qui n’est pas le cas de Zeolandia, une structure basée à Almeria, qui indique aux Surligneurs avoir « déposé une plainte » auprès d’un tribunal de Ceuta, « concernant les reportages publics dans divers médias sur la disparition ou l’abandon de chats ».
Pas d’autres preuves
Cette plainte, nous précise l’association, sera bientôt « complétée par les témoignages de témoins directs », dont ceux « des employés du service de nettoyage de la ville de Ceuta qui ont publiquement signalé avoir trouvé des chats démembrés et mutilés ». Autrement dit, l’association ne dispose pas de nouveaux éléments pouvant corroborer les griefs à l’encontre des migrants.
Pas même que le parti animaliste espagnol PACMA qui affirmait lui aussi sur X que le témoignage des agents d’entretien lui avait permis de saisir « la Garde civile afin qu’elle mène une enquête permettant d’identifier les personnes qui doivent répondre de cette barbarie. »
Ainsi, hormis cette déclaration dans le reportage, aucun autre élément tangible ne permet pour le moment d’établir que des migrants présents à Ceuta tuent ou démembrent des chats « par plaisir ».
