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Crédit : Capture d'écran Facebook

Ces images de « cascades de sang » sont générées par une intelligence artificielle

Création : 20 mars 2025

Autrice : Fanny Velay, journaliste stagiaire

Relectrice : Clara Robert-Motta, journaliste

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Clara Robert-Motta, journaliste

Source : Compte Facebook, le 15 août 2024

Des images de « cascades de sang » en Antarctique générées par une intelligence artificielle circulent sur les réseaux sociaux. En réalité, ces « chutes de sang » existent, mais elles ne ressemblent pas aux images et il n’y a pas la moindre goutte de sang dans ces eaux rougeâtres.

Les chutes du Niagara version sanguine ? C’est ce que des images partagées sur les réseaux sociaux tentent de nous faire croire. « Saviez-vous qu’il existe des chutes ressemblant à du sang en Antarctique qui ont les mêmes caractéristiques que le sang humain ? », interroge de plusieurs internautes dans des publications Facebook depuis le mois d’août 2024, avec plusieurs  images à l’appui… sauf que ces dernières ont été créées par un logiciel utilisant une intelligence artificielle.

Quant aux comparaisons entre le sang humain et la composition de la cascade… ce n’est pas du tout le cas. Malgré le nom des chutes, qui peut clairement porter à confusion, il n’y a pas la moindre goutte de sang dans ces cascades rougeâtres.

Généré par IA

Ces images des cascades rouges partagées sur les réseaux sociaux semblent trop belles pour être vraies tant elles donnent l’impression d’un bain de sang.

Les Surligneurs ont confié les images au logiciel d’analyse d’images Sightengine et Al or Not. Résultat : les images sont « probablement générées » par IA, pour certaines à 99%.

Un lac riche en fer sous le glacier 

Pour autant, tout n’est pas à jeter dans les publications des internautes. Les fameuses « cascades de sang » existent bel et bien, mais elles sont bien moins impressionnantes que les images réalisées par intelligence artificielle.

Les cascades de sang s’écoulent de l’extrémité du glacier Taylor dans le lac Bonney. Crédit : Public Domain – National Science Foundation/Peter Rejcek

 

Situées sur l’extrémité du glacier Taylor, du nom du géographe britannique, Thomas Griffith Taylor, responsable d’une partie de l’expédition Terra Nova menée entre 1910 et 1913 en Antarctique, les Blood Falls — littéralement « cascades de sang » — ne cessent d’intéresser les scientifiques.

D’où peut venir cette fameuse traînée rougeâtre ? Il est vrai que, dans plusieurs endroits de l’Antarctique, la neige se colore d’une teinte rouge à cause d’algues de neige — des algues microscopiques présentes dans la neige normalement vertes, mais qui deviennent rouges quand les températures augmentent. Mais pour les Blood Falls, ce n’est pas la bonne explication.

« Au milieu des années 1960, Robert Black, scientifique de l’université du Wisconsin, a découvert que la tache rougeâtre sur la glace polaire était en fait des sels de fer, ou hydroxyde ferrique, qui étaient extraits de la calotte glaciaire », rapporte le Science Daily en 2003. Cette théorie a été confirmée par plusieurs études depuis, comme en 2017 dans une étude parue dans le Journal of Glaciology.

Par un processus thermodynamique (la chaleur latente de changement d’état), le glacier Taylor abrite un réseau de rivières et un lac sous-glaciaire dont la concentration en fer est très importante. Lorsque cette saumure (eau riche en sels) s’écoule en dehors du glacier, le fer présent dans cette eau très peu oxygénée entre en contact avec l’oxygène présent dans l’air. Résultat : le fer s’oxyde, ou — pour le dire avec le terme familier — le fer rouille. Ce qui explique la couleur rouge de l’écoulement.

On est bien loin de l’image sanguinolente réalisée par le logiciel d’IA. Pas de bain de sang à déclarer, donc, en Antarctique.