Cette image d’un agriculteur effondré par l’abattage de ses vaches est générée par IA
Auteur : Nicolas Turcev, journaliste
Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste
Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun
Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste
Source : Compte Facebook, le 14 décembre 2025
La détresse de certains paysans dont l’élevage a été touché par la dermatose nodulaire contagieuse est elle, en revanche, bien réelle.
Pas de trêve de Noël en vue. Le mouvement de colère d’une partie du monde agricole poursuit son cours à la veille du réveillon. À l’appel des syndicats agricoles, des blocages de route avaient toujours lieu, le 23 décembre, principalement dans le Nord et le Sud-Ouest de la France.
À l’origine de la crise, la politique d’abattage systématique des élevages de vaches touchés par la dermatose nodulaire contagieuse, jugée brutale par de nombreux paysans, soutenus par deux des principaux syndicats agricoles, la Coordination rurale (classée à droite) et la Confédération paysanne (gauche).
Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes font part de leur sympathie avec les exploitants qui perdent leur cheptel. « Je suis outrée par de telles choses, ruiner une vie de labeur d’une famille […] c’est écœurant, sans parler des pauvres bêtes qui n’ont rien demandé à personne », écrit un internaute, qui publie la photo d’un agriculteur agenouillé et mains sur le visage, tandis qu’en arrière-plan des individus en masque et blouse blanche se tiennent devant plusieurs vaches. « Comment rester insensible à la détresse de cet agriculteur… », interpelle l’internaute.
Une image issue de Gemini
Sauf que cette image, repartagée des centaines de fois sur Facebook, X et LinkedIn, est générée avec l’intelligence artificielle, comme l’ont déjà relevé France24 et l’AFP. Le logo en forme de losange, en bas à droite de l’image, est celui de Gemini, le système d’IA de Google, qui permet de générer des clichés photoréalistes. Une recherche d’image inversée avec le moteur de recherche permet d’ailleurs d’en identifier l’origine : les images produites par Gemini sont automatiquement dotées d’un filigrane invisible repérable par l’algorithme de Google.
Pour autant, de vrais agriculteurs sont bien frappés de désarroi lorsque le couperet de l’abattage tombe sur leur exploitation. Ces derniers jours, les médias français se sont fait l’écho de plusieurs récits de paysans, dont, par exemple, celui de Pascal Coen, producteur laitier en Haute-Savoie dont l’élevage a été euthanasié en juillet dernier. « Psychologiquement, c’est terrible parce que nos vaches, c’est comme notre deuxième famille », a-t-il témoigné dans les colonnes de 20 Minutes.
TF1 relaie, elle, le vécu de Claude Germain, éleveur en Savoie qui a songé à « tout arrêter » après la perte de la quasi-totalité de son cheptel. L’émotion transparaît aussi dans ce reportage de France 3 Bourgogne-Franche-Comté tourné, début décembre, dans une ferme du Doubs touchée par la DNC. « J’espère que plus jamais, plus jamais aucun agriculteur n’aura à subir ce qu’on est en train de subir », annonce la propriétaire de la ferme à ses soutiens, la voix chevrotante. La preuve que pour rendre compte de l’actualité, avec sa part d’humanité, les journalistes font toujours mieux que l’IA.
