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Photo : capture d'écran Folketinget TV

Cette vidéo des parlementaires danois qui rient date de 2019 et n’a rien à voir avec Trump ou le Groenland

Création : 26 janvier 2026

Autrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Relecteur : Nicolas Turcev, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte Facebook, le 22 janvier 2026

Une vidéo présentée comme la réaction des députés danois aux demandes répétées de Donald Trump d’acheter le Groenland circule sur les réseaux sociaux. Cette scène de rires n’a pourtant rien à voir avec la situation actuelle, et date de 2019.

Les Danois se savent plus s’il faut rire ou pleurer. Depuis plusieurs semaines, les déclarations du président états-unien concernant le Groenland sont parfois si surprenantes, voire absurdes, que les habitants du Danemark peuvent être décontenancés. 

Selon des internautes, les propositions de Donald Trump d’acheter l’île, territoire autonome du royaume du Danemark, ont été jugées si ridicules que ses parlementaires ont été pris d’un fou rire dans leur hémicycle. « À quel point Trump est si grotesque devant le Parlement danois à l’idée de racheter le Groenland, [que] les parlementaires ne peuvent plus se retenir de rire. Heureusement que le ridicule ne tue pas », légende un internaute en publiant une vidéo des représentants de la nation danoise morts de rire. 

Pour un autre, la réaction des parlementaires serait plutôt due à la lecture de la lettre que le président états-unien a envoyée au Premier ministre norvégien. « Cher Jonas, puisque votre pays a décidé de ne pas me décerner le prix Nobel de la paix pour avoir empêché plus de huit guerres, je ne me sens plus tenu de penser uniquement à la paix, même si elle restera toujours ma priorité », a écrit Donald Trump le 19 janvier. Une preuve de la vexation du président de la plus grande puissance mondiale qui prête à sourire et qui aurait fait craquer les parlementaires danois, à en croire certains

En réalité, bien que cette vidéo soit authentique, elle a été extraite de son contexte. Les députés danois ne riaient pas de la proposition de Donald Trump, mais d’un tout autre sujet : l’amitié entre un éléphant et un chameau. Comme l’a déjà repéré le média de fact-checking italien, Open, le clip date de 2019. 

Quatre éléphants et un chameau

À l’époque, le gouvernement danois mettait en œuvre une interdiction des animaux sauvages dans les cirques. Il achète alors les quatre derniers éléphants vivant dans un cirque au Danemark pour 11 millions de couronnes danoises (1,6 million d’euros) afin qu’ils puissent jouir d’une retraite paisible. Le 3 octobre 2019, dans l’hémicycle, Mette Frederiksen, qui est depuis quelques mois Première ministre, décrit aux parlementaires les spécificités de l’achat.

« En fait, l’une de nos priorités a été de conclure un accord général avec tous les partis parlementaires. Nous avons acheté quatre éléphants : Ramboline, Lara, Junker et Jenny », raconte-t-elle avec sérieux. « Ce que nous ignorions au moment de cet achat – et il ne faut pas en rire –, c’est que Ramboline, l’un des éléphants, avait un ami. Un meilleur ami. Un chameau », poursuit-elle avec un sourire dans la voix et sous le regard amusé des autres représentants de la nation danoise.

« Ce chameau s’appelait bien sûr Ali. On nous a fait comprendre qu’il serait malvenu de séparer Ramboline et Ali, précise-t-elle en explosant de rire alors que les députés avaient déjà lâché des rires sonores. C’est pourquoi nous avons finalement pris Ali. »

« Malheureusement, Ali ne se porte pas très bien. Et il n’était pas vraiment le meilleur ami de Ramboline non plus. » La Première ministre danoise finit par faire une pique à ses collègues des autres partis sous les rires de ceux-là : « Finalement, ce n’était sans doute pas une si bonne affaire. J’étais même un peu inquiète, étant donné que le chameau s’appelait Ali, de savoir si le Nye Borgerlige [parti d’extrême droite danois, ndlr] allait retirer son soutien à l’offre [d’achat des animaux]. Ce ne fut pas le cas. Merci pour ça. »

Si la scène reste drôle, elle n’en a pas moins rien à voir avec la situation actuelle et les vues de Donald Trump sur le Groenland.